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Patois et Locutions
DU PAYS DE BEAUNE
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Cet ouvrage est tiré à 200 exemplaires numérotés:
Japon impérial 10
Papier de Chine 10
Papier tic Hollande 40
Papier teinté 140
200
■■ * * A A A A A A A A A A A A A A A A
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L*-s ahs notés sont à la fin du volume.
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Ch. bigarne
Patois & Locutions
du Pays de Beaune
CONTES & LEGENDES
CHANTS POPULAIRES
(Paroles et Musique)
BEAUNE
IMPRIMERIE ARTHUR BATAULT
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PRÉFACE
« Colligite fragmenta ne pereant. »
« Notre province n'est-elle pas un peu négligée?
11 n'y a pas cent ans que son ancienne organisation
s'est brisée et déjà le souvenir s'en efface. Nous
parcourons les routes que nos pères ont tracées ;
nos enfants fréquentent les écoles qu'ils ont ouver-
tes ; nous habitons les maisons qu'ils ont cons-
truites, nous touchons aux deux mers par les ca-
naux qu'ils ont creusés et c'est à peine si nous
avons pour nos pères un souvenir. »
(Rossignol : Les libertés de la Bourgogne.)
L'antique gouvernement, dont le lien fédéra-
tif unissait tous les peuples de la Gaule, laissait
à chacun deux une somme de liberté considé-
rable. Les Romains et les Burgondjs respectè-
rent les coutumes de ces diverses nationalités.
Pendant la période du Moyen Age, les ducs, les
comtes, les prévôts, les maires ont mis leur
gloire à sauvegarder les droits et les privilèges
particuliers de leurs domaines.
Lorsque l'unité française fut accomplie, les
différents membres du corps social continuè-
rent, au point de vue des usages, leur existence
individuelle. Les Etats et les Parlements surent
maintenir les coutumes locales jusqu'en 1790 et
assurer aux individus une somme de liberté
beaucoup plus grande qu'on ne le croit généra-
lement.
Les changements politiques, le rapide déve-
loppement des voies de communication, l'é-
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VI
norme diffusion des journaux et des livres ont
modifié tout cela. On a voulu établir non pas
seulement l'égalité politique, mais encore l'uni-
formité dans le langage, dans les habitude§,
dans les vêtements. Je ne critique pas, je cons-
tate.
Parcourez la France entière, vous remarque-
rez que les costumes nationaux disparaissent et,
avec eux, les curieuses légendes, les chants pri-
mitifs, les divers types de l'architecture provin-
ciale. 11 en est à peu près de même pour les pa-
tois : il faut aller dans les bruyères de la Bre-
tagne, sur le granit du Morvan, au milieu des
landes de la Gascogne, pour trouver les mœurs
de nos ancêtres, pour recueillir les expressions
pittoresques que la langue française a dédai-
gnées. Il y a quarante ans, les pâtres de la Bresse
et les vignerons de la Côte-d'Or parlaient le pa-
tois : dans quarante ans, les jeunes auront peine
à le comprendre.
Placée entre les deux grands centres de la
langue d'Oil et de la langue d'Oc, la Bourgogne
a composé son langage avec des éléments em-
pruntés aux deux idiomes. Aussi éloignée de la
redondance méridionale que du grasseyement
des hommes du Nord, elle s'est créé une langue
mixte dans laquelle les rudes monosyllabes des
Celtes se sont adoucis par l'accentuation eupho-
nique des Grecs de Massilie et des Romains de
la Provence. Déjà les migrations antiques avaient
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VII
modifié leur langage. Un ouvrage récent a éta-
bli que la grande invasion de l'Italie par Anni-
bal était en majeure partie composée de Gau-
lois. De retour dans leurs huttes, ces soldats ont
nécessairement introduit quelques mots nou-
veaux, quelques rites religieux, quelques procé-
dés industriels, empruntés à la race sémitique.
L'élément latin tient une grande place dans la
composition du patois bourguignon. Cela doit
être : l'occupation a été assez longue et assez
complète pour modifier profondément la lan-
gue, la religion et les coutumes. « Nous trouve-
rions à coup sûr, dans cet ensemble de considé-
rations, plus d'éléments romains que d'éléments
germaniques. Nous y reconnaîtrions l'empreinte
ineffaçable de cette civilisation romaine qui,
avec l'aide du christianisme, a été la mère de la
nôtre. » (i) Ces réflexions, appliquées aux ins-
titutions, au culte, à la jurisprudence, peuvent
aussi s'appliquer à la langue : nous verrons,
dans le cours de ce lexique, l'élément romain
dominer sensiblement tous les autres. D'ail-
leurs, n'était-ce pas souvent un retour à l'ori-
gine > Le latin n'était-il pas formé en partie avec
le Gaulois ? Les migrations de nos ancêtres
dans la péninsule italique se perdent, comme
l'on dit, dans la nuit des temps (2).
(1) G. Bulliol : Système défensif des Romains, p. 219.
(2) Dans son ouvrage sur le patois de la Franche-Comlô,
M. Fallot, de Monlbéliard, a essayé de démontrer que la
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-vin
Les Burgondes apportèrent dans notre pays
quelques éléments nouveaux, mais le mélange
ne fut pas égal. Certains territoires, et notam-
ment les villages éloignés des villes, absorbè-
rent une plus grande part de l'influence étran-
gère. D'autre part, et j'aurais dû commencer par
constater ce fait, l'origine première n'est pas la
môme dans toute la Côte-d'Or. Les Lingons au
Nord-Est, les Eduens dons la partie centrale,
les Sèquanais du côté de l'Orient, avaient sans
doute un fonds commun de langage, mais le
manque ou la rareté des routes, joint à un état
iréquent d'hostilité, constituèrent des dialectes
différents. Le patois de Dijon est, à celui d'Au-
tun et de Dôle, ce que l'allemand est au fla-
mand. Notre arrondissement de Beaune, rap-
proché d'Augiistodunum, a des consonnances
ouvertes, des inflexions musicales ; en Belgique,
on dit que les Beaunois chantent en parlant.
L'influence des Ecoles Mœniennes s'est évidem-
ment fait sentir dans le Pagus Arebrignus.
N'oublions pas, dans cette esquisse de la for-
mation du patois, les relations intimes établies,
au Moyen Age, entre la Bourgogne et la Flandre.
La Noblesse de notre province se jetait, à la
suite de ses ducs, dans les florissantes cités de
Lille, de Gand, de Bruges ; elle rapportait dans
langue latine a été formée, en majeure porlic, avec les
idiomes de l'Est de la Frunce.
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IX
ses châteaux, avec l'or des négociants Anversols,
des arts, des usages, des locutions inconnues.
Les Sociétés d'archers, d'arbalétriers, et peut-
être la Mère-folle de Dijon, sont des importa-
tions flamandes, et nous verrons dans ce Glos-
saire, plusieurs mots qui proviennent des bords
de la Aleuse et de l'Escaut (i).
« Toutes les langues débutent par des dialec-
tes, placés d'abord sur le même rang: l'égalité
ne cesse que lorsque l'un d'entre eux vient à
primer les autres, soit parce qu'il a été l'expres-
sion d'une littérature plus cultivée, soit parce
que la région a conquis sur ses voisines une pré-
pondérance politique envahissante. De ces dia-
lectes, égaux hier, en surgit un qui devient la
langue du bon ton, tandis que les autres ne tar-
dent pas à descendre à l'état de patois (2). »
Quels que soient mon amour de la décentra-
lisation, mon attachement aux usages locaux,
mon cultepour la nationalité bourguignonne, je
ne puis admettre les conclusions de quelques
glossateurs relatives à un ensemble de règles,
et à l'orthographe de notre patois. Au mois de
juillet 1852, le Congrès archéologique de France
(1) Les Morvandeaux disent: haibille, haibille! pour
stimuler les gens. Ils prononcent en mouillant les / comme
dans charmille. 11 en est dy même en Belgique Par con-
tre les Wallons ne mouillent pas les / dans beaucoup de
mots : habille! va quère une boutèle ?
(2) Henri Chardon : Etudes sur les dialectes. Le Mans,
1868.
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X
s'est réuni à Dijon ; répondant à l'une des ques-
tions du programme, M. Frantin a démontré,
victorieusement, selon moi, que notre patois
n'es: qu'une des formes de la langue française.
Toutefois, cet èrudit me paraît avoir dépassé le
but en avançant que c'est « un français cor-
rompu. » J'encourrais le même reproche si j'a-
vançais que le français est du Bourguignon cor-
rompu. Cette affirmation semblerait trop pro-
vençale : cependant l'antériorité est pour notre
p;iys, et si je considère l'énergie et le choix des
expressions, l'onomatopée rationnelle d'une
foule de mots, l'euphonie des tours de phrase,
la fomation primitive et logique des dérivations,
je^suis tenté de retourner la proposition de M.
Frantin.
J'estime qu'il ne faut pas juger notre patois
d après les œuvres d'Aimé Piron, de La Mon-
naye, de Pctitot et des autres. Les Noëls, les
Réjouissances et les Asneries ne me paraissent
pas reproduire exactement le langage populaire
et campagnard. Il semble que le 3 littérateurs
des xvii* et xvin c siècles se sont plu à embrouil-
ler, à compliquer sans nécessité le mécanisme
de notre langage. Est-ce pour donner une cou-
leur locale plus prononcée qu'ils ont fait passer
de véritables mots français pour des termes pa-
tois au moyen d'une orthographe de fantaisie?
Lorsque j'eus l'idée — il y a quinze ans de
cela — d'écrire le présent livre, je voulus étu-
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XI
dier le meilleur système, adopter les règles po-
sées par les maîtres en philologie, mais je m'a-
perçus bientôt que ces règles n'étaient aucune-
ment fixées et que les méthodes étaient diffé-
rentes. En ce qui concerne les étymologies, on
a formulé des principes qui sont loin d'être in-
variables. Je puis certainement me tromper, car
l'opinion d'un humble chercheur provincial n'a
guère de poids dans la balance des savants,
mais il me semble qu'il n'est pas possible d'éta-
blir des règles. Pendant dix-huit siècles chaque
région, chaque village, chaque individu, a mo-
difié, selon le climat, selon le genre de travail
auquel il se livrait, selon son degré d'intelli-
gence et sa conformation vocale, tel ou tel mot
celtique, latin ou allemand ; il a supprimé ou
ajouté une lettre, à sa convenance, sans se pré-
occuper s il était d'accord avec la grammaire.
Donc, je ne me livrerai pas à une dissection
anatomique dont les détails trop minutieux finis-
sent par produire l'aridité et ne laissent aucune
place, si petite qu'elle soit, à l'imagination,
c'est-à-dire à la poésie. On va me trouver bien
pessimiste ou bien arriéré, mais il me semble
qu'une recherche trop minutieuse est un signe
d'appauvrissement littéraire. Voyez nos grands
édifices de la fin du xv c siècle : les architectes
s'absorbent dans les détails ; ils s'ingénient à
trouver des courbesde meneaux et des ramifica-
tions de nervures, à fouiller des chardons ou
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XII
des marguerites. Cela produit des choses déli-
cates, des monuments destinés à être vus de près
et à la loupe, comme l'église de Brou. Mais où
sont les grandes lignes, la perspective inté-
rieure, Tincomparable majesté des églises d'A-
miens, de Reims et même de Beaune ? (0.
Certes, je rends pleine justice à la pléiade il-
lustre qui prépare des matériaux pour l'histoire
complète de notre langue. Les consciencieux
auteurs, dont les travaux sont si appréciés, analy-
sent avec patience tous les éléments qui ont
formé le français. Toutefois les procédés, qui
ont fait faire à la chimie et aux sciences exactes
des progrès immenses, ne peuvent s'appliquer
d'une façon absolue aux choses intellectuelles.
Après avoir développé mes idées personnelles
relativement aux méthodes créées par le positi-
visme allemand et suivies par quelques savants
d'Angleterre et de France : je rentre dans mon
sujet.
De quelque manière qu'on envisage le patois
bourguignon, tout le monde conviendra qu'il
n'a pas d'unité, que celui du Châtillonnais est
bien diffèrent de ceux d'Autun, de Beaun^, de
Dijon ; les deux derniers sont très éloignés l'un
(1) C'est avec un sens fort judicieux que notre excellent
monumentalisle Joseph Bard a écrit dans sa Monographie
de St-Vinccnt de Chaton: < La profilation des xv* et xvr
siècles admet plus facilement le lieu commun et permet
de voiler la pauvreté du fond sous le maniéré et la re-
dondance île la forme. »
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XIII
de l'autre, malgré leur proximité géographique.
Il y a plus : en restreignant cette étude à notre
arrondissement, on remarquera que le langage
des Arnétois ne rassemble pas à celui des gens
de Seurre. Chaque région, chaque village a cer-
tains mots, certaines désinences et môme cer-
taines tournures de phrase dont l'usage est in-
connu dans les pays environnants. A Bouze, on
dit chez vos, et à Montagny, chez veus ; à Arce-
nant, on dit un coula, à Chorey, un coutiâ, à
Ruffey, un coûtais. Une maison se prononce
mâyon à Bligny-sur-Ouche, rnàzon dans les vil-
lages de la côte et màjon dans ceux de la plaine.
Le mot terre a, dans nos environs, quatre for-
mes différentes : de lai tôrre, de lai târre, de lai
leîre, et de lai tiare. Pour : ils n'oseraient, on dit
ici é nôserînt, là, a nôsuriont. Le verbe : se taire
est traduit à Dijon par se couser, à Beaune par se
côïer. Notons en passant que cette dernière
forme est plus logique : se côïer, c'est se tenir
coi. Les Dijonnais allongent la dernière syllabe :
goyôte, et les Beaunois la première: gôyotte ;
ceux là disent godailler et ceux-ci gaudailler,
plus en- rapport avec le radical gaudium.
Certains villages, rapprochés les uns des au-
tres, ont une prononciation bien différente : à
Chorey teujors, à Gigny tôjeurs ; ici encore, la
tonique est transposée. Changey dit berbis et
Fussey, son voisin: bouarbis. Pour «je vou-
drais, » on dit à Changey i vrâ, à Fussey i vrô,
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à Magny i voudra. Ces exemples suffiront.
Voici quelques formes usitées dans tout l'ar-
rondissement.
A devient ai : ménaige, cailicot, ftaivé.
E devient eî : mon fieîre, mon freire.
Eau devient ia : de Via, 'Biàne.
Je et Nous, se traduisent tous les deux par : i,
i vinrai, i maingeons. On et il impersonnel se
prononcent an : an vai veni, an fait ben froid.
Aux est remplacé par es : es venoinges. On di-
sait autrefois, dans le singulier, el pour au. On
lit dans la chanson de geste d'Alexandre :
Ce fu el mois de Mai
Qu'ivers va a déclin
due cil oiselon gay
Chantent en leur latin.
La diphtongue eu se prononce toujours très-
longue : on lui donne le son de gueux. L'allon-
gement du son eu persiste malgré le double-
ment d'une consonne : Seùrre, beurre, se pro-
noncent Seùre y beûre.
L'article les de même que les pronoms mes.
ses. au lieu d'avoir le son ouvert qu'on leur
donne à Paris, se prononcent lées, mées, sées.
Celte intonation est conforme à l'étymologie la-
tine meus, situs. Nous mettons l'article défini le,
la, devant un nom d'homme ou de femme : le
Salisse, lai Daudon, XAnnette. Le même usage
existe en Allemagne, et surtout en Italie où
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XV
cette locution est usitée, même en littérature»
Eu, participe d'avoir, devient évu : j'ai évupo.
Sçu devient scevu. Cette prononciation se rap-
proche de celle du Moyen Age :
Ne por quant, s'ele le séust,
Bien que merci en éust(i).
Notre patois mouille les / simples dans quel-
ques mots : filieiime pour : plume ; Cliaude
pour : Claude ; cliécher et même quîéchcr, pour :
clocher ; mais il ne change pas le ; en z, comme
celui du Morvan qui dit zambe pour ; jambe. IL
y a d'ailleurs une différence caractéristique en-
tre le Morvandeau et l'habitant de TÀuxois : le
premier dit i ost au lieu de : c'est; le second dit
ç'ast ou çost.
Le langage bourguignon, particulièrement
celui de Beaune, adoucit les aspirations : man-
che fait moinge, d'où remoingeoux, celui qui fait
métier de rebouter les membres disloques; sar-
cher pour chercher. C est le contraire dans le pa-
tois du Nord, qui devient plus dur à mesure
qu'il se rapproche de la Germanie : à Douai on
dit un cal au lieu d'un chat.
LV des infinitifs est constamment muet : i vas
fiarli, j'aillons maingé. Nous sommes plus logi-
ques que le français qui prononce IV dans les in-
finitifs en ir comme finir, et qui le tait dans
(1) Roman de Parlhenope de Blois. (Fin du\ll° siècle),
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Google
XYI
ceux en cr comme manger. Ss se prononcent
quelquefois ch : il en est ainsi pour le substantif
foichon et pour les verbes laichier et picher.
Ici, comme ailleurs, il n'y a p:is de règle, car
nous disons raimasser et non raimacher.
J'ai élimine de ce Dictionnaire une foule de
mots qui n: sont qu'un français différemment
accentué, comme aidier pour aider,/bwacAer pour
faucher, laicher pour laisser, liquot pour loquet,
mîot pour muet, moichenou pour moissonneur,
ousiau pour oiseau, cuchin pour coussin, etc.
J T ai surtout évité d'admettre certains mots fran-
çais que je suis bien surpris de rencontrer dans
des glossaires bourguignons, tels que : bahut,
goulot* haquenee, pelouse, poltron, taquin, s'ac-
cointer, etc.
Les indications qui précèdent sont loin d'être
suffisantes : rechercher dans nos mots patois,
dans leurs déclinaisons, dans leur syntaxe, la
part qui revient aux diverses langues d'où ils
sont tirés, est un travail trop au-dessus de mes
forces. Je mz contente de poser ici quelques ja-
lons, abandonnant aux maîtres de la philologie
le soin de tirer quelque profit du présent Dic-
tionnaire,
Laissons de côté la linguistique pour indiquer
aux lecteurs, et surtout aux lecteurs bourgui-
gnons, le but principal de cet ouvrage.
Un facétieux Dijonnais, connu sous le nom
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XVII
plaisant de seigneur des Accords, a donné jadis
à son livre le titre de 'Bigarrures. J'aurais pu
inscrire ce mot en tète du mien, car il renferme
un tas de choses hétérogènes, rassemblées par
le hasard de Tordre alphabétique. Dans ce
temps de fièvre intellectuelle qui nous pousse à
vivre vite,, à nous attacher aux découvertes de la
science positive, et, par suite, à considérer
•comme inutiles ou nuisibles les croyances naï-
ves qui tenaient une si grande place dans la vie
paisible de nos pères, par ce temps de fièvre,
dis-je, les souvenirs s'effacent rapidement. Nos
paysans semblent renier leurs ancêtres. Ils veu-
lent paraître de leur époque, et si vous les ques-
tionnez sur les vieux usages locaux, il vous ré-
pondront qu'ils ne les connaissent plus. Tous
les efforts, ceux des pères de famille aussi bien
que ceux des instituteurs, tendent à développer
cette idée : « Les superstitions surannées, les
contes à dormir debout, les plaisanteries cam-
pagnardes du siècle dernier, sont indignes d'oc-
cuper l'esprit des hommes libres, exempts de
tous préjugés. Les idiomes doivent disparaître
sous le niveau égalitaire. Les chansons patoises,
les rondes enfantines, les danses en plein jour,
au son de la musette, sont des puérilités dont
il faut s'affranchir. » Tel n'est pas mon a,vis; nos
ancêtres vivaient de croyances, c'est à dire d'af-
firmations : les idées actuelles s'alimentent de
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négations. La pédagogie, créée par un peuple
voisin, nous envahit. La gaîté française, cette
galté primesautière, qui depuis tant de siècles
était l'apanage de notre nationalité, semble
prête à s'éteindre. Les campagnards renient
leur passé : ils s'efforcent d'imiter la vie pari-
sienne dans ce qu'elle a d'inepte et d'abrutis-
sant; ils ne s'amusent plus ils s'agitent.
J'espère que cet engouement passager n'est
qu'une crise morbide de courte durée. Le bon
sens des campagnards les fera revenir à la vie
de famille et, partant, aux saines traditions.
Ce sont précisément ces traditions, ces cou-
tumes, ces chants rustiques que je voudrais
sauver de l'oubli : colligite fragmenta quœ sufte-
vaveritnt. Il n'en reste plus guère, de ces frag-
ments ; les notes qui m'ont servi ont été prises,
il y a une quarantaine d'années, dans le cours
de mes nombreuses excursions, aujourd'hui il
serait impossible d'écrire ce livre.
Malgré les difficultés typographiques, j'ai
tenu à donner la musique de nos airs bourgui-
gnons. Je parlais, ci-dessus, des fioritures ar-
chitecturales qui nuisent quelquefois à l'édifice:
n'y a-t-il pas quelque chose d'analogue dans cer-
taines compositions musicales de notre époque ?
Je voudrais que l'on revienne aux mélodies sim-
ples, trop souvent noyées dans une orchestra-
tion savante que le peuple ne comprend pas.
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xrx
L'histoire est agréable, a dit Cicéron, de
quelque manière quelle soit écrite. J'ai voulu
faire de l'histoire locale et non des disser-
tations philologiques ; « ad narrandum, non ad
-prohandum. )>
^XiMQ
^mm^
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Patois & Locutions
DU,
PAYS DE BEAUNE
*x*
CHANTS POPULAIRES, CONTES ET LÉGENDES
A
I BLÉGER et Aiblégcr : Charger. C'est le con-
traire d'alléger. Voiqui un àbre quasi aiblêgé^
i c'est-à-dire chargé de fruits. Dans l'Yonne, on
dit bléger. Dans les villages de la Côte, on nomme nihltgie
le premier tour de pressoir donné sur un sac de raisins.
ABOUCHETON (à 1'). Placer un vase à l'aboucheton,
c'est le mettre la bouche en bas.
ACCOT. (Se mettre à 1') : S'abriter contre la pluie, le
froid ou la chaleur, s'accoter. Tour ne pas eîU moyê 7 i nié
sens mis ai Vaiccot pendant lai pleue. Les Autuuoîs disent :
ai l'aicouan et les Châtillonnais : ai Vacoyo.
En terme de jardinage, un accot est un amas de fumîer
autour d'une couche.
M. Mignard tire ce mot du sanscrit acaya : je ne suis
pas assez savant pour le contredire.
ACREPTON. Voyez : crepton.
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AGA et Eguè. Interjection admirative qui me parait être
rimpévaiif d'agarder ou regarder, bien qu'on Tait dérivé
du grec ayaw, j'admire. Un petit poëme en patois, com-
posé au commencement du siècle dernier, par un M. Le-
blanc, de Ikaune, et intitulé Tiarot et Martin, emploie ce
mot bien à propos :
Ai me semble qu'i voi Burelle
Qui monte ai rebor sus l'échelle,
Pendant comme un quartay de lard,
Dessus l'eslevée de Pomard (i).
Aga ! ç'ast eune prôve danse
Que gangriller sô lai potence.
Le fameux Rabelais s'est servi de ce mot : « Aga, mè-
nerai, men frère, touts les dyables sont aujourd'hui de
nopces, »
Voici une charmante historiette racontée par M. de
Charnbure dans son Glossaire du Morvanct: « Le curé de
G.-., mon voisin, interrogeait un jour un enfant sur le
catéchisme et lui disait : Où est Dieu ? Au lieu de répon-
dre comme l'enseigne le formulaire, l'innocent montra un
crucifix suspendu à la muraille et répondit : ^4ga-lu !
AGÀSSE. Pie. Ce nom vient-il du verbe agasser, où
bien est-ce agasser qui dérive à'agasse ? Le verbe me parait
avoir deux acceptions.. S'il s'agit des dents ou des genci-
ves, il semble dérivé du latin acer ou acescere; mais s'il
s'agit d'une fatigue morale occasionnée par le bruit, ne
pourrait-on pas le rapprocher â'agasse, de cet oiseau ba-
(i) Un acte du XVIe siècle mentionne l'eslevée de Pommard,
où Se trouvaient les fourches patibulaires. Le souvenir de l'assas-
sin Burelle est complètement oublié.
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vard qui nous poursuit de son chant désagréable. Rabe-
lais a écrit esguasser,
AGRIPPER, Saisir avec les grippes ou griffes, et par
extension avec les mains. Not* matou vint d'agripper eu ne
rette. — Tins, voiqui eune poumme t aigrîppe l
Chez les Grecs, içpmqç était l'ancre d'un navire : c'est
de là que vient notre mot grappin, V. Egraffinei.
AGUYONS. Prononciation patoise tfaigusonS; qui est
lui-même un provincialisme, Les aguyous sont les éclats
de bois qui restent en petits tas dans la vigne après que
les paisseaux ont été aiguisés : Va4-en queri les aguyons ve\
les hordes de paùsias.
A1BUYER (S'). S'amuser. Cors don t'aibuyer d'aivou les
aides peiiots. Le patois dijonnais écrit et prononce $ f aubu-
%er.
AICHONER. Achever. Devant que de parti , au fan au
chôner tai vigne. Au Moyen Age on disait eschener ; ce Pour
eschener les tumultes, débats et estende qui se pouiroient
ensuivre ». Citation de M. Rossignol â propos de l'élec-
tion du maire de Beaune, en 1407.
ÀIGE, (Être tout en). Transpirer par ùUÎte du travail ou
de la marche. J'ai corn dêpeu Biàue t i sens teut en aige. On
sait que le vieux mot aige ou aiguë signifie Eau, C'est par
suite d'une altération qu'on a dit et écrit : Je suis en nage,
AIGUYOTES. (Tirer les). La veille et Je matin d'un
mariage, les jeunes gens invités tirent des coups de fusil
devant la maison et à la porte de l'église. L'explication de
cet usage est curieuse : Au Moyen Age, certains sorciers,
à la requête des femmes jalouses et des amantes délaissées,
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se chargeaient de « nouer les aiguillettes » du marié. Ils
faisaient trois nœuds à une banderolle en prononçant des
paroles cabalistiques, et empêchaient, au moyen de ce sor-
tilège, la consommation du mariage. Pour comprendre le
sens allégorique de cette expression, il faut se rappeler que
les hauts-de-chausses ne se fermaient pas avec des bou-
tons, mais avec des lacets ferrés ou des tresses de couleur
appelés aiguillettes « Lâcher . l'aiguillette » était syno-
nyme de : satisfaire un besoin naturel. Les coups de fusil
avaient pour but d'éloigner les mauvais esprits, de détruire
le charme évoqué par les noueurs d'aiguillettes.
La coutume de tirer les aiguyotes est pratiquée dans tous
les villages des environs de Beaune.
AITRES. An n'ai pas besoin de leumière quand an coun-
nât Us aïlres de lai mason. C'est à tort que l'on écrit êtres.
Du latin atrium, entrée, vestibule, et, par extension, tou-
tes les parties d'une habitation.
ALAISE, Camisole de femme, vêtement du matin, dans
lequel on est à l'aise ; dans les environs de Beaune, on lui
donnait aussi le nom bizarre de chien.
A M BLE R. Piller, voler. Ce verbe est employé dans
la vallée de la Saône et surtout dans la Bresse châlonnaise.
Qui ce livre amblera
Propter suam malitiam
Au gibet pendu sera.
Repugnando supplicio
Au gibet sera sa maison
Coram suis parent ibus ;
Car ce sera droict et raison
Dando exemplum omnibus.
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s
Ce monitoire macaroniquc était placé eu tutu d'un an-
cien manuscrit appartenant « a Huber Roys, de Borg en
Broyse. a
AMENDER, Croître rapidement, devenir fort, Dépeu
qu'an ai plevft 7 mon troqué (blé de Turquie 1 , ai Un ui-
mtntïè* — Not' peliol darré aimendc kui son sa (tout son
saoul). Ce verbe était employé au xin c siècle :
Sire T dit-il, venez avant,
Por amor Deu, et csgardês
Com cis moutons est amendas ;
Vêe/ com est cras et refais (i),
ANCHOTTH, Petit entonnoir en fer blanc. C'est ce
qu'on appelle, a Autun, un nigueriot.
ANDAINS et Andiers. Chenets élevés, appelés, dans
certains pays, des Landiers, par la réunion de l'article et
du substantif, « Item, d«UX beaux andiers en h cheminée
de ladite chambre, ayant chacun une bocle de fer a (In-
ventaire dressé, en 1501, a l' Hôtel-Dieu de Beaune),
La plupart des andains bourguignons étaient surmontés
d'une sorte de corbeille en fer destinée a supporter et à
maintenir chaud le creuset de soupe des retardataires.
Les audouilkrs de cerf ont la forme de certains andains.
Dans une autre acception, un andain est rétendue de
pré qu'un faucheur coupe à chaque pas. Ménage le défi-
nit: « sparium iuter diverticuia crura.» A Dijon, toi des an-
déêS signifie : toujours courant. Un lexicographe fait re-
marquer que, dans la basse latinité, le verbe andare si-
gnifie : marcher. N'y a-t-il pas là un radical primitif and.
Les Bretons disent : lander,
(1! Fabliau cité par Licurne de Sainte-Palaye.
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ANVIOT. Petit serpent que Ton appelle aussi Orvet, et
qui a donné son nom à la combe d'Orvau, près de Ge-
vrey. Un préjugé populaire veut qu'il soit aveugle, comme
la taupe, et de plus tfta venimeux; c'est une double erreur.
L'inoffensîf anvïot a été accusé, bien à tort, de distiller un
poison mortel, ainsi que son associé, le verdereau ou lé-
zard vert :
Le verderia, lai méchant beîte,
I/anviot, tai pioche et le crot !
Un dicton de l'Yonne a quelque rapport avec le nôtre :
Apres l'aspic et l'escorpion
Faut aiprôter lai pieuche et le pieuchon.
Ce qui, en bon français, signifie : creuser la fosse.
Le mot amvilla a été employé, dans la basse latinité,
avec le sens d'anguille.
ÀPPLÉ1ÉE, séance de travail. J'ons fait Vôvraige dans
deux applêiées. Ce mot vient peut-être du bas-latin apeî-
lîdum qui était une sorte d'impôt seigneurial. Une
charte de 1267, citée par Ducange, mentionne: collec-
tam, monctam, apellidum, fossadum, etc. On pourrait
encore rapprocher appléiée de plôyeie, qui est un terme de
tisseur, La plôyeie est la quantité d'étoffe que l'ouvrier
fait tout d'une fois. Dans ce cas il faudrait dire lai pléiée et
non Fappléiée. On connaît l'importance des anciennes ma-
nufactures de draps établies à Beaune.
APPORT, Fête de village que les Normands appellent
une assemblée ; les Picards untducasse ; les Bretons un par-
don ; et les Flamands une kermesse, y irons ai V apport de
Parnanâ minger du guetta.
L
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7
L'apport est un souvenir de Yetnparium gallo-romain et
de ces grandes foires où nos ancêtres venaient acheter les
produits perfection nés de la Grèce et de Y Italie. Vempo-
rium de C liai on sur Saône avait un grand renom dans la
Gaule.
ARGON 1ER. homme de mauvaise foi* En patois di-
jonnaiSj arguigne est synonyme de chicane.
ARÎE. Aire de grange. Par extension^ quantité de ger-
bes que Ton étend à chaque couche pour escaure 7 c'est-à-
dire pour battre le blé. \\ Escoure,
ARIAS et AR1É. Voyez Harias et HarU,
ÀRIGNER, faire mettre en colère une personne ou un
animal, jin ne faut jaimâs aligner les chiens. A Avalîon,on
dit airàgmr.
ARMAGNOL Ce terme était autrefois synonyme de
bohémien $ de camp-volant et de gordiâ. (V> Gorder),
Cest un souvenir des Armagnacs, des Tard-venus et des
grandes compagnies de routiers qui désolèrent la Bourgo-
gne dans le cours du xiv E siècle.
ÀRNOTE. Petite plante bulbeuse grimpante et vivacc
qui croît spontanément dans les terres arables. Sa fleur
rose exhale une délicieuse odeur et son petit tubercule est
comestible Ce mot est flamand : eernote, noix de terre*
AR PIONS, doigts du pied- Lai raue i ai ka faille les ar-
pions, Cest certainement un terme d'argot, A rapprocher
de pionpians, terme enfantin qui désigne les pieds,
ARSEAU, Morceau de charbon de bois qui n'est pas
encore assez brûlé, Ce mot, de même que le suivant, dé-
rivent tfarsus et du verbe ardere.
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ARSE. Participe passé du vieux yerbe ardre ou ardoir :
Je participe présent ardant, a formé l'adjectif que Ton con-
naît Voici ce que Ménage a écrit : « on dit à Beaune que
le vîn sent Yarsi quand il a un certain goût de brûlé. » Le
village de Corcelles les Ars, ou les Arcis, dans le canton
Sud de Beaune, doit son nom à un incendie. On a em-
ployé jadis la forme arse :
Aucunes fois on seult baiser
La main qu'on voudroit qui fust arse.
AS. (L* S ne se prononce pas). Forme bourguignonne
du vieux mot ^planche. Spécialement, planche suspendue
au plafond et destinée à porter les miches de pain. « ^iivoir
du pain su Vas » est synonyme « d'être riche ; » cela cor-
respond a la locution : « il a du foin dans ses bottes. » Le
diminutif, aisselle ou aicbelle, subsiste dans le patois wallon
avec la même signification.
Nos campagnards appellent le foyer un A, mais ici Péty-
mologïe est différente : le dernier terme me parait être
une prononciation vicieuse de notre mot âtre.
V. Oiseau et Layette.
ASEMENTS et Aisements. Ustensiles de ménage el de
cuisine placés sur des rayons de bois, sur des ais. Les plats,
les assiettes, les pots, les marmites, les verres sont des ai-
sements. Beiile-moi don un touaiyon pour récurer mes aise-
ments.
Une charte de 1229, octroyée par Guy, comte de Ne-
vers, confirma les habitants de Merry dans leur droit de
couper tout le bois vif nécessaire à la construction des
maisons et des aïsements, aisamenta.
AUBE, Petit enfant au maillot. Du latin albatus qui si-
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^m
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gnïfie : vêtu de bïanc. Le mot français ahhê a lu mèrae
étymologie.
AVÊTtS et Evêtis. Ce qui est cultivé annuellement dans
un champ. En terme de coutume locale « récolte pendant
par racines, » Toits nos avêlit sont saccagés par ks sangliers.
Du latin advenîus.
AVISER, regarder avec attention. Ou trouve aussi ce
verbe dans les putois du nord de la Eranee,
Qui bien se mire bien se voit ;
Qui bien se voit bien se cognait ;
Qui bien se cognoït peu se prise.
Qui peu se prise Dieu l'avise.
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(Etre marqué au). Avoir tous les défauts, j'ai cru
longtemps que cette locution était tout à fait
locale ; le bourreau de Beaune marquait au fer
rouge^ur l'épaule de certains malfaiteurs, l'empreinte de
la lettre B : un document de Tannée 1575 relate une exé-
cution semblable. Mais l'usage de ce dicton dans des pays
fort éloignés du nôtre m'a fait abandonner cette croyance.
Voici un proverbe qui a cours, depuis plusieurs siècles,
chez les Méridionaux :
*BêgQu f horni f boussu, boni toit x 7
Quatre B qui toun f achat x.
Ce qui précède appartient à Tordre physique; si Ton
voulait aborder Tordre intellectuel on trouverait badaud,
benêt, bigarre 7 boudeur 7 bourru, butor, etc. Les personnes
qui ont le malheur de posséder ces défauts sont toutes
marquées au B. Ne suis-je pas moi-même doublement
marqué au B , par mon nom et par ma qualité de Beau-
nois.
BABOUIN. Petit enfant qui commence à parler. A Au-
tun s un babouin^ que Ton prononce boboiugm est tout sim-
plement une poupée. La racine de ce mot, babest le pre-
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mier son qui s'éc: happe des lèvres d'un petit enfant. Elle
a formé notre patois babomnes, lèvres, babil, balbutier,
bébé, et le vieux: mot babinage :
Pour te pendre, haut comme un lar {larron)
Nonobstant tout ton babinage.
k N 'est-il pas de toute évidence, » dit l'auteur du Glos-
saire du Morvan, « que ces mots sont copiés sur la na-
ture et sortent d'une onomatopée quasi universelle. »
BAD1GOINCES. Mâchoires, dents, joues. M. Jossier
dérive ce mot du bas-latin badare, ouvrir la bouche, bâil-
ler. Badaud* bagout, l'adjectif bagouin, usité dans l'Yonne,
et le verbe baragouiner : On trouve dans tous ces termes
les syllabes ba ou bad> lèvres et gan mâchoire, qui a formé
le français guenon. Une meire gangan est une vieille femme
au menton branlant. Notre mot ganache est la traduction
de l'italien ganascia qui signifie : mâchoire.
BAGUENAUDER. S'amuser avec des camarades. Ce
mot pourrait venir du celtique bagad, rassemblement.
C'est l'origine du nom des Bagaudes, paysans révoltés, au
III e siècle, contre le césarisme de Dioclétien.
BAIGCES. Linges, vêtements et joyaux appartenant en
propre à un individu. Le 2 juillet 1478, après un siège de
six semaines, la ville de Beaune fut obligée de se rendre
aux officiers du roi Louis XL II fut stipulé que les troupes
du prince d'Orange, qui défendaient la ville au nom de
l'héritière de Bourgogne, « sortiraient vies et baigues sau-
ves.
Lorsqu'un mariage est décidé, les futurs viennent ache-
ter leurs baignes à la ville. Les bagues du bijoutier ne sont
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n
qu'un accessoire, car les garnitures de lit, les robes et au-
tres vêtements constituent les baigues. C'est probable-
ment de là que vient notre mot bagage ; de même que le
verbe baguer, qui n'est pas usité en Bourgogne : il signifie
coudre à grands points les plis d'une étoffe, faufiler. Les
pauvres gens au lieu de baigues n'ont que des bagatelles :
leur trousseau tiendrait dans un mouchoir de poche.
BAILLER, que l'on prononce béyer, donner à bail et
par extension : donner.
« Prou nous promettent, peu nous baillent. »
BALANDRAS. C'est le nom d'un ancien manteau. A
rapprocher de baladin et du verbe se balader. Le mot bal
et le verbe baller (avoir les bras ballants), me paraissent
être de la même famille. On appelle maintenant balandras
un vêtement trop long.
BASSIN. Vase en cuivre, à longue queue, accroché en
permanance à côté du soillot d'iâ. On appelait jadis plats
bassins des plais creux, à mettre les viandes et simplement
bassins les plats à barbe : on reconnaissait la boutique d'un
chirurgien à ses bassins argentés et celle d'un simple bar-
bier à ses bassins de cuivre jaune. Les chirurgiens, jadis
très nombreux à Beaune, ont disparu et les barbiers de-
viennent rares : il n'y a plus que des « parfumeurs. » Tout
en admirant ce progrés, je regrette le rayonnement des
bassins suspendus et leur petit carillon aérien.
Le mot bassin me rappelle une drôlerie à l'usage des
nourrices. En prenant le pouce d'un petit enfant, puis l'in-
dex, puis les autres doigts, on dit : Tôcelin. — c KJrain. —
Lai caibaiche. — Le baissin. — Le roi ai mandé le p'tiot va-
let. — Leuve laipaitte et peu s'en vai. A l'exception du bais
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siiï dont le sens m'échappe, ces mots sont significatifs : il
y a d'abord le petit pouce, ensuite le nourricier, celui qui
travaille 3c plus ; puis la caboche, la tête ou le plus grand ;
enfin le petit domestique.
BATTERASSE. Violente pluie d'orage.
BAUDEMENT. Joyeusement. Même racine que Ribaud
et s'ébaudir. Ce mot est devenu un nom de famille assez
répandu.
liEITE. Prononciation patoise de bête: le diminutif,
beîtion, appliqué aux individus, est très usité. Voici un joli
proverbe des environs de Nuits : suivant lai beîte, lai cam-
peune. La campène est la clochette suspendue au cou des
vaches.
La petite narration qui suit conservera le souvenir d'une
naïve coutume pratiquée jadis dans deux villages des en-
virons de Beaune : « Veus counnâssez bin lai gran chaume
qu'ait entre Ivry et Cussy ; an y évot un vieu âbre aip-
pelé le cheîne béni. Au jor fixé, teus les haibitants de ces
deux pays, menint eune de lô beites vée c't âbre. Si vous
aîvins vu quelle girlicouée teut ai l'entor ? Des chevaux,
des boeux, des vaiches, des ânes, des biques, des bouar-
bis, des couchons, sauf vot' respect ; an airot dit l'arche
de Noc. Su le coup de neuf heures, anviot airriver mous-
sieu le curé qui fiot un petit prône; et peu a bénissot le
troupia et teut un chaicun s'en retournot chez lu d'évou
sal belle. An fiot cequi deux fois l'an-née. Not' maire et
not' mit 1 d'école diant que ç'ast du fanatisse : ma tôjôrs,
dépeu qu'an n'y vai pus, an y ai trés-bin de beîtes qui pé-
rissant, j)
Nous avons encore la curieuse légende de lai beîte du
Gravet\ mais je la raconterai une autre fois.
_
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'S
BÉLONGE. Sorte tie cuve ovale fixée sur une voiture ;
on y jette les raisins pour les conduire au pressoir ; Mai
bèhnge tînt quatre pièces de nhins. V inventaire dressé à
THôtel-Dieu de Beaune en 1501^ porte cette mention :
* Item. Une béionge de bon merrain pour mettre sur le
chart ou temps des vendanges* » La forme oblongue de
ce vaisseau nous indique Tétymologie.
BÉLOT, niais. Cette application était, dans l'origine,
un ternie de mépris, adressé par les chrétiens des villej
aux pagani, adorateurs de Bel, le grand Dieu gaulois. Bê-
kg signifie prêtre, en breton.
BELLUCHE. Sorte d'adverbe interjectif qui signifie a il
y a longtemps. S 1 vins chanher lai Dauàon ? — il âst
partie an y ai belluche. Bellurcttc, qui a le même sens et
patron minet, de grand matim, ont été l'objet de recherches
linguistiques : on n'a pas trouvé d'étymologic satisfai-
sante. V. Luron.
BESIN. Lent a travailler, paresseux. Ce mot a été lé-
gèrement détourné de son acception primitive : il a si-
gnifié mendiant, porteur de besace En allemand, besingen
signifie avoir besoin ; le verbe besoigner est sa traduction
littérale. De besm nous avons fait le verbe besiner : travail-
ler, agir avec nonchalance. Les Valencienuois emploient,
dans le même sens, le féminin Bi salue.
B EU C HOTTE. (Jouer a la) C'est le jeu du jonchet qui
se compose d'une crossette et de quarante petits morceaux
de bois. Beuchottc est le diminutif de bûche.
BEUGNE. Enflure, bosse que Ton se fait en tombaut,
A s'âst fait eune beugne en choisant ai lai vallée des es-
grés (escaliers; Ce mot, dérivé de notre vieux substantif
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Ugne, a formé beugnet, que le français écrit beignet. Nous
avons aussi le verbe patois s'écabeugner.
BEUQUINS. Habitants de l'arrière-côte et de tout le
pays d'Auxois. Les cultivateurs du pays de Beaune se ser-
vent exclusivement de chevaux : ils ont donné le nom de
bcuquins à leurs confrères de la montagne qui emploient
les bœufs, On a hasardé de savantes étymologies au sujet
des beuqmns et des laillots. V. ce mot.
Les vieilles chansons béquines disparaissent de nos
montagnes : il y en avait de fort jolies, au double point de
vue des paroles et de la musique. Voici une ronde des en-
virons d'Arnay: elle n'est pas en patois pur et nous
croyons quelle est en usage dans d'autres provinces. Tou-
tefois elle nous a semblé mériter une place dans ce dic-
tionnaire :
LES MOIS DE L'AN-NÉE
Le premier mois d' la'n-née que donn'rai-je à ma mie ? (bis)
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le second mois d' Tan-née que donn'rai-je à ma mie ? (bis)
Deux tourterelles,
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le troisiem' mois d' l'an-née que donn'rai-je à ma mie ? [bis)
Trois ramiers au bois
Deux tourterelles
Eune perdriole
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>^l
17
Que va, que vient* que vole j
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
L f quatrienT mois J* Tan-née que donnerai- je à ma mîe ? {bis)
Quaf canards volant en Fair
Trois ramiers au bois,
Deux tourterelles
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole - t
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le tinquièm' mois d* Fan-née que donn T rai-je à ma mîe ? [bis]
Cinq lapins grattant la terre
Quat' canards volant en Fair,
Trois ramiers au bois
Deux tourterelles
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le sixiènV mois de Tan-née que donn* rai-je ùl ma mîe ? (bis)
Six lièvr T aux champs
Cinq lapins grattant la terre
Quat* canards volant en Fair
Trois ramiers au bois
* Deux tourterelles
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le septicm 1 mois de Fan-née que domTrai-je â ma mie ? (hh)
Sept chiens courants 1
Six lievr 1 aux champs,
3
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i8
Cinq lapins grattant la terre
Quat' canards volant en l'air.
Trois ramiers au bois
Deux tourterelles
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le huitièm' mois d' l'an-née que donn'rai-je à ma mie ? [bis)
Huit moiitons blancs,
Sept chiens courants,
Six lièvr' aux champs,
Cinq lapins grattant la terre
Quat' canards volant en l'air
Trois ramiers au bois
Deux tourterelles
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le neuvièm' mois d' l'an-née que donn'rai-je à ma mie ? (bis)
Neuf vaches au lait,
Huit moutons blancs,
Sept chiens courants,
Six lièvr' aux champs,
Cinq lapins grattant la terre,
Quat' canards volant en l'air,
Trois ramiers au bois,
Deux tourterelles,
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
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*9
Le dixièm* mois rf l' an-née que donnerai- je à ma mie ? {Mi)
Dix, bœufs au pré,
Neuf vaches au laît,
Huit moutons blancs,
Sept chiens courants,
[Six lîèvr* aux champs,
Cinq lapins grattant la terre ,
Quat 1 canards volant en Tair,
Trois ramiers au bois,
Deux tourterelles,
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Le onzièm* mois d 1 l' an-née que donn T rai-je a ma mie {bis)
Onz' biaux garçons,
Dix bœufs au pré,
Neuf vaches au lait,
Huit moutons blancs,
Sept chiens courants,
Six lièvr' aux champs,
Cinq lapins grattant la terre,
Quat 1 canards volant en Pair,
Trois ramiers au bois,
Deux tourterelles,
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois*
Le douzièm' mois d' Tan-née que donn'rai-je à ma mie (bis)
Douze demoiselles,
CentuTs et belles,
Onze biaux garçons,
Dix bœufs au pré,
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^n
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Neuf vaches au lait,
Huit moutons blancs,
Sept chiens courants,
Six lièvr' aux champs,
Cinq lapins grattant la terre,
Quat' canards volant en l'air,
Trois ramiers au bois,
Deux tourterelles,
Eune perdriole
Que va, que vient, que vole ;
Eune perdriole
Que vole dans le bois.
Et maintenant que les garçons et les filles d'honneur
sont trouvés, allons faire la noce.
Puisque le vent est aux chansons, je vais transcrire ici
la petite saynète de la Bergère et du Seigneur ; je l'ai ap-
prise à Santosse.
11 était une fille, une fille d'honneur
Qui plaisait fort à son seigneur ;
En son chemin rencontre ce seigneur déloyal,
Monté sur son cheval,
Al!
11 met un pied à terre et par le bras la prend :
Embrasse-moi, ma belle enfant.
— HéLis ! reprend la belle, le cœur rempli de peur,
Volontiers mon seigneur,
Eur !
Mon frère BSt dans ces vign'; ah s'il nous voyait là,
Il Tirait dire à mon papa.
Montez sur cette roche et regardez là bas,
Pour voir s'il ne vient pas,
Ah!
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21
Pendant qu'il y regarde, elle, tout aussitôt,
Sur le cheval ne fait qu'un saut.
— Adieu, mon gentilhomme, vous reviendrez tantôt t
Quand il fera plus beau,
Oh!
Mais on ne voit plus guère, de ces filles d'honneur,
Repousser un seigneur,
Eur !
Cette pièce a une forme très littéraire : son auteur n'est
pas un paysan, car elle n'a rien de patois ; mais elle n'en
a pas moins un rythme campagnard très marque et un
cachet fort original.
BEURCHIE, Cruche grand vase de terre. On lit, dans
Tinventaire de l 1 Hôtel-Dieu de Beaune : fl item, plusieurs
bruches où sont confitures ,. ensemble une brncl#e t des
tuppins de terre, des cuillers et plusieurs autres choses, »
À Dijon on prononce brechk :
Ai taule ein jor
Ai changï Ta des brechies
En vin de Mador,
BEURDE, Noyau d'abricot. Le jeu des beurdes consis-
tait ù prendre une poignée de ces noyaux et à la jeter dans
un petit creux, à quelques pas du joueur. On comptait les
points, c'est-a-dirc le nombre de beurdes tombées dans le
trou. V, Beurdôler.
BEURDOLER. S'agiter en tout temps, faire du bruit
comme si on remuait des beurdes. 4 Quoi que ç'ast don
qu'an entend beurdôler su not 1 guerné.» Il doit y avoir un
radical l Bed ou Berd qui signifie ventre. Les beurdes sont
renflées à leur milieu ; une heur douille est un gros ventre ;
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!
22
bedaine et beurdaine ont le même sens ; on appelait autre-
fois bedon une espèce de gros tambour. Le vieux refrain
des sauteuses bourguignonnes, la beurdondaine, doit avoir
la même origine. M. de Chambure dérive ce mot du bas-
latin burdare et du vieux français barder , jouer bruyam-
ment.
Les Morvandaux disent bordouler : culai v'iai de s'bor-
douler en las ronces et las répeunes. » (Le Trésor de Tâ-
ques fleuries : apud. Le Morvan, par Vabbè Ttaudiau).
BEUREAU. Couleur naturelle de la laine de certaine
brebis : on en faisait une étoffe commune, qui portait le
même nom. Les femmes riches faisaient confectionner
leurs robes avec de la br miette :
Aussi bien sont amourettes
Sous bureau que sous brunettes.
Un ancien proverbe disait aussi : bureau vaut bien ècar-
late. Les capucins étaient vêtus de bureau : de là vient la
légende du moine bourri, qui s'est transformé en moine
bourru. Ce personnage fantastique remplit à Paris le rôle
que la mère Lousine joue à Beaune ; il est l'épouvantail des
petits enfants.
Le nom de bureau a été donné à une couleur qui tire
sur le jaune. Le gribouri, ou Eumolpe de la vigne, est un
petit insecte d'un brun jaunâtre. On faisait autrefois en
Bourgogne du vin bourru : il était fabriqué avec des raisins
rouges, non cuvés. Le pineau gris est appelé beureau par
tous nos vignerons : mélangé dans une certaine propor-
tion avec le pineau noir, il donne un vin d'une finesse ex-
quise. Les exigences des consommateurs, qui veulent
maintenant des vins très colorés et de longue conservation,
ont fait malheureusement arrachjer beaucoup de beureau.
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WBFP^S*
n
Quant à l'étymologie de 'Beureau, on pourrait h trou-
ver dans le bas-latin biirrus, roux. L'allemand Byrr et no-
tre mot bourre, dans ses différentes acceptions, paraissent
être de la même famille. Burard, fabricant d'étoffe de
bure, est devenu un nom patronymique
BEURLU et Berlu : louche. Ce mot avait autrefois le
sens d'ébloui : notre verbe patois éberluter a conservé
cette signification. I vas me cheurter ai l'ombre: h sulot
m'éberlute. Les gens de l'Yonne disent aberlucoier .
Les proclamations de la Mère-folle de Dijon conte-
naient, en guise de sanction, les mots Hurelu-'Bcrhi qui
sont restés dans le langage populaire avec la signification
de toqué.
BEURSAUDE. Dragées, anis de Flavigny, et généra-
lement tout ce que Ton fait cuire en agitant le récipient.
On nomme encore beursaude les résidus de saindoux ap-
pelés spécialement à Beaune des gréions. Le même mot
s'applique aux grains de maïs sec que les enfants font
griller sur une pelle rougie au feu : ces grains présentent,
en éclatant, l'apparence de certaines fleurs, et leur saveur
est fort agréable.
Beursauder exprime l'action de vanner ou de bercer :
« Signifient vannare frumentum y » dit Ménage. Si cela est,
on devrait écrire beurceaude.
BIANE et Beane : Beaune. Le nom primitif était celui
d'une divinité gallo-romaine: Belisana, ou mieux Bclisama.
Un clos de vigne, dans lequel on a trouvé des sépultmes
par incinération et divers objets d'antiquités, porte encore
le nom de Bélisant. Au Moyen-âge on a dit Belna ; la
chanson de Roland, composée au xi e siècle, renferme ces
vers :
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24
Brochet le bien ; si vait férir Bévun,
Icil est sire de Belne et de Digun.
La charte d'affranchissement octroyée par le duc Eu-
des ea 1203 porte « Tan me fera à Biane créance de pain
et de vin XV jors. » Il faut remarquer que le village de
Beaune, canton de Craonne, dans le département de
l'Aisne, est écrit Byanne dans un acte de 1389 et Belna en
1 1 84 : cette dernière date est celle de son affranchisse-
ment par le roi Philippe-Auguste. Un autre Beaune, situé
dans l'arrondissement de Château-Thierry, est également
appelé Belna dans une charte de 1191.
Le sobriquet d'ânes de Beaune est bien antérieur à Pi-
re n. Je pense qu'il faut chercher son origine dans le nom
de lMhùt'ï\ qui devint patronymique après avoir été un
nom de profession. Beaune était très anciennement re-
nommé pour ses draps de laine. Les lainiers avaient sous
leurs ordres les foulonniers et les cardeurs : ce dernier
mot est devenu le nom d'une famille importante de
Beaune, On fabriquait dans notre ville la boige et la fu-
iaiue* Les Bru nets faisaient de la fine brunette, tandis que
les Burards tissaient le grossier bureau, et que les Taintu-
riers teignaient les pièces.
Ett 1272 Gcoffroi Lasnier, Gofrîdus Jisinarii, avait sa
maison dans la rue St-Martin. Vingt-trois ans plus tard, le
duc Robert II acheta à Marguerite, fille d'Humbert Lasne,
un meix prés de la halle. En 1383, Henri le Lasnier pos-
sédait une maison rue de la Triperie. Lors des troubles
qui curent lîcu en 1445 pour l'élection du maire, on voit
paraître Simon Laisnié, l'un des hommes les plus influents
de la ville. Adonis, alias Adenait Laisnel, exploitait, à la
fin du XV e siècle, un moulin à foulon situé dans le fau-
bourg PerpreuiL
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*5
La plus ancienne maison de notre ville était, an siècle
dernier, entre les mains des frères Lasne, Elle est située
dans la Cour des Chartreux et parait aménagée pour la
teinture des étoffes. Tous ces lainiers, dont les descen-
dants portent encore le nom de Lasnier, sont vraisembla-
blement la cause du surnom des ânes de Beaune, Nous
pourrions citer encore un sieur Asinïer, originaire de la
ville d'Àth, qui vint exercer à Beaune, en 138J, la profes-
sion de changeur, et rappeler que \a.feste de Vâm était cé-
lébrée tous les ans dans les rues de la ville^ et m&ine dans
les nefs de notre Collégiale.
Donc le sobriquet n'a pas été donné aux Beaunois a
cause de leur bêtise et de leur entêtement, et nous pour-
rions sans honte chanter, comme nos ancêtres, la prose de
l'âne :
De asïno bono nostro
Melïori et optimo
Dcbcmua faire feste.
Au siècle dernier les dames de Bcaune avaient la répu-
tation d'être fort aimables: le père Du Cerceau, compa-
rant son petit logement à la somptuosité du château de
Serrïgny, écrivait a Marguerite de Carvoisïn, femme de
Pierre Brunet de Chaïlly, premier président a la Chambre
des Comptes de Paris :
Il s'en faut beaucoup qu'il réponde
Au mérite dé Sérigny :
Dans votre châtel, tout abonde
Tout y respire le bon goût.
Jeux, plaisirs, grand' chère et beau monde,
Dames de Hcauiic, sur le tout.
Terminons cet article en constatant que les habitants
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des villages voisins ne disent pas j'ai lions ai 'Biâne, mais
bien ; f aillons ve\ Bîâne.
BIGOT. Instrument de culture, formé de deux dents
en fer recourbé, qui sert à sortir le fumier de Pétable.
Jusqu'en 1790, le clergé de Nuits a célébré la messe des
bigotes en souvenir du massacre effectué, le 21 janvier 1576,
par les reîtres allemands : on avait été obligé de tirer avec
des bigots ]es cadavres des Nuitons carbonisés dans l'in-
cendie d'une chapelle. (F. Neusille).
B1QUER. H m brasser, se dit aussi dans le Morvan. On
dit quelquefois boquer* Le radical, probablement celtique,
est for, qui a formé le bocca des Italiens.
La chanson suivante, dont la naïveté et le type ancien
sont remarquables^ applique le verbe biquer d'une façon
bien poétique,
Belle i m'en vas en l'Aillemaigne,
niai mignonne, y venez- vo ?
— Oh que nïn-ni qu'i n'y vas- pas !
Tôt garçon qui part por lai gueirre
N'en revint pas.
— Quand vous seraz sur ces montaignes
Vous ne penseraz plus en moi ;
Vous voira* fttine, vous voiraz l'aute;
Cqui vous frai parde lai souvenance
Du temps passé.
— 1 ferai fàre un belymaige
Ai lai ressemblance de vo
1 l'biquerai tant, i l'boquerai tant
Pour consarver lai souvenance
De notre temps
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^mmmm
27
— Ma que diront vos c aimai raid es,
Vous voyant bïquer du paipîer ?
— ï liô dirai : ç'âst le poutrait
De mai mignonne du temps passé ;
Aillons buvons, cheïrs caimairaïdes
Ai saï santés
BISQU AN CORNE. (Tenir un enfant a la) : c'est le por-
ter sur son dos en lui tenant les jambes avec ses deux bras,
les bras de l'enfant entourant le cou du porteur. Les Mor-
vandeaux ont l'adjectif bïseanquarre et le français a hscarnu.
BISQUER. Eprouver du dépit, être jaloux de la supé-
riorité d'un rival. Bien que ce verbe familier soit accepté
par l'Académie, je lui donne place dans ce dictionnaire,
car il me parait spécial au centre de la France : â Beaune,
ou en use... et ou en abuse. Bisquer est un terme du jeu
de paume : la bisque était l'avantage que le plus fort ren-
dait au plus faible. Nous dirions actuellement : « rendre
des points, »
BITOU. Celui qui a mal aux yeux : c'est peut-être la
syncope d'albitoi^ dérivé d'albus^ blanc, et synonyme d'al-
binos. De biiou est venu le substantif UU* humeur qui se
desséche au coin des yeux, et le verbe débiiouser.
On donne plaisamment le nom A&tHaqut bit ou au froma-
ge blanc, que Ton applique parfois sur les yeux pour calmer
l'irritation- — Les cachets d'oculistes gallo-romains ne
font pas mention de ce collyre !
BLIAUDE, Biaude, Mande. Vêtement de toile ayant une
ouverture pour passer la tête : c est presque le sagum des
Gaulois. Au moyen-âge, on écrivait bliatts :
Bien on devrait avoir à son plaisir
Chevaux et robes et bliaus à vestïr
{ Chanson de geste dt Guillaume au court wq )
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J
2H
On voit que la bliaude était alors un riche vêtement.
Une phrase iïÂucassin et Nicolette, conte du XIII e siècle,
nous montre qu'il était commun aux deux sexes :
« Elc senti que li vielle dormoit qui aveuc li estoit. Ele
se leva, si vestit un bliaut de drap de soie que ele avoit
molt bon si prist dras de lit et touailes, si fist une corde,
si le noua au piler de la fenestre, si s'avala contre val le
gardin,,, »
À la lin du XVI e siècle, les paysannes portaient encore
ce vêtement, Tabourot des Accords en parle dans une de
ses meilleures pièces de vers « sur une petite villageoise »
qu'il appelle sa Gadrouille :
J'ayme mieux voir sa belle taille
Soubs sa biaude qui luy baille
Cent fois miaux façonné son corps
Qu'une robbe si resserrée
Qui par sa contraincte forcée ,
Fait ietter l'espaule dehors.
Le synonyme blouse, usité dans le nord de la France, tend
a se substituer au vieux mot bourguignon.
J3LOT, Blosse. Synonyme de blet, blette : Les varies-
longues m se ganhwt pas bin ; a d'venont blosses teut de suite.
La balosse est une espèce de prune spéciale au nord de la
France. Les Normands disent : une poire blèque. En patois
wallon, bhicbe signifie pâle, maladif.
Cet adjectif me parait celtique : blet, en breton, signifie
mou.
BOCHON. Enseigne d'auberge. Ton hoummeast un ivro-
gne et uti gormand : a s'erreîte ai tos les bâchons.
Un savant a prétendu que Ton suspendait jadis un bou-
chon de bouteille à la porte des cabarets : je crois que
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c'est une erreur. Gn y suspendit primitivement une botte
de foin ou de paille. Pour éviter de la renouveler, on prit
l'habitude d'y mettre un petit fagot toujours vert, du ge-
niévrïer, du hou>\ du lierre et surtout du buis, buxus, d'où
est venu buisson, en bourguignon bochon. Bouch en bas-
breton signifie touffe et bouquet.
Olivier Basse] in parle bien plaisamment, dans un de ses
vaux de vire, des bouchons des cabarets :
Mais il vaut mieux cacher son nez dans un grand verre
II est mieulx, assure qu'en ung casque de guerre.
Pour cornette ou guidon suivre plutôt on doit
Les branches d'hierre ou cFïf qui montrent où Ton boit.
Un bôchon est une chose de peu de valeur :
Pitié de Lombard,
Labour de Picard,
Humilité de Normand,
Patience d'Allemand,
Larghèce de Français,
Loyauté d'Anglais,
Dévotion de Bourguignon,
Ne valent pas un bouchon.
BOIGEj Beige, Etoffe grossière, fabriquée jadis à Beau-
ne et reléguée maintenant chez les tisserands du Morvan
et de I'Auxols. Très anciennement, les ménagères la tissaient
dans leurs maisons, La beige des grands magasins de nou-
veautés est une étoffe à la mode qui ne ressemble guère à
celle de nos montagnes. (V, Boigevau.)
BOiGEVAU (à). Tète-bèche, bout ci, bout là. Cette ex-
pression me parait empruntés à l'art du drapier, ou plutôt du
fabricant de boîge. BoigevoUr^ c'était manœuvrer îa navette
qui chasse le fil dans un sens et qui le rechassç dans l'autre.
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3 u
BOILE* Maladie des lapins dont le signe extérieur est
l'enflure du ventre. Ce mot vient probablement de Botellus,
boyau et boudin, par extension ventre. On lit dans la chan-
son de Roland : « sun cors veit gésir la buèle. »
BOILLOTS et Bonyots. Doubles paniers en osier fixés à
la sangle d'un âne ou d'un mulet. Un compte de Philibert
de Corbeton, châtelain de Beaune, nous apprend que, dans
Tannée 1408, « la journée d'une beste à dos, portant bât
et bôilkS) » était de trois sols et quatre deniers.
BOINON, Panier hémisphérique en osier fin dans lequel
on met lever la pâte. Philibert Guide, poète châlonnais du
XV e siècle, a dit, en parlant de l'osier :
On en fait des boirions, des trions et des cages.
Bien avant Guide, le grammairien Festus a écrit : Benna,
thigttâ gaUicâ 7 venus vehiculi appellatus.
Les Celtes appelaient benne toute espèce de tissu en
osier et notamment les charriots à claie dont se servent
encore nos charbonniers. Au pays de Namur, un tombe-
reau est appelé bénion. Le mot benne est resté dans la lan-
gue des mineurs : c'est la caisse de tôle ou de bois, primi-
tivement en osier, que le câble descend au fond de lamine.
On voit dans l'inventaire de 1 501 à l'Hôtel-Dieu de Beau-
ne : tf Item. Eti une chambrote auprès desdits fors sont en-
viron quatre- vingt benastes de sel de Salins. » Un compte
du trésorier de la saunerie de Salins, pour l'année 142 1,
porte que c< les enfants de dame Clémence touchaient trois
benaslres de sel par semaine. »
Le patois de Dijon dit menâton. Le changement de b en
m est fréquent : dans le Hainaut une manne est un panier
de fruits. Le même radical a formé mannequin, sorte de.
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3<
*
panier et mannequin statue d'osier, analogue au Gayanl de
Douai, et au Dondou de Mous,
BOLER. Crier en pleurant, par comparaison avec le
bêlement des moutons N' Me don pas si fort , chêti polis-
son.
Dans le Morvan Je mot bauler s'applique aux taureaux.
BONN EME IRE, Sage-femme : *An ast temps d'ailler queri
lat bonne meire. Les Berrichons prononcent bonne mére.
BORBE. Mot primitif dont le français a fait boue. Uad-
jeetîf, bourbeux, est resté. Au siècle dernier on appelait
borhessês les voituriers chargés par le maire de Beaunc
d'enlever la borbe et les immondices des rues. Antérieu-
rement ces modestes employés portaient le nom de tom-
beliers : un règlement de 1665 enjoint aux habitants de
garder les immondices chez eux et de les jeter, le samedi,
dans le tombereau des lumbeliers.
On appelle facétieusemeut borbessés les paysans de la
plaine, en opposition à ceux de la montagne } aux beuquins.
BORDE, Amas de paisseaux disposés symétriquement
pour passer l'hiver au milieu des vignes. Al ai aîguyê
(aiguisé) quai' bordes de paissiâs dans soi j ornée.
Une borde était, primitivement, une maisonnette de bû-
cheron au milieu des bois : de là vient qu'il y à un grand
nombre de villages appelés la Étirai ou les Bordes. Nos
bordes de paisseaux, avec leur sommet incliné comme un
toit, ont précisément la forme d'une cabane. Un feu de
borde est un grand feu : de même que les soldats au corps
de garde, les bûcherons ont le bois à discrétion.
Je ne puis admettre, avec M. de Chamburc, que l'in-
secte appelé bourdon soit ainsi appelé a parce qu'il se tait
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entendre à l'heure où jadis on allumait les bordes de joie. »
La plus ancienne signification est celle de Borde, bran-
che d'arbre, qui a dû former le bourdon du pèlerin.
BORGER. Se dit d'un liquide qui s'échappe d'un vase
trop plein. Quand lai Une ast trop pleine, le vin borgepar les
airoueille*. (Oreilles : trous destinés à passer le bâton qui
sert à porter la tinne.)
BORGNOTTE. Très petite fenêtre par laquelle on ne
peut voir que d'un œil : Lai veille, entendant fraipper ai
lai porte regardit par sai borgnotte.
L'expression de « cabaret borgne » se comprend facile-
ment.
BOT. Sorte de crapaud :
Plongiez et emborbi-z sera
Toz jors com boz barbotera.
Dans quelques pays on appelle botterelle un petit cra-
paud. Le bot jouait un grand rôle dans les sortilèges.
Ce mot n'a aucune analogie avec pied-bot : le dernier
vient d'une ressemblance avec le pied d'un bœuf.
BOTER. mettre, apporter : en vieux îrançais bouter.
Un boute-feu était un instrument servant à mettre le feu
aux canons. Un boute-en-train est celui qui apporte la
gaîté dans une réunion. Les couplets suivants se chantaient
encore, il y a trente ans, dans le pays d'Arnay :
Meîre, botez le chien queure (cuire),
Voiqui 1' galant que vint
Ah ! régalez-lu bin
Ç'ast le galant de votre feille
Ah ! régalez-lu bin
Aivou des treuffes et du boudin.
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s 33
Al evot des joulies guâtes
Ht pus des iarteres quioquées -
A quepot dans ses doigts
C'étot pour drosser saï crinïeîre,
A quepot dans ses doigts
C T étot pour drosser ses pois.
On dit communément , en parlant d'une viande de
mauvaise qualité « dure comme du chien » Le mot treuffe
ne veut pas dire truffe, mais bien : pomme de terre.
Le portrait est complet ; les grandes guêtres étaient
probablement toutes neuves : c'était le cadeau habituel que
les mâles faisaient a leur vàiol pour le jour de Tan, Les
jarretières sont assez difliciles a décrire. Etaieut-elles cht-
quêtSj c'est-a-dire recouvertes de cuir, ou bien avaient-
elles comme ornement de petits clous dorés, du clinquant.
La forme patoise du mot clou est quia. La pommade était
un objet de luxe : le galant crachait dans ses doigts.
BOTERÎ. Enfant gros et court. On peut donner deux
interprétations fantaisistes : bot et boiereJïe, crapaud,et hotte ^
3a chaussure du petit poucet. En voici une troisième plus
sérieuse : en langue bretonne un pautrïg veut dire un petit
garçon.
BOUCAN, Tapage, Ces mandrin-lai ont fait du boucan
tente lai ueut. Ce mot n*cst pas exclusivement bourgui-
gnon.
De plusieurs choses Dieu nous garde :
De toute femme qui se farde
Et de la fumée des Picards,
Avec le boucon des Lombards.
D'après Ménage et Francisque Michel, le mot boum vient
4
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d'un célèbre musicien, inventeur d'une danse appelée la
hocane. Voici une autre étymologie qui me semble plus
rationnelle, Boucon a signifié « fonderie de fer, » forge et
probablement marteau. Bouton ville, autrefois Bouconville,
hameau de la province de Namur, avait très anciennement
des forges dont les résidus (crasses) forment de véritables
monticules. Quel boucan infernal dans tous ces établisse-
ments métallurgiques !
BOUFFE, Enveloppe du grain des céréales, menue
pailk% qui s'envole quand on souffle dessus, quand on
bouffe Ce mot a dû signifier joue : on disait autrefois « don-
ner une bulle » pour : souffleter. Chez les Romains, les
masques des bouffons avaient des joues énormes. Bouffer,
manger à pleine bouche, bouffée de vent ou de tabac,
me paraissent être de la même famille.
BOUJON, Petite traverse de bois arrondi : un boujon de
chaise, d'échelle, de ridelle.
BOURÀSSE. C'est le péjoratif de bourre, comme filasse
est le péjoratif de fil. On dit bourasse de chanvre, de co-
ton, de soie. De là bouracan, étoffe grossière. Bourassier,
apprêteur de bourasse, est devenu un nom propre. Plu-
sieurs de mes amis et condisciples ont conservé le loin-
tain souvenir de Mam selle Bourassier, qui tenait une petite
école d'enfants dans la rue S te -Marguerite et qui nous dé-
montrait la croix de par Dieu avec l'aide de son aiguille à
tricoter.
Beaucoup de lecteurs ne connaissent pas la croix de par
Dieu : c'était une sorte de croix de Malte imprimée en
tête de l'alphabet, dans le petit livret des épelans. Mam'-
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**^mmm
35
selle Bourassier nous faisait toujours dire ; Croix de par
Dieu, A, B, C, D, etc.
Il est à remarquer que beaucoup de noms beaunoîs se
rapportent a nos anciennes manufactures d'étoffes .
BOURGEON. Maladie de l'œil nommé aussi orgeht. Ce
mot est usité dans la partie de PAuxois qui confine au
Morvan. À Vîe~sous-Thil, où Ton consulte encore les sor-
ciers-guérisseurs, voici la formule d'incantation :
te Les trois Marie s'en vont au-delà des mondes cher-
cher santé, guérison, de la maille et du bourgeon. »
« Rencontrent Notre Seigneur : Marie, où allefc-vous ?
— Nous allons au delà des mondes, chercher santé, gué-
rison, de la maille et du bourgeon, ù — Marie, retournez
dans vos maisons, vous y trouverez sauté, guérison, de
la maille et du bourgeon. »
Malgré la présence du Sauveur, il y a, dans cette légen-
de, une forte odeur de paganisme : c'est une tradition,
sanctifiée, du culte gaulois des trois déesses maires.
BOUSILLAGE. Ouvrage mal fait, / sens obligé ai lai
d'êïer (Faipprentissaige ; elle ne pot ran que de bousiller.
C'était jadis une maison ou un mur construits en bois
avec de la boue et de la paille hachée. Les habitants du
nord de la France emploient le mot dans ce sens.
BOU5TIFA1LLE, Gros plat de viande : Vins don souper
ve± cheu neus : faivons tué iwt 1 couchon, au y ai de lai bous-
tifatlk.
Dans la Franche-Comté, le Beurdifaille est le réveillon
de NoêL
BRAL Ancien nom du hameau de Gigny. je croîs que
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c'est un mot celtique qui signifiait boue, terrain gras et hu-
mide : le sol de Gigny est dans ce cas. Voici ce que dit
Raoul de Cambrai, poète du XII e siècle, au sujet d'un
champ de bataille :
La terre est mole si ot un poi pieu
Li brai es poisse del sanc et del palud.
La basse latinité en a fait braium, marécage. (V. Brouiller)
BRAIMER. Crier douloureusement. Not' pauv vaiche
braime son via que h boucher vint d'emmener. On l'applique
également aux personnes : voiqiti un p'tiot qui braime lai
faim.
BRAISIL. Proprement : braise fine ; mais l'acception
primitive a disparu. Le mot ne s'emploie que dans des phra-
ses analogues â celle-ci : lai târre se façonne Un : elleast tote
en braisil.
BRAMENT, Adverbe très usité dans les environs de
Beau ne : c'est la syncope de bravement. « Comme te voilà
brave, » dît-on dans certains pays à un homme endiman-
ché. Chez nous l'adverbe brament a le sens de : convenable-
ment : voiqui un ovraîge quasi brament tome.
Jacques de Molay, grand maître du Temple, qui avait
fait sa profession dans la petite chapelle' du faubourg Saint-
Jacques, de Beaune, fut conduit au supplice à Paris, dans
l'île du palais, le il mars 13 14. Un poète de l'époque l'a
fait parler en vers :
Laissés-moi joindre un po mes mains
Et vers Dieu faire m' oraison
J*j voï ici mon jugement
Ou mourir me convient bretnetit.
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Certains philologues pensent que bretnenl signifie briè-
vement : les lecteurs choisiront.
BRAN DEVIN. Eau-de-vie. On serait tenté de décompo-
ser ainsi : bran-de-vin, résidu du vin ; mais la véritable éty-
mologie est celle de vin brûlé : brand, en allemand signifie
incendie. Notons en passant que le radical brand a formé
le mot brandon, torche faite avec de la paille. Le dimanche
des brandons, nos pères couraient dans les champs avec des
torches allumées. Cet usage, sanctifié par le christianisme,
avait une origine celtique.
BREILLE, Beurzille. Sorte de panier à anse. Lorsque
les vendangeurs descendent de leurs montagnes, on recon-
naît les Morvandeaux et les Beuquins à leurs breilles, qui
sont plus larges et moins- longues que les vendangerots de
l'arriére-côte.
BRICOLER. Travailler à petit profit, comme le voitu-
rier, qui, ne pouvant avoir un cheval, traine sa voiture à
bras avec une bricole.
BRONE. Sec. Le bois brône se casse avec facilité. Je ne
connais pas l'origine de cette expression qui est en usage
dans les communes de la plaine.
BROQUEREAU. Petit tampon en bois qui bouche
l'orifice inférieur ouvert dans le fond d'une futaille : c'est
par là qu'on introduit le robinet, appelé quelquefois broche
et broquette. On dit encore à Namur : du vin vendu al broke.
BROUILLER. Tacher avec de la boue. Al ai broie sai
culotte. On prononce suivant les localités brouiller, brouller
ou brôier. Un poète bourguignon du XVI e siècle, Claude
Bouton, seigneur de Corberon, a employé ce mot dans son
Miroir des 'Dames :
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38
Le très vaillant et grand Pompée
Un matin qu'il sacrifia
Ot sa robe du sang broullée ;
Lors une autre querre envoya
Devers sa femme Julia.
On disait autrefois brouller : « Item à l'entrée d'icelle,
VIII eanduiz pour moullier les dames par dessoubz et trois
conduis que quand les gens arrestent pardevant ils sont
tous blanchiz et broullez de farine. (Arth. de Lilb.) Il
s'agît des merveilles du château d'Hesdin appartenant au
duc de Bourgogne, en 1432.
Le radical est bray. « Ce mot celtique, » dit M. Hippo-
lyte Cocheras dans ses Origines et formation des noms de
tieu 7 a Mgnine terre humide, fange, vase. » La syllabe bray
a formé un assez grand nombre de mots restés dans le fran-
çais : brouet, brouille, broyer, brouillonner. Les noms de
lieux qui en dérivent sont abondants : le faubourg de Bray,
la Bresse, Bretenay, Bragny, Brazey. Tous ces pays de
notre région occupent des terrains marécageux. Les marins
donnent encore le nom de Irai à un mélange de gomme
et de goudron
Le mot germanique bran, excrément, est de la même
famille ; il a passé dans le vieux français et a produit breneux
çiembmter.
Sur tout, vive l'amour et bran pour les sergents.
Les habitants du nord de la Franee et de la Belgique
wallonne ne disent pas : se brouiller, mais se brouter. Un
homme qui a la peau noire est un brouté. Je connais, dans
cette région, une auberge qui a pour enseigne Au roi brouté:
on y voit L'adoration des mages et, au premier rang, le nè-
gre, celui que La Monnoye appelait « le roi mâchuré. »
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çq^m^œr*
39
BRUCHON. Panier à pâte; c'est le synonyme de boinon.
Bruchon me paraît être une variante de bourriche et bour-
richon.
BUE et Bute. Lessive. I vas encuver mai bue aujed'beu ;
an lai coulerai demain, et pus, mequerdi i lai laiverons.
Les Italiens disent bucato. Ménage dérive bue de bucca,
bouche, parceque la lessive coule par le trou du cuvier ;
j'admets difficilement cette étymologie. Il doit y avoir là
un radical primitif, qui a formé les mots bouillir, buée,
bouée, bouille,(perche qui sert à troubler l'eau) et cœtera.
BUZON. Paresseux. Ce mot vient-il, comme on le croit
généralement, de buse, l'oiseau de proie qui plane si lon-
guement dans l'air et qui semble atteint d'immobilité ?
M'est avis que la proposition doit être retournée. De mô-
me que besin, besiner, besace, buse me paraît être d'ori-
gine germanique. (V. Besin.)
On pourrait rapprocher bu\on de la locution si connue :
faire l'école buissonnière. Ne devrait-on pas dire bu\onniere ?
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.
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c
^ABIOUTE et Cabotte : cabane. Quant an ai
tpleuvu trop fort i nous soms caichés dam tune ca-
illoute.
Le radical cab, qui est probablement d'origine celtique,
a formé un grand nombre de mots : cabaret, cabine et ses
diminutifs. Au pays wallon, cahote est une barque couver-
te. En Angleterre un cab est une sorte de voiture. Citons
encore à Rome, cabanna et caméra.
CABOSSER. Faire une bosse ou une blessure à la tète.
Par extension, toute espèce de blessure légère \
Que ferai- je s'ils me tollent mes bottes
Qui si grans sont que es pieds me cabocent.
(Roman de Guillaume au Court nez).
En Bourgogne, nous appliquons ce verbe aux objets ina-
nimés ; mon pot au lait ast tôt caibossé. Caboche est
synonyme de mauvaise tête. Simon Caboche est le nom
d un valet de boucherie de Paris, partisan du duc Jean-sans-
Peur. Il fut nommé, en 141 3, gouverneur de Charenton,
pendant les querelles des Bourguignons et des Armagnacs.
La révolte excitée à cette occasion fut appelée te conspi-
ration des Cabochiens. »
A*
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4 2
CABRE. Sorte de trépied fabriqué avec trois branches
sortant d'une même tige; il sert â appuyer l'arriére d'une
voilure que l'on charge. Par similitude on dit qu'un ar-
bre, une plante, sont bien cabrés lorsqu'ils se ramifient
avec vigueur. Le sens primitif est cabre, chèvre, dont les
jambes s'écartent pour la maintenir en équilibre sur les
rochers. Un pied de chèvre, sorte de grue à l'usage des
charpentiers et des maçons, a précisément ses deux mon-
tants arc-boutés.
Nous appelons cabre, à cause de ses longues pattes, une
petite sauterelle qui se plait dans les terrains secs et arides.
Cabri, nom patois du chevreau, a formé le mot cabriole et
ses dérivés. Se cabrer c'est se dresser, comme les chèvres,
sur ses pieds de derrière.
CACOU, C'est le nom que les enfants donnent à un
œuf. Dans l'Yonne, on appelle cacou une grosse noix.
CAGNARDS (Avoir les). Avoir les jambes fatiguées
par un excès de marche ou de certains travaux. Pasquier
assure que cagnard est synonyme de fainéant et qu'il
vient du mot canard « parce que les vagabonds se réunis-
saient sous les ponts de Paris. » Cette étymologie me
semble puérile. Notre mot vient du latin canis dont on a
fait càgne. Celui qui souffre des cagnards a les jambes ca-
gneuses et les muscles malades : al ast fatigué quemant un
CAICHE-BÏOTE et Cache-bioute. Jeu d'enfant où l'on
est caché et blotti. Quand tous les joueurs sont placés, on
crie Moult au chercheur, à « celui qui l'est. » Pour nous
mbnyer (amuser), i aillom jue ai lai caicbe-biôte. On dit
aussi caichc-môche, qui est la forme patoise de l'ancien mot
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cache-masse. II ne s'agit donc pas ici de mouche, maïs bien
de se masser, c'est-à-dire de se cacher. (V. Meusse)*
GALE, Coiffure de femme. En hiver, on la confection-
nait avec de l'indienne piquée : les cales de nuit étaient
en étoffes plus chaudes Lai bise ast rude : y vas mette mai
cale de neut. Un calot est un diminutif de cale : les vieilles
femmes s'en servent comme d'un bonnet de dessous. Les
Jurassiens disent une câline. Le français a (m calotte. En lan-
gage vulgaire, une calotte est un coup donne avec la main
sur cette partie de la tête où l'on ajuste la cale.
Le marquis de Pauhny dérive ce mot à'écaille^ parce
qu'on s'en couvre la tète pour se défendre des injures du
temps : Si nonevero..A On peut faire remarquer que la
cale d'un navire a la forme d'une calotte, et citer les déri-
vés caJ/at et calfeutrer ; en terme d'argot, caler signifie :
avoir peur ; c'est se cacher à fond de cote Mais tout cela
est fort problématique.
Le substantif cale a été pris dans le sens de fille, de ser-
vante :
Le clerc d'un procureur, assez gentil garçon
Racoustrait quelquefois une assez jolie calle.
(Le cabinet satyrique de 1618.}
CALOT et Ecalas. Nom patois de la noix (V. Echoïer).
CAMBOUIS, Graisse qui s'est noircie dans les rouages
d'une voiture ou d'une machine. Littéralement : boue de
cheminée, du latîn camhuts. La vieille locution bailler du
cambouis \ signifiait tromper quelqu'un, se moquer de
quelqu'un, comme on le voit dans ce La farce du meunier
de qui le diable emporte l'âme ; »
Ah, très-orde vieille truande,
Vous me baillez du cambouys,
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44
CANCE. Semblant. Al ai fait cance d'aillemer sai pipe,
ma i crois ben au a voulût mette le feu ai note meule de peille.
CANCOIN. C'est l'ancien nom du hanneton . Au
Moyen-âge on exorcisait les écrivains et les cancouanes Les
enfants de Beaune disent cancoise : Tâchons don voi de
grouler (secouer) les iios (tilleuls) pour fare chouê (choir) les
cancoises.
Ce mot a été appliqué, sous forme d'adjectif, aux gens
qui grondent, qui bourdonnent toujours, et par extension
aux personnes qui se plaignent à tort de leurs misères ;
■jaimâs te ne ferai ran d'évou (avec) ctefomme lai : cast ettiie
cancouine.
On donne à Beaune le nom de cancoin à une anémone
sauvage qui croît sur les toppes de la montagne et qui fleu-
rit au mois de Mars. Nos ancêtres ne manquaient jamais
d aller, le lundi de Pâques, en Boche-de-lièvre, en Monte-
ronde ou en Pierre Blanche pour cueillir des bouquets de
cancoins et pour rouler les œufs bardots. On faisait là-haut
un petit régal, généralement composé de corniottes et de
pouroté. (V. ces mots.)
CANDOT. Etourdissement, syncope. An me r y semble
qui vas fâre le candot, signifie : il me semble que je vais
me trouver mal. Cette expression est usitée dans les villages
de la plaine.
CARNE. Mauvaise viande. Ton bout de bœu ast dur que-
ment de lai carne.
CARNIA. C'était un petit lavoir couvert, d'une cons-
truction fort ancienne, situé sur la Bouzaize, dans la par-
tie actuellement couverte qu'on appelle « avenue de la
République. » On y accédait par la rue du Lieu-Dieu.
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41
Avant la construction des lavoirs actuels, on allait au
carnià les jours de pluie, en payant une petite redevance
au propriétaire. 11 est probable qu'avant de rincer du lin-
ge, on allait jadis y laver les tripes destinées à fabriquer
les andouilles et le boudin. La petite ville de Nolay pos-
sède également un carnia.
CASIÀS et Càsis. Présure : lait caillé renfermé dans
l'estomac d'un ver.u. On le conservait dans des vessies
suspendues, jusqu'au moment où Ton devait s*en servir
pour faire prendre le lait dans la fromagerie. Ce mot patois
vient en droite ligue du latin caseus.
CASSE et Caisse est le synonyme de poêle à frire et
l'augmentatif de eatserolk. Les casses en fer battu servaient
A faire des omelet.es et l:s casses en cuivre jaunc> a con-
fectionner la bouillie. L'épisode de la fuite ai Egyph\ re-
produit d'une façon si réaliste sur les tapisseries de la
Collégiale de Beaune, tissées en 1500, présente h casse de
cuivre portée par S^Joscph. Vol qui mon heure (beurre) qui
breûle dam ïai caisse, dëpouache-tai don de bal ire les œufs.
Dans le Morvan* une casse est un bassin à puiser de
l'eau,
Queue de casse est le nom patois du petit batracien appe-
lé têtard : il ressemble en effet à un poêlon,
GATONS. Grumeaux qui se forment dans la farine ou
dans le plâtre. Eca fouille (écrase) hen lai far eu ne ; sans celai
an y aîrot des calons dans lai bouillit* À Àutun, Ton dit
cassons ; a Valenciennes on dit mâlons^ d'où le verbe ma-
tonner, appliqué a la bière dans laquelle il se forme des
caillots. Les Berrichons emploient comme nous le verbe
catotitw. Un compte des revenus de la ville de Bourges
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I
porte cei mots : « Cinquante boisseaulx d'aultre farine
qui estaient dans ladicte tour et environ dix boisseaulx,
tant catonnèe que pleine de mittes. »
CAYEN. Terme injurieux, analogue au vieux mot pied
plat. Il faut le rapprocher de cayement, employée dans un
acte bourguignon de 1392 avec le sens degordia, «d'hom-
me quéiaut et demandant l'aumône. » Cayement a formé
caymender, mendier, d'où nous sont venus quémander et
ses dérivés. On a appelé cayemende et calemende, une gros-
sière étoffe, rayée de couleurs vives, comme les vêtements
des cayement s et des bohémiens. (V. Cotre et Gordià.)
C EMISE, Braise fine, cendres chaud.es que l'on met
dans une chaufferette pour faire un couvot. En espagnol
ceuiia ; çn wallon cene\. Du latin cinis.
GERCE. Roue horizontale du pressoir, qui fait corps
avec la vis ; c'est sur elle que s'enroule la grosse corde
dévidée par la grue.
CERTAIN et Çartain. Se dit d'un fruit intact, dont la
conservation est assurée. I m'en vas trier nos poueires : an
mettrai dans lai meureïre cettées-qui qui sont çartaines.
CH A ILLARD, dur, filandreux. Ce mot s applique aux
légumes. (Y. Cbeillas et écholer.)
CHAlPtA ROND. Vaste chapeau de femme à bords
très développés II était ordinairement de feutre gris mais
il y en avait de blancs pour les riches vigneronnes. Un
proverbe très ancien avait cours à Vignolles, Gigny, Cho-
rey et autres villages : quand an fait du brouillard su Cor-
ton 7 prends ton chaipia rond. Le chapeau rond, dont le prix
était assez élevé, remplaçait le parapluie Lorsqu'on allait
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travailler dans les vignes : on s'en servait encore commu-
nément il y a un demi-siécle.
CHÀISSOT. Inversion de séchât : linge d'enfant que
l'on met thokher sur les haies,
CHÀ1TENEIRES. Petites ouvertures pour le passage
des chats, pratiquées dans les toits ou dans les portes des
greniers.
CHAMBLEIRE. Chambrière, servante. Voici deux cou-
plets d'un noel où la chambleire joue un rôle important ;
Suleïve-taï, chambleire,
Ailleumede lai leumeîre,
Regarde por lai barreîre,
J'entends remuer not' châssis.
J'entends bin queques parsounes,
Ou les aireilles me cour ne nt
Ou ç'ast notre chet qui groune
Dans queique coin por iqui.
Lot chambleire court a la porte : elle aperçoit trois voya-
geurs, trois anges j qui cherchent l'enfant Jésus et deman-
dent l'hospitalité :
A disons» note mâtrosse,
Qu*a sont de F orient de rose,
Qu'a sont venus por les airs
Voi Jésus de Nazarer ;
A demandant eune pcillesse,
Pour reposer Icu quercaïsse
T6 seulement j^uqu'Lii eeseir,
Ces vers sont en patois de Dijon ; un beaunois aurait
Écrit parsotwe, content t au lieu de parsoune, cournent.
On appelle ainsi chiimhlàre une suspension en fer que
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4»
l'on accroche à la crémaillère pour porter une poêle, une
casserolle ou un gaufrier.
CHAPELER des pommes ou des noix ; les abattre avec
une gaule. En patois de l'Yonne, on dit châbler.
CHAPON. Croûte de pain frottée d'ail. Ce mot me sem-
ble avoir été formé ironiquement et par contre-sens : la frot-
tée d'ail était souvent le plat principal, le chapon du pauvre
paysan. On lit dans le a dictionnaire des proverbes fran-
çais : »
Si tu te trouves sans chapon,
Sois content de pain et d'oignon.
CHAPOUTER. Couper du bois en petits morceaux. A
rapprocher de chapuis, qui signifiait autrefois charpentier et
qui est devenu un nom propre. (V. Chappe.)
CHAPPE. Bâtiment de ferme, écurie, grange. Les Mor-
vandiaux disent châ. M. Pelletier de Chambure dérive ce
mot de casa ou de castrum : J'aime mieux le faire venir,
comme chapouter, de notre vieux mot chapuis. Dans cer-
tains pays on écrit chapt, qui a formé cheptel, location d'a-
nimaux avec moitié des produits.
En basse latinité, chappa était la remise des chars et des
charrues.
Le mot chapiteau, appliqué à un portail en bois d'église
rurale, ne me parait pas venir de caput, comme le chapi-
teau d'une colonne, mais de chappe et de chapuis. Un comp-
te de 1399 mentionne « cinquante-six troncs de chêne,
pour construire ung chappot entre la tour et la maison,
dessus la porte du donjon de Saulx. »
CHARBOUILLER. Salir le visage ou les mains. L'an-
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tonyme patois est décharbouiller : V ins don iqui, petit ra-
mona, qui te déchairbouille. A Dijon, on prononçait cha-
brouiller ; Tabourot a dit dans ses touches :
Et ne laisse en sa main d'auoir
Vn crayon rouge ou blanc ou noir
Dont i chabrouille une muraille.
Autrefois nos paysans ue se lavaient pas souvent ; la
malpropreté avait même ses panégyristes : « Ceux qui
souhaitent de vivre longuement ne doivent changer de lin-
ge que rarement. Plus on a porté une chemise, plus elle
est chargée de molécules oléagineuses et grasses qui tien-
nent la surface du corps dans une espèce de bain émol-
lient. » Je regrette de ne pas connaître l'auteur de cet
axiome étrange, reproduit dans les Matinées Sénonaises.
CHARPILLIÈRE. Toile d'emballage. C'est peut-être à
tort que le français a adopté le mot serpillère. A rappro-
cher de charpie et à'écharper. A propos de charpie, je trou-
ve dans le dictionnaire de Danet : « lana mollis bene carp-
ta : du charpis pour mettre sur une playe. » Charpie et
charpilliére viendrait donc de carpere.
CHAUME. Plateau de montagne. Dans le patois des
Cévennes on dit une chalm. c< Ce sont, dit M. Alfred Mau-
ry dans ses Forêts de la Gaule, des clairières naturelles
formées au milieu des bois par les sommets dépouillés. »
Les cimes élevées des Vosges sont appelées hautes-chaumes.
Nous avons dans notre arrondissement les chaumes d'Au-
venay et de Bessey-en-Chaume qui est l'endroit le plus élevé
de nos environs. C'est pour cela qu'un ancien curé de
cette paroisse disaitfacétieusement : « quiconque s'élève
sera à Bessey. » Ce pasteur des âmes était obligé de parler
5
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5 o
la langue du pays et de prêcher en patois. Les anciens as-
surent qu'il s'exprima un jour de cette façon : DvCes fr êtres
quart i serai mort, le 'Bon Dieu me ferai veni vie lu et me di-
rai : curé de B'sey quéque t'ai fait de tes ouailles ? — Héla !
Seingneûre, que je li dirai, belles vous me les e\ beillées, bettes
je vous les rends.
Le mot chaume, appliqué à des tiges de graminées,
semble dérivé de calamus ; il a formé chaumière et chalu-
meau. L'origine première de tous ces mots pourrait être
la même. Les terres peu fertiles des sommets devaient être
en jachères pendant plusieurs années, rester en chaume
avant de les cultiver de nouveau. Chômer et ses dérivés
exprime cet état de repos.
CHAVIR. Achever un ouvrage. I ne pourrai j aimas en
chavi. En vieux français, chevir signifiait travailler, d'où
chevance, ferme, exploitation. La citation suivante intéres-
sera certainement les Beaunois : « Car vrai est que ce
chancelier Rolin n'avait son pareil et en estoit glorieuse-
ment venu à chief quoyque ayant à chevir de maintes aul-
tres besoignes dures et difficiles. » (Chronique de Georges
Chastellain.)
Au XV me siècle, l'auteur du ^Mystère de la Tassion met ces
mots dans la bouche du Cyrénéen :
Ah Messeigneurs vous atendrez
Que j'aye de mon faict chevi.
CHEILLAS. Tiges séchées de certaines plantes légumi-
neuses, principalement des pois et des pommes de terre.
Ce mot a formé l'adjectif cheillard, filandreux, dur à cuire :
ces faiviôles (haricots) sont cheillardes. — An te faut f are un
gros tas de tous ces cheillas pour les breuler, (V. Echoler.)
CHEMISOLE. Camisole. La chemisôle dont il est ques-
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5i
tion dans une jolie sauteuse de l'Auxois est une chemise
d J homme :
MAI BRUNETTE
I tairai
Mai brun et te
1 t 1 ai rai
Oui m ni foué,
S T i ne t*ju pas, ï m'en irai
Ai lai guerre, ai lai guerrej
S T i ne t'ai pas ? ï m'en irai
Ai lai guerre en Dauphïné.
SM ne t T ai pas i metterai
Mai ch'misôle, niai ûh T ffiisèle,
S T i ne t'ai pas ï metterai
Mai ch'misôle su mon gilet.
Cette sauteuse a du être composée vers la fin du XVI e
siècle : un registre des archives de Beau ne constate un
envoi de canons, fait en 1 574 ce pour la guerre du Dau-
phiné. »
Le départ des miliciens était un sujet bien digne d'ex-
citer la verve des ménestrels de village, Apres le Dauphïné,
l'Allemagne, Je regrette de ne pouvoir citer tout au long
une mélodie traînante et bien typique, où il est question du
Rhin, C'est la jeune fille qui parle :
LA GUERRE DE PRUSSE
Ecris-moi dans une lettre
Sitôt arriver au Rhin.
Si tu change de mai tresse,
Mai j'y changerai d'amiut.
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52
La chemisôle figure d'une façon bien fantastique dans un
conte du sabbat qui se tenait au pied des immenses roches
de la Tournée :
Une femme mariée de Vauchignon s'était affiliée à la noc-
turne confrérie des sorcières. En se réveillant au milieu de
la nuit, l'époux avait constaté plusieurs fois l'absence de
sai fomme. Voulant en avoir le cœur net, il résolut de veil-
ler un samedi soir jusqu'à mimât. La femme s'était cou-
chée, en proie à des tressaillements sinistres. On entendait
dans le guerrier des bruits extraordinaires et des appels réi-
térés. Le pauvre mari, plus mort que vif, faisait semblant
de dormir dans un coin. Il voit l'épouse se lever douce-
ment, passer un cotillon et une chemisôle et prendre dans
Yayette un pot de pommade dont elle se frotte la figure
devant son mirou, en avant de la cheminée. Le mari re-
gardait du coin de l'œil, au milieu d'une demi obscurité.
Voyant que sa femme ne bougeait plus : mas quèque te fas
don Jean-nette ? qu'a H dit. Pas de réponse ! Il s'avance par
derrière et veut saisir sa femme dans ses bras. La chemisôle,
le cotillon et la colle de tient s'aplatissent comme un ballon
dégonflé !
La femme toute nue s'était élancée par la cheminée, à
cheval sur un balai. L'onguent du petit pot était de la
graisse de chrétien !
CHENEVOTTE. Tige de chanvre dépouillée de son
écorce. On s'en servait pour faire des allumettes soufrées.
Les paysans se réunissaient, pendant les veillées d'hiver,
pour teiller le chenôve après qu'il avait été nasé. (V. ce mot.)
Quelles bonnes légendes on racontait dans ces voillies !
Quelles bonnes chansons ! Quel feu roulant de saillies
bourguignonnes ! Dans nos environs de Beaune, il n'y a
L
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**?
53
plus guère de cheneviéres et, par conséquent, plus guère
de chenevottes .
CHENIS. Ordures, balayures. Ce terme local est écrit
schenis dans un acte du Moyen-âge relatif à la rue du Bourg,
à Dijon. Il n'a rien de commun ^vec un chenil à loger les
chiens, et vient probablement, comme ceni%c 3 du latin cinis 7
cendre.
En patois de Beaune, chenillot veut dire languissant, ma-
ladif. Nous ne croyons pas que cet adjectif ait quelque
rapport avec le mot qui précède. Chenillot, qu'on prononce
souvent senillot, ne serait-il pas le synonyme de sentie et la
traduction littérale du latin senilis.
CHESSORE. Les Dîjonnais prononcent chesseure. Fi-
celle nouée qui forme l'extrémité du fouet. Petite branche
d'arbre avec laquelle on chasse les animaux de basse-cour
et même les mouches. On dit aussi évaire-mochi. En Pi-
cardie cachoire.
Le mot cachoire est employé avec le même sens dans
la dance aux aveugles, poésie bourguignonne du XV e siè-
cle.
CHÉTELOT. Le jeu du chételot consiste à abattre avec
une noix lancée ou roulée, une rangée de petits châteaux
formés chacun de quatre noix. Par extension, assemblage
de fruits placés à l'extrémité d'une branche : An y évot tant
de chételots d'aipreis que not' poiré s'ast éluchê (cassé,)
CHETI. Ancienne prononciation de l'adjectif chéHf. On
emploie ce mot au propre et au figuré : Al ai cune cheiiie
santé. — Çast un cheti gas qu'ai tôt dévalisé not 1 cortiL
On trouve ce mot dans le roman de Garin-le-Loherain :
« Nue pies en langes com un autre chéris, »
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54
et dans la légende d'Asseneth : «... et el en ot despit et
dist i je ne veul pas estre famé d'un chaitif, mes de filz de
roy. »
Le ch'ti 7 c*CSt le diable en langage morvandeau.
CH1ESSOT. Gibecière, sac. Un excellent ami d'Arnay,
nourri dans le plus pur patois de l'Auxois, m'écrivait ré-
cemment : vos frirai W** d'aippourter quéques nouvelles pa-
toiscs dans vote chiessot pour nous beiller un peuchot de bonne
humeur,
CH1NTRH. Contour de champ, du latin cinctura. C'est
le nom de plusieurs Lieux-dits des environs de Beaune.
CHOGNH. Crottin de cheval. I me sens laissé dire que
les pauv* gens ficînl choicher (sécher) les ebognes et les bouges
de vatrbe ptmr se chauffer pendant Vhivar.
CHOICHONS. Paisseaux hors de service. Echalas de-
venus trop courts par les aiguisements successifs, et desti-
nés à être brûlés. Val don queri eutie braissée de choichons :
j' aillons fàre des gaufres . En 1385, un Dijonnais fut con-
damné pour avoir dit en public « qu'il ne prisait le duc un
choichon. >3
CHOPINE, Ancienne mesure de liquide contenant en-
viron un demi-litre ,
Boire à la capucine,
C'est boire pauvrement.
Boire à la célestine,
C'est boire largement.
Boire à la jacobine,
C'est chopine à chopine.
Mais boire en cordelier,
C'est vider le cellier.
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-■--.mH
*!■
55
CHORTER et Cbeurter : Asseoir. Cheurtôh : chaise.
C F boum me ilai çast un vrai bot ri : a n*wi pas pus haut
qu'un chien eborté.
Dans l'Yonne on dit s'achiter.
CHOUACHER, entasser ; du latin enkare. Une me-
sure ébauche est celle dont le grain a été pressé. En 1444,
les redevances d'avoine de la châtellcnie de Chaussin de-
vaient être livrées au receveur à mesure ebaulche.
CHOUINER. (V, Couiner),
CHOVEÀU et Chôvia. Petite mesure pour les liquides
et spécialement pour le lait ; il y en avait quatre dans une
pinte.
— Bon j or mai tante Jan-ne, lai qu'ast mo n'onque Coulas?
— Àl en ast dans saî cave qu'ai y boit son chôviâ.
Quand el en vaï remonter,
À s'beillerot ben au diable qu'a n'en ai point tâté,
CHUCHE et Suchas. Souche, grosse bûche de bois.
Au siècle dernier, on voyait dans la commune de Vignolles,
un petit bois appelé suchas. Le hasard des semis naturels y
avait fait croître un poirier d'une espèce particulière : cette
bonne variété, appelée Suchas, fut beaucoup multipliée par
la greffe.
Tout le monde connaît l'origine gauloise de lucbuehe de
Noél : la forme et Fétendue de cet ouvrage ne me per-
mettent pas de raconter les légendes bourguignonnes qui
s'y rattachent.
C1MER ou Situer, Action d'un liquide qui s'épanche
par les fissures d'un vase. Te ferai ben aiftenfion : les poin-
çons (tonneaux) ne veillant rau, le vin vai cimer pou dessus.
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56
En architecture la cymaise est la partie d'une corniche
qui forme revers d'eau.
CI MOT, Lisière de drap. J'ons aicheté des chaussons en
cimoL
CIVE. Petit oignon vert. Ciboule, ciboulette, que les
Parisiens nomment civette. Ce légume était autrefois le
principal ingrédient du civet de lièvre.
Ce mot n'est plus usité en Bourgogne que dans cette
phrase : vert comme cive.
CLAIR* Feu follet. Dans Y ancien temps, an croyot que les
clairs vous corint d'aipreis.
CLAÏRER, Flamber. Jeufe don voi dans lai chemenée des
panouilbts de troquai (blé de Turquie) pour fare cliarer le
feu. C'est le latm ckrere.
CLIAQUE RITOU, Nom vulgaire et facétieux du fro-
mage blanc. Quand on a les yeux enflammés et bitoux, il
faut y claquer, non : y appliquer un cataplasme de fromage
blanc.
Dans F Yonne on dit : du claque-^iaux.
CLIQUOT, Loquet de porte. Al ast trop petit pour œuvrt
le cliquoi. — Cliquette, instrument composé de mor-
ceaux de bois que Ton frappe l'un contre l'autre : les an-
ciens règlements enjoignaient aux ladres ou lépreux de
s'en servir pour avertir les passants de leur approche.
Cliquer ai lai porte, c'est essayer d'ouvrir. C'est la même
onomatopée que claque.
CLOP et quelol. C'est le dernier venu d'une couvée :
il est souvent êcloppê. Les jeunes poussins et surtout le
c hp, marchent clopin-clopant.
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1 "^
57
COIER (Se). Autrefois : se coiser. Se taire, se tenir rm }
avoir peur. Ce verbe est de la même famille que couard^
poltron, et que colon, dont le sens est le même, £Ka! reule
don tranquille : coie-iai lent de suite. Voici un joli conte,
porté , par M, Clément-Janin, a l'actif d'un habitant de
Corberon, Il s'agit d'un ivrogne^ très religieux à ses heu-
res, qui avait envie de suivre la procession des Rogations.
Mis en retard par ses stations matinales daiis les cabarets,
notre ivrogne trouva l'église vide : la procession était sor-
tie dans la campagne. Il vint faire sa prière aux pieds de la
Mère de Dieu, sans remarquer la présence d'un enfant de
chœur : Bonne Sainte Vkrge, dit-îl a demi voix, i vous
prit de nous hmîkr ben du foiirraige, hen du bK\ hen de
Vmvom, ^.Aten du vin f — Non ! point de vin, point de
vin, dit l'enfant de choeur, caché par une boiserie. Alors
l'ivrogne, jetant sur l'Enfant-Jésus un regard de doux re-
proche : Touèj coye-iai ; laisse causer tai meire quai pus de
rasoii que loué.
Le patois Dijonnais écrit se coûter ; La Mon noyé a dit
Pai ! couzé-vo, fit le prôfète
Mon dar le tire ré de lai,
COIFFE, Ce mot est dérivé du vieux français scoffwn y
cscojjîou, en basse latinité scafio : «c Regina, ut sermone Io-
quar barbaro, scafionem, camisas, manicas, coffeas, sancto
tradidit altari, x> Ce texte, cité par M. Thierry dans ses
mriis mérovingiens, se rapporte a Sainte Radegonde, fem-
me de Lothaîre 1 er , Il faut remarquer que Kuppha signifie
mitre, en haut-allemand.
Ronsard a placé ce mut dans de jolis vers :
De bagues d'orses mains étaient chargées,
Son col bravait, de perles arrangées,
5*
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Son chef était couvert folastremënt
D'un seoffion attifé proprement.
Le scoffioti du Moyen-âge ressemblait à la coiffe des
hospitalières de Beaune, Les coiffes tuyautées se portaient
j ad is dans les villages de la plaine et les coiffes plissées
dans ceux de la montagne. En ville, on avait adopté les
bonnets , ou plutôt les chapeaux de bonnet, car c'est le
nom d'une étofte. Un vieux poète a écrit : « un chapelet
de bonnet en sa tête, »
Dans les environs de Beaune, les coiffes ont presque
disparu : on en découvre encore quelques-unes dans les
villages du lond de TAuxois.
COIRE. Le grand Coire était un personnage fantasti-
que très populaire à Beaune, Une lois par an, le jour de
la Saint-Aubin, cet illustre seigneur faisait, monté sur son
char, une entrée triomphale dans notre ville, distribuant,
a tous ceux qui couraient à sa rencontre, des échaudés et
des brioches. Tous les gamins âgés de moins de dix ans
croyaient fermement au grand Coire et dévoraient ce jour-
la force pâtisseries, il n'y a plus maintenant ni chuche de
Noël, ni Grand Coire, ni père Janvier aux quatre bonnots :
nos cloches, libres son rieuses, ne vont plus à Rome le
Jeudi-saint. La science a chassé la poésie ; le progrés a
tué les naïves croyances. II n'y a plus d'enfants !
Au Moyen-âge, le Grand Coësre, chef des Bohémiens,
était une espèce de Roi des Ribauds ayant pour sujets les
gueux, les voleurs et les escarpes. Cette grotesque souve-
raineté s'est perpétuée jusqu'au XVII e siècle, comme on
le voit par un livre imprimé en 1630 : « Responce et com-
plaincte au Grand Coësre sur le jargon et l'argot réformé,
composé par un des plus chenastres argotiers de Paris. »
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COMEÂU et Coumeau. Sorte de crème, ou plutôt de
bouillie sucrée et parfumée, composée de riz» de semoule
ou de farine. Elle était destinée à garnir les flans. (V. ce
mot.)
COMBE. Petite vallée peu profonde et sans ruisseau.
Nous avons dans les environs de Beau ne la combe de
Pernandj la combe à la Vieille, la combe au Prieur, celle
de Bouze, celle de Gamay. Les villages de Savigoy, de
Pommard, de Meursault n'ont pas de combes, mais bien
des vallées avec ruisseaux.
Ce mot a Été traduit par gumba dans ïa basse latinité.
Il est également en usage dans le Languedoc.
CONEE. Pièce de lard mince et allongée, qui n'a que
la couenne. Par extension, grand garçon, bétc et laid, celui
que Rabelais aurait appelé c< un grand dépendeur d'an-
douilles. »
Il doit y avoir quel qu'analogie entre cooée et conard :
une association burlesque, analogue à celle de la Mère-
folle de Dijon, existait en Normandie sous le nom S abbaye
des Couards. Son sceau représentait un abbé mitre et assis,
tenant 1111 gigot et ayant deux bouteilles à ses côtés.
M. Francisque Michel dans ses études de philologie
sur l'argot cite ces deux vers, extraits du Mystère du vieil
testament :
Et ne serai pas si cosnard
Que je n'en mette un grain à part
COPIÀN. Capon, Fare son copian, c'est faire le bon
apôtre : c'est flatter et caresser quelqu'un dans un but
égoïste et personnel.
Ce mot appartient au patois de la plaine.
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6o
GOQUÉLE. Casserai le en fonte. Ce mot parait venir
du latin çoqutrt) cuire, qui a formé cociiou et matin queux.
Je ne partage pas l'opinion de M. de Chambure qui fait
venir coquèle du substantif latin coucha, une coquille.
COQUECIGRUE. Personne d'un caractère bizarre, re-
vêche et avaricieux. Ou a dit que ce mot était, dans l'o-
rigine, le nom d'un animal imaginaire : je le considère
simplement comme l'anagramme de croque-ci gua.
CORÉE. Cœur d'un animal. Voici une épigramme que
j'ai apprise à Meursault :
Mai bique ast morte,
Le loup remporte.
Mossïeu T curé
Qui eort d'aîpreis
Pour en aivatr le fée et lai courée.
La forme corailk est employée dans le roman de la
Rose :
É
C'est la douleur, c'est la bâtai lie >
Qui li détranche la corail! e,
CORHIRH et Scoreîre. Baguette de coudrier. On s'en
sert pour battre les habits, pour éloigner les animaux et
même pour corriger les enfants, A rapprocher de scorgie,
fouet, ff M. de Villeneuve ayant pris le lieutenant Artault
prés de Lucenay, le traita fort longtemps selon qu'il a ac-
coustumê, à des acorgies à nerf de bœuf jusqu'à ce qu'il
ait composé à \6oo livres pour sa rançon. » (Hippolyte
Abord : Histoire de la ligue à Autuu.)
COR1 LAI POSTE s'emploie fïguréruem pour : aller
trop vite, faire de mauvais ouvrage. Si te veux ben trai-
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'*^»r^ww^ *" * ,J ; *
61
veiller, an ne faut j aimas cori lai poste. Les vers suivants
sont cités par M. Paulin Paris dans ses Manuscrits français
de la bibliothèque du Roi :
J'ai vu le soleil radieux
Courir la poste par les Cieux.
CORNELIE. Frontail du bœuf ou de la vache, sur-
monté de ses deux cornes : cornes liées. Au Moyen-âge
le trompette de la ville de Beaune avait droit aux cornélies
de toutes les bètes tuées par les bouchers. Il prétendait
aussi avoir droit aux nectiers. Mais un règlement de 1528
leur défendit d'exiger autre chose que les cornélies. Je
crois qu'il faut entendre par nectier la partie osseuse de la
tête du mouton : le ne\.
CORNILLÉE est aussi un terme de boucherie qui n'a
aucun rapport avec le mot précédent. La cornillèe est le
faux-filet du bœuf ou de la vache.
CORNIOTTE. Coiffure d'homme ressemblant au tri-
corne. Pâtisserie bourguignonne dont l'intérieur est rem-
pli de fromage et les bords relevés comme ceux d'un cha-
peau à trois cornes.
En ma qualité de laudator temporis acti, qu'il me soit
permis de faire une réclame aux anciens gâteaux de notre
pays, aux brunes talmouzes, aux flamussez appétissantes,
aux succulentes corniottes, aux brioches chaudes, aux flans
épais et nourrissants. Tout cela vaut mieux que les savan-
tes combinaisons des confiseurs moderues, préparations
neutres, moitié bonbons moitié gâteaux, indignes des es-
tomacs bourguignons.
CORTIL. Jardin : en basse latinité curtile. M. Hippo-
lyte Cocheris, dans ses Origine et formation des noms de
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1
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lieux, dérive ce mot de cohors et de cors. M. Max Muller
pense que le mot cors fut employé d'abord sur les collines
du Latium, dans le sens de claie, parc, enclos pour les
bestiaux. Plus tard 5 on appliqua ce. nom à un camp, puis
à une cohorte. Dans la Gaule, on donna cette appellation
aux. fermes bâties par les colons romains. Les chefs francs
et burgondes s'em parèrent de ces grandes exploitations. De
là vient qu'on donna le nom de cour au domaine et à l'ha-
bitation des souverains. Le diminutif, cortil, fut réservé
aux petites fermes, comme on le voit par un article de la
loi Gomhette : a si ad batalias, mulier curte suâexierit...»
On pourrait remonter beaucoup plus haut. Une partie
de l'Italie a été peuplée par les Gaulois, et le radical gau-
lois cor est admis par plusieurs celtistes : c'est de là que dé-
rivent le latin hortus, l'allemand garten et le bas-breton
gtir^. Le mot ker signifie village : il a formé beaucoup de
noms dans dans le Finistère : kermaria, kcrlouan, kerne-
ven, kerniïis, etc. Dans la Picardie et dans la Bourgogne
la syllabe court forme le suffixe d'un très grand nombre de
villages. Sans sortir de l'arrondissement de Beaune, nous
trouvons Àgencourt, Boncourt, Longecourt. La forme cor
se présente très souvent au commencement des noms :
Curtil, Corbcton, Corabœuf, Corcelles, Corberon, Com-
be rtault, autrefois Corbertal, et tant d'autres.
Pour compléter ces notes géographiques, j'ajouterai que
les termî nation en ac du midi de la France, en ville de la
Normandie^ en ecque et hem de la Flandre, sont identiques
au mot cor^ qui motive cet article. Tous ces termes ont
le sens d'enclos, d'habitation, et par extension, de village.
Dans notre région, le suffixe ac traduit en latin par acum
parait s'être transformé en igny ou simplement en v, deve-
nu ey en patois : Sylvinio^ww, Savigny, est le village des
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bois, comme Mangwv est le village du marais. On peut
citer Bligny, Puligny, Giguy, Serrigny, etc. Dans la
Bresse et Je Bugey, acurn devien ta ou iea, comme dans
Broissia et Mïgieu,
Rentrons dans notre cor lit :
L'ai rai, Fessait Martin Lovel
Et le cortili dériers la grandie
Où a mainte géline blanche.
Le roman du Renaît parait donner à ce mot le sens de
maison :
La bonne femme du maïsnil
A ouvert l'huis de son cortiî.
COT, Larve d'un petit papillon de nuit qui ronge les
étoffes de laine : c'est le synonyme du français mile. Les
cochons ou cossons, appelés garguchotis dans certains villa-
ges sont les larves qui pénétrent dans les cosses de pois et
qui en rongent les grains.
Col tereau, en patois coltina^ est l'augmentatif de col : ce
sont les grosses larves du hanneton. Les cottereaux sont
aussi redoutables pour les jardiniers que les coller aux ^
paysans révoltés., ont été, dans le XU L siècle, redoutables
au clergé de la Bourgogne. Ce mot Cottereau est devenu
le nom d'une famille beaunoîsc qui vivait au XIV e siècle
et aussi le nom d'une rue, appelée plus tard rue des Ton-
neliers.
COUCOU ? — Àh ! le voilà ! Sorte de jeu pour amuser
les petits enfants. À Valenciennes, on dit : coucou ? —
Bœu ! En Allemagne, les enfants qui jouent a cache-cache
crient : kuckuch !
COUINER. Verbe imitatif qui exprime le crî de certains
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animaux. / crois ben qu'an vai fare laifeîte chez monsieur le
maire : an entendot teut ai l'heure couiner un couchon de lait.
Chvuiuer est une variante qui s'applique aux enfants pleu-
reurs. Dans les environs de Beaune, l'augmentatif récouiner
signifie pleurer en criant : en patois lingon, ce même
verbe rêcoumer & un sens bien différent, il signifie désirer
avec ardeur,
COULORE. Couloire, ustensile destiné à filtrer le lait.
On disait autrefois colleure : « Item quatre colleures telles
quelles, une petite quassotte et un petit croiseton, pour clai-
ra\ » (Inventaire de 1501 à l'Hôtel-Dieu.) Je pense que
ciaircr veut dire : clarifier, et que le croiseton est une pe-
tite pièce d T étorTe ; quant à la quassotte, c'est le diminutif
de casse. (V. ce mot.)
COYARD. Pièce de bois que Ton place sur le pressoir,
entre les mares et Yabrot. En morvandeau le coyau est un
chevron qui dépasse le toit. ,
CRACHÏE. Ecume et résidu du beurre soumis à une
longue ébullition. Littéralement : ce que le beurre crache.
CRÂ1. Sous-sol pierreux de la Champagne de Beaune.
Il est formé par une agglomération de cailloux roulés, po-
sés sur une couche argileuse. C'est le produit des allu-
vions et des dépôts du lac immense qui remplissait, à l'é-
poque glaciaire, toute la vallée de la Saône. La vigne
prospère dans ce terrain, lorsque le crai est recouvert
d'une couche assez épaisse de terre végétale.
Après son extraction, on passe le crai dans des cribles
gradués. Les plus gros cailloux servent à combler les ex-
cavations, a empierrer le fonds des nouveaux chemins :
.
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^mmm*
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les moyens sont utilisas pour sabler les allées de jardin ;
on emploie les plus petits pour fabriquer le mortier.
Notre compatriote } le géographe antiquaire Pasumot,
assure que le mot celtique craie , pierre, vient du syriaque
crac, dont le sens est identique. En Basse- Bretagne grtig
est synonyme de gravier ^ et grouau est synonyme de sable.
Dans le département de l'Aisne, le cran est une couche de
marne produite par la décomposition des calcaires friables 1
on y pratique des excavations souterraines appelées cr eu lies
et servant de caves, de magasins et même d'habitations.
Quelques-unes de ces creuttes sont de l époque préhisto-
rique. 11 est probable que la plaine de la Cran doit son nom
aux cailloux d'alluvion déposés par le Rhône*
CRENL Rugueux. Au vai jaler : i ai lai piâ des mai as
toit crème. (ïl va geler : j'ai la peau des mains toute grenue )
Encrené avait autrefois le sens de blessé et meurtri. Quel-
que temps après l'assassinat du duc Jean-sans-Peur sur le
pont de Montereau et son inhumation précipitée dans
l'église de cette ville, frère Laurent Pignon fut chargé de
faire relever et transporter a Dijon le corps de *ce prince.
Les mémoires du temps disent qu'on le trouva vêla tie son
gipon et une main eue renée.
CRÉFÏA. Sorte d'omelette : c'est le diminutif de enfe.
La forme carpiie était usitée dans le nord de la France,
Voici un article du <x Pro vende de THosteUerie de Valan-
chiennes » pour Tannée 1456. « Le Merquedi de Pasques
ont chacun un plat del carpiie et prent on les œfs du lundi
pour faire lesdites carpites* » L'hôtellerie de Valenciennes
était un hospice pour les vieillards.
CREPTON ^Se mettre à). S'accroupir, Littéralement
s'asseoir sur ses talons. Du latin crepitïa, sandale.
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CRETA1NE et Quertaine. Rideau de lit, courtine.
CREUSE. Coquille de noix ou de noisettes. An n'y ai
van de tel que des creuses pour far e clair er le feu.
CROP1, Cropie. Gelé superficiellement. An ai fait bin
froid lai mut : lai tarre ast un p'chot cropie.
CROTOU. Marqué de la petite vérole.
CUCHOT et Quiéchot. Sommet d'un arbre, d'une mai-
son, d'une montagne aiguë. C te peutte de chouette s'étot par-
chéi su le fin cuchot de not' mason.
CUISINE (Latin de). C'est ce qu'on appelle une maca-
ronée, un français grotesquement affublé de terminaisons
latines, ou bien le thème, rempli de fautes d'un mauvais
écolier. En un mot c'est un latin dans lequel on a mis tou-
tes espèces d'ingrédients.
L'un des plus célèbres morceaux de latin de cuisine est
ta narration de la mort tragique de Michel Morin : « De
brancâ in brancam dégringolavit at que fecit pouf ! » En
voici un autre moins connu qui a le mérite de la conci-
sion ♦ C'est le portrait de Calvin, dessiné par son coreli-
gionnaire Théodore de Béze. « Neque magnus, neque
parvus, sed inter duos ; non dares liardum deejusminâ.»
À côté du latin de cuisine, on pourrait écrire quelques
lignes sur les traductions de cuisine. On connaît plusieurs
exemples de ces versions populaires et facétieuses. En
voici un que je prends dans notre région. On voit dans
l'église Saint-Symphorien de Nuits, un tableau de Saint-
Jean portant cette inscription : inter natos mulierum non
surrexii major foanne Baptistâ. Un pauvre séminariste nom-
mé Bautiéj surpris par l'orage, avait passé une partie de la
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"^WSPBPWI^'
6 7
nuit dans une cabane de branchages, au bord de la route
de Vergy. Il entra dans l'église et eut l'irrévérence de
crayonner sur le bord du tableau la traduction suivante :
Entre les nattes mouillées n'a pas sué Jean 'Bautiê*
CULORON. Fonds de culotte.
CYGNOLE et Signole. Manivelle adaptée à un puits, à
un orgue de Barbarie, à un moulin à café. Ce mot semble
dérivé de cygne, à raison de la forme de l'instrument. Dans
la Normandie et dans l'Ile-de-France, la cigogne est appe-
lée vulgairement soignolle. Dans le pays wallon, une clef
d'arbalète portait, au XV e siècle, le nom de chuyneïkJ
*&«
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.
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R>*:*
D
çMw AVÈRE. Oui vra i ment - J e ne connais qu'un
y seul village où cette locution soit usitée : c'est
j&cj celui deSavigny.'Les Picards disent dam vûre.
Du latin vere. (V. voire.)
DARRÉ. Derrière. Darrè che\ mus est une façon de
désigner la cour et le cortil.
LE POMMIER D'AOUT
Darré chez mon peîre gn' i a-t-un pommier d'oiit : (Hisï
D'argent sont les branches, vole, mon cœur, vole,
D'argent sont les branches, et les feuilles ctout.
Et les feuilles étout, lourelou,
Et les feuilles étout.
Trouas filles d'un prince, vole, mon cœur, vole,
Trouas filles d'un prince, a s'endormont dessous.
A s'endormont dessous, lourelou,
A s'endormont dessous.
Tins ! dit lai pus veille, vole, mon cœur, vole,
Tins ! dit lai pus veille, voici que vint le jour.
Voici que vint le jour, lourelour,
Voici que vint le jour.
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7°
Nenni, dit lai pus jeune, vole, mon cœur, vole,
Nenni, dît lai pus jeune, ce n'ast pas qui le jour ,
Ce n'ast pas qui le jour, lourelour,
Ce n'ast pas qui le jour.
Ç'ast le prince Pierre, vole, mon coeur, vole,
Ç'ast le prince Pierre, que m'envie le bonjour.
Que m'envie le bonjour, lourelour
Que m'envie le bonjour,
II a gagné bataille, vole, mon cœur, vole,
Il à gagne bataille et j'aurai ses amours.
Cette jolie berceuse se chante aussi dans ks villages de
la Lorraine.
DÀKRÉ signifie encore la partie postérieure d'une per-
sonne ou d'un animal : not* Médor iï$£ souvent charte su son
darré.
DEBEURNACLÉ se dit d'un vêtement qui ne tient plus
au corps, d'un meuble disjoint, d'un outil démanché- An
faut Vaîppekr pour retonde $e$ bref elles : al ast toi dêbeit ma-
rié. Il y a là peut- être quelqu'allusion à un ivrogne qui
sort de la taverne^ en latin iabernù*
DEBITOUSER, Oter 1a Me qu'on a aux yeux. (V. BU
tou.)
Peîre, je graite mon croto
Et je débitouse mes euîlle,
Ecroupi dessus notre seuille,
(Patois dijonnais).
Par extension, on emploie ce verbe dans le sens de dé-
barbouiller : T'tiot mûchuron, cors don vilement te dêbitou-
ser.
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qp^ppppp ^
71
DÉBUTINER. Oter le butin, nettoyer, enlever les im-
mondices. En 1569, la municipalité de Beaune acheta
un tombereau et chargea l'exécuteur des hautes-œuvres
« de débutiner la ville tous les jours. »
DÉCHARBOUILLER. Décrasser le visage et les mains.
C'est le contraire de charbouiller. (V. ce mot.) On disait
anciennement escarbomller. Dans le Hainaut, on nomme
escarbilles les résidus de la houille brûlée.
DÉCONFENDS. C'est l'indicatif présent du verbe inu-
sité déconlendre. « Je m'en déconfends » signifie, en ter-
me d'écolier : je ne veux plus jouer, je quitte la partie
(de barres ou d'autres jeux )
DEDEVANT. Auparavant. Al ai maingé tune aissiettée
de soupe dedevant de parti. On voit dans la Chanson de
Roland :
Dedevant sei fait partir sun dragon.
DÉGOBI LLER Le contraire de gober. Al étot si telle-
ment saoul quai ai dégobillé au tnitan de lai route.
DÉMANTIGONER et Démangoner. Déshabiller et par
extension, disloquer. Not' reloige ast dèmantigoné. On re-
trouve dans ce verbe baroque, les deux mots mante et
gonelle ; (V. Gonot), ce qui couvre les épaules et ce qui
vêtit le corps.
DÉMON ACLE. Enfant méchant, tapageur. Le p'tiot de
not* Louis ast un vrai dèmonacle. Par assimilation à un dé-
moniaque.
Ce Dimence Dieu fit miracle :
Il guérit un démoniâcle
Duquel l'esprit était mueau.
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7*
DENIA. Paquet composé de dix grandes tiges de che-
neviâre. C'est du latin presque pur : denaria, une dizaine.
DÉSARROI. Je cite ce vieux mot français pour exami-
ner sa formation. C'est, littéralement, un labourage fait
à rebours. Arroi vient du latin arare. Rabelais a écrit :
tt le singe ne garde pas la maison comme le chien ; il ne
tire pas Yaroy comme le bœuf. » Le mot are, mesure de
terre, a la même origine. Le vieux verbe arréer, conduire,
était employé dans le sens figuré. Je trouve ce mot dans
un manuscrit gothique, provenant de l'Hôtel-Dieu de
Eeaune et conservé à la bibliothèque nationale. Il a pour
titre a Les enfances Ogier. » Voici les deux premiers vers
de ce poëme du XIII e siècle.
Bien doit chascuns son affaire arréer
A ce qu'il puit sa vie en bien user.
DEVANTE et Devantier, tablier. I te ferai f are un biâ
dœantè en indienne, pour tes dimoinches. Une devantennerée
est ce qui peut tenir dans un tablier. J'ons encore raimassê
eune grosse devantennerée de féviôîes.
DEVANT MA. Incessamment. Te li dirai qu'a s'en re-
V$Uti$ devant ma. Cette locution est usitée dans le village
de Meursault.
DhVOLER et Dévaler, descendre, marcher à val : c'est
le contraire d'aller à mont c'est-à-dire de monter. Le verbe
advoler n'a pas le même sens :
Par cent fois soiez bien venus.
Moult m'a fait Dex belles vertus
Quant ichi estes advolés.
Voici un petit conte bourguignon dans lequel le verbe
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ji> ■-' ffcÊn*
7)
dévoiler constitue un joli « mot de la fin », comme disent
les chroniqueurs.
Un brave campagnard, quelque peu avaricieux, avait
voulu faire de son fils un savant. Il l'avait envoyé aux
écoles, puis chez Monsieur le curé qui lui apprit Lhomond
et lui fit cultiver le Jardin des racines grecques. Entré au
séminaire, le jeune lévite fit de rapides progrés, malgré
la timidité excessive dont le Bon Dieu et la nature l'avaient
doué. Il reçut enfin les ordres sacrés, et chanta sa première
messe. Le texte du sermon, longuement préparé, était j
Beatus qui venit in nomine domini. Comme de raison, son
bonhomme de père occupait une bonne place, prés de h
chaire où son fils montait pour la première fois. Le timide
abbé promène son regard sur l'assemblée, fait le signe dû
la croix, se trouble et balbutie : *Beâtus... be... beâtus...
qui... qui... qui ?... Alors le père grondant à demi-voix :
queut ou pas queut, mon gas, i voué bin que mon argent
ast fichu : dévoile !
Ajoutons, pour ceux qui sont peu familiers avec le patois
du pays de Beaune, que le mot cuit se prononce queut.
DIVERSE. Adjectif des deux genres qui signifie étourdi,
remuant. Not' Piarre naipprend ran du tôt en l 'école, al ast
trop diverse.
DOGNE. Tendre, mûr, malléable. Ce terme est employé
dans les villages de la plaine. Le mau blanc (mal blanc)
quast ai mon doigt vai bintôt parcer : al ast dogne.
DOLENT. Cet adjectif n'a rien de bourguignon. Je le
place ici pour avoir l'occasion de transcrire la complainte
du Jeudi Saint, dont le texte a déjà été publié : on h
chantait encore à Chorey il y a une dizaine d'années.
6*
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74
Le chef de la petite troupe des enfants de chœur,
accoutré d'une façon bizarre et armé d'une hallebarde,
s'arrêtait a chaque maison et chantait cette mélopée
traînante :
Messieurs, Mesdames, pUise i vous d'écouter
Une complainte pieuse à vous conter,
De Notre-Dame qui eut le cœur dolent,
Quand elle sçut que fut pris son enfant.
O toi faux juif, qu'avait donc mon fils fait ?
Jamais en lui n'y eut aucun méfait !
Vous l'ave* mis à mort cruellement ;
Vous en serez punis amèrement.
Traître Judas, qui fus bien inhumain
D'avoir trahi le précieux sang divin.
Pour trente et un deniers tu l'as vendu.
Tu en seras puni et confondu.
O faux Pilate, toi qui Tas tant battu,
Tant flagellé, tant qu'il était rompu ;
Hélas ! pourquoi n'en avais-tu pitié?
C'était celui plein de toute amitié.
O laboureurs, 6 gens de tous métiers,
Accourez tous, venez de tous côtés,
Venez pleurer avec compassion
La mort du fils, aussi sa passion.
O filles et femmes qui garder la maison
Donnez des œufs X ces petits garçons,
Nous vous dirons chacun de profutidis
*.4mttt, amtrt. Mi^wrc nabis.
Dans notre village de Chorey, lt$ enfants de chœur,
depuis quatre ou cinq ans, ne viennent plus queri îtur
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roulée. Les traditions populaires se perdent : j'ai voulu
sauver celle-là de l'oubli.
Le mot dolent se trouve aussi dans une chanson relative
à un hameau des environs de Beaune.
LES FEILLES DE CLAIVOILLON
Ce sont les feilles de Claivoillon 5
• i £ ( Bis )
Qui vont servir la nation : ) %
Elles ont pris pour aventure
D'aller chercher leus amants.
Dans leur chemin ont fait rencontre
D'un officier d'engagement.
L'engagement aussitôt fait :
Allons ma mie au cabaret
Nous boirons eune bouteille,
Eune bouteille de bon vin.
Mais nous boirons de ce bon vin
Pour dissiper notre chagrin.
Quand on fut au milieu du r'pas :
Bois donc ma mie, tu n'y bois pas ?
Pour du vin, je n'en bois guère
Et de l'eau je n'en bois pas ;
Mais je n'en bois qu'un demi-verre
A chacun de mes repas.
Quand fut le milieu du souper,
Son cher papa la vint trouver.
Que fais-tu là, méchante fille,
Dans ce lieu si dangereux ?
Tu as perdu l'obéissance,
Tu n'y pense don plus à Dieu.
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Qui vous a dit, mon cher papa,
Qui vous a dit que j'étais là ?
— Cest ton frère et puis ta sœur
Qui ne font que d'y pleurer.
Ht aussi ta dolente mère
Que l'on n'y peut reconsoler.
«
Allez-vous en, mon cher papa,
Allez-vous en là-bas sans moi !
En retournant dans U maison,
Reconsolez tous ces gens-là.
J'ai encor un voyage à faire
Avec ces jolis dragons :
Nous allons monter à cheval,
Dans un instant nous partirons.
En passant par ces grandes villes
En jouant du violon :
— Héla ! grand Dieu la jolie fille
Qui va servir la nation !
DON DON. Grosse femme. Un auteur du siècle dernier
dérive ce mot de dondaine, machine de guerre qui servait
a lancer les pierres. Je ne crois pas qu'il y ait un rapport
entre ces deux expressions. Un "Bedon est un gros ventre :
par une plaisante abréviation , on s'est servi du mot
dondon. V* Bcurde et fieurdôler.
DORÉE esl synonyme de tartine. Une tartine, rôtie au
feu, devient dorée, surtout lorsqu'elle a été préalablement
enduite de fromage fort ou de graisse d'oie. Dorée viendrait
donc du latin deaurata. Je m'en tenais à cette étymologie,
lorsque j'ai eu l'occasion de voir, dans un compte de la
viérie d'Àutun, publié par M. de Charmasse : « una
denariata panîs *> une denrée de pain, ce qu'on donnait pour
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77
un denier. Il y a entre denrée et dorée une ressemblance
qu'il est utile de constater.
Les dords étaient, au XV e siècle, une pâtisserie fabriquée
à Cambrai, comme on le verra dans les vers suivants qui
ne manquent certainement pas de charme descriptif :
J'ay veu le tems qu'on veoit filles aller
Jouer aux champs, violettes cueillir,
Mengcr le laict près le meix de Saint-Gïlle,
Pour rafreschïr, craîme bouillie à Provïlle,
Porter tartrons, tourtaux et flandelets.
Aaltre douceur : A gros bords les dorets
Premier lundi avant la Pasquc close,
Quand on allait au pardon à Sainct-Olle*
On y veoit aller les elereqs sonnets,
En fan s de chœur rapporter oeufs rougets;
Lors on allait au village a T du casse
Pour y gaudir et y faire fricasse ;
Las ! ce temps kl nous est bientôt passé.
Dieu veuille avoir l'âme des trépasses.
L'habitude de rouler les œufs teints le lundi de Pâques
n*est pas spéciale A la Bourgogne
DGUELLE. Douve d'une futaille, du latin iûHum, ton-
neau. Même étymologie que le français dolotre.
DOUIXet rfoi£. Thibaut, comte de Champagne, a employé
ce mot dans une de ses chansons :
Au renoulvïau de la chaleur d'été
Que ] esclaircit li doi^ à U fontaine.
Douix parait venir du sanscrit dhû, agiter, mouvoir, ou
de dhiïnii rivière. Le gaulois dur et le gaélique "Vivr signi-
6ent eau. Je ne serais pas éloigné de croire que notre
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mot druide a pour racine rfî/r, source, et non pas le grec
dna, chêne : les Druides étaient médecins et l'hydrothé-
rapie était, chez les Gaulois, la base de la médication. Le
culte des eaux était en grande faveur dans la cité éduenne :
des découvertes journalières viennent attester l'importance
que nos ancêtres attachaient aux ruisseaux. A l'époque
gallo-romaine les sources sacrées furent couvertes d'édi-
cules posés sur des colonnettes : notre arrondissement en
renferme deux qui sont dans ce cas. C'est d'abord la fon-
taine Sai tu-Martin à Beurey-Beauguay, dont la coupole
sculptée vient d'être moulée par les soins de la Société
Kduenne, puis la petite source du Béthilot, à côté de la
colonne de Cussy : ce qu'on a longtemps pris pour le
couronnement, était la pierre qui recouvrait la fontaine et
qui était portée par huit colonnettes.
A Beau ne, le moulin le plus rapproché de la source de
la Bouaaize s'appelait, au moyen-âge, le melin de la doi^ :
Je mot Bouzaize fait supposer que cette doiz était consa-
crée a EsuS ou à Isis. La jolie fontaine de l'Aiguë paraît
avoir été consacrée à Diane par les Gallo-romains.
Le catholicisme eut beaucoup de peine à anéantir chez
les nouveaux convertis la croyance aux esprits des eaux.
Saint-Martin se donna la mission de détruire ce culte gau-
lois, en parcourant toute la Bourgogne, et nous pouvons
le suivre à Bibracte, àNolay, à Beurey-Beauguay, à Sainte-
Sabine. Tfcaune reçut la visite du saint thaumaturge et la
fontaine de Diane, sanctifiée par lui, vit s'élever un oratoire
qui devint plus tard Saint-ïXCartin de V Aiguë. N'oublions
pas son voyage aux sources de la Vandaine et au temple
de Mavîlly, voyage dont le souvenir s'est perpétué, à
Bouze, par la poétique légende du puits de saint ^Martin.
Malgré les exhortations du clergé et les efforts des évê-
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79
ques, les pratiques superstitieuses se sont maintenues, en
Bourgogne, jusqu'à la fin du siècle dernier : on lançait
dans l'eau des pièces de monnaies ; on jetait Peau de la
source sur le curé, comme autrefois sur le druide, lors des
processions faites en temps de sécheresse. La grande fête
des fontaines avait lieu au mois de mai et tout le
monde y allait; on appelait cela facere suos fouies. 11 y a
cinquante ans, on la célébrait encore à Saint-Hilaïre, près
de Château-Chinon : la procession, escortant la statue du
patron saint Mamert, se rendait à la fontaine de Phuis-
chamart, et le célébrant plongeait trois fois de suite la
statue dans l'eau.
Les sources de PArroux, de l'Ouche, de PArmançon
nous montrent des débris de sacellum, des statues, des
ex-voto, des statuettes d'argile, des monnaies. On croyait
à la puissance des génies (genio loci), aux paroles magiques
des druides, au pouvoir des fées et des déesses maires.
Après la disparition des déesses-maires, des druides et
des génies, on crût encore arx envoûtements, aux; malé-
fices, aux sorciers, aux remoinjoux. Le christianisme sanc-
tifia ces usages en fournissant un aliment à ce besoin de
surnaturel que nous portons tous au fond de nous. On
vante le progrés qui a « balayé ces vestiges du passé, »
mais je dirai, avec le docteur Bogros, l'historien du Mor-
van : « Où sera le progrés si la poésie rude et colorée ne
s'en va qu'en bien-être et non en raison ; si le matéria-
lisme grossier et brutal succède aux enfantines mais poé-
tiques croyances populaires ; si les jongleries des spirites
remplacent la légende au sens symbolique et profond, si,
en un mot, la simplicité fait place à la sottise. *
DOUTANCE. Doute. Dépeu (depuis) qtntit ni volé che^
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8o
mus i otts de lai doutance su un de nos voisins, mas y n osons
ran dire.
Un de nos compatriotes, Claude Bouton de Corberon,
récemment mis en lumière par M. Eugène Beau vois, s'est
servi de ce mot dans son Miroir des dames :
Les femmes sont moult à priser
Plus que les hommes, sans doubtance.
DRILLE et Tïrillon. Chiffon d'étoffe. Al ai m aingé jeu-
quai son damier sou : ses baibits sont leut en drilles. D'après
Littré, ces mots viennent du celtique dryll, lambeau.
M. Mignard dit qu'ils signifient vagabonds et M. Clément,
dans les Sobriquets de la Côte-d'Or, parle des drille de Cha-
gny et des drilloux de Joursanvault.
En vieux français un drille était un soldat mercenaire
et, par extension, un garçon de peu de valeur. On lit,
dans Y Ecole des amours grivois :
Se peut-il qu'une honnête fille
En franche servante s'habille :
C'est pour l'amour de quelque drille.
DROIT. En patois bourguignon, ce mot n'a pas la
signification du latin direcius. Quand on répond à un
questionneur : voiqui le droit chemi pour ailler ai Biâne,
cela ne veut pas dire que la roule à suivre est en ligne
droite. Dans cette phrase : lé qu'ast don le p'tiot ? — Al
ast droit qui ! ce droit ici est à quelques pas et n'indique
nullement une direction droite. T>roit, que Ton prononce
souvent droit et que l'on écrit quelquefois drès, semble
être une affirmation ayant le sens de vrai, comme dans
ces vers d'un curieux manuscrit du xv e siècle, analysé par
M. Paulin PAris :
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4P
8i
Son droit nom était Marie
Et son surnom Madeleine»
D ROUILLER et Dm lier y avalent autrefois le sens de
courir, se précipiter* Par extension et facétieuseinent ils
signifient : avoir la diarrhée. On dit familièrement : j'ai la
drouille. Cela fait penser a la fameuse chanson de M. Va-
tout ;
Mais c'est surtout les jours de foire
Qu'il faut me voir sur les lieux,
DRU. Solide, vigoureux, Ce mot, admis par l'Acadé-
mie, est très usité en Bourgogne* M, d'Ârbois de Jubain-
vîlle pense qu'il a formé le mot druide.
En Basse-Bretagne, comme chez nous, drui a le sens
de gras. Il est employé comme adverbe : taper dru c'est
se battre vaillamment. Dans cette acception, dru pamit
être l'anagramme de dur.
Le sens le plus usité est celui de vigoureux, appliqué
aux oiseaux nouvellement éclos. Voici un dialogue enfan-
tin, composé par quelque dénicheur de merles :
Charle miarle, lé qu'ast ton nid
— Charle miarle, le voiqui.
— Charle miarle, qu'ai qu'an i ai d dans ?
— Charle miarle, an i ai des petits.
— Charle miarle, sont-i drus ?
- — Charle miarle, i n'ont que 1* cul I
On dit Charle Miarle , comme on dit Jean lapin , com-
père loriot ou grippe-mitiaud : ces surnoms d'animaux ne
sont pas rares.
Dans Je Morvan, le maudru est le dernier poussin de la
couvée celui: que nous appelons le queht.
7
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BAUBI, ébahi, est fort en usage dans les envi-
rons de Beaune. Molière a mis ce mot dans la
bouche de dame Pernelle :
Je suis toute ébaubie et je tombe des nues.
Quatre siècles auparavant, Adam de Halle, trouvère
d'Arras, écrivait, dans son Jeu de Robin et Marion :
Par ma foi ! or suis-jou esbaubis.
Les Bourguignons ont conservé cet ancien mot que le
français littéraire a répudié. Il me paraît venir de hau,
béant, de même que le verbe bâiller. C'est l'onomatopée
de bébé. M. Aubertin, professeur à la faculté de Dijon > le
fait venir du latin balbus, bègue. Tous ces mots sont de la
même famille.
EBERLUTER. Eblouir. Les élèdes l'ont tôt êherhttè.
(V. Elède.) Avoir la berlue, c'est cligner les ycux^ ne
voir presque pas clair.
Hurelu-B^rlu est un mot bizarre employé, au XVI* siè-
cle, dans certains diplômes et proclamations de confréries
joyeuses. On dit, à Beaune, un hustuberlu, c'est-à-dire un
fou, un maniaque.
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84
EBRICOLER, Casser, ébrécher Prends don hen gardé : te
vas éhricokr mai caisserôle. Brix et brig sont des radicaux
celtiques ayant le sens de bridé rocheuse. Ils sont entrés en
composition dans les noms de plusieurs vîllagcSj villes ou
pays, notamment dans areftngnus.
L'allemand ebrecken signifie èhrkoler : je pense que le
mot brk-à-hrac a la même origine.
ECAFOU1LLER, Ecraser (V. Echoie). En Franche*
Comté on dit cafouiller.
ECALOUFE. (V Echoit).
ECHARIGNË et Echaveugné. Déchiré, arraché, mis en
morceaux. I Ile ne sait tant Seulement pas découper eun pou foi :
en voiqui eun tpt'asl tout èehareugnê*
Le cadavre d'un animal est êchar oigne par les loups et les
renards.
ECHAURER. Brûler avec de l'eau chaude. Ton couchou
de lait nast pas aisse^ échaurê ; t*aîre^ de loi pone pour air-
r nicher ses pois. Essorer du linge, c'est faire égoutter Feau
chaude qu'il contient. Ce dernier mot n*esî pas usité en
Bourgogne.
KG H I CLE, Petit éclat de bois qui s'enfonce dans la
peau des mains en travaillant, / me sens enfoncé eune grosse
èchkle en faisant ries paissias. Dans quelques pays, on dit une
êchavâe* Il faut rapprocher ce mot de chkaf et d^ér lisse.
ECHOLF, Brou de la noix, d'où échoie t\ en français
écaler, On a dérivé ce mot du germain sailja, tuile, du
latin scorium, peau, ou de squauima, écaille. Je pense qu'il
y a un radical primitif d'où sont venus êeora\ êcosser^
écaille, échalotte, etc.
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s;
On appelait jadis tschmik la pierre délitée qui forme
Fécorce des bans de roches calcaires ou les débris de murs
écroules.
Ce terme figure dans un compte de Girard du Mcz,
châtelain de Beaunc en 1356: c< ... charrois d'eschaille,
doiz les terreaux jusque sur la rivière de la Bouzaise. »
Les latins avaient excoriarej les italiens scor^a et sqnaglia
et les allemands schalâ.
Le mot écorc: est écrit escorce dans les Touches du S,
des Accords :
C'est cancllc, dis- je qu'on voit
Le meilleur de luy c'est Vcscorce.
ECOURE, Eseoure et fscouer Battre le grain.
EGREIGNE. Avare ; adorateur de sa cassette et de son
êcrîn. Ne pas confondre avec écrmgm du patois dijonnais,
qui signifie une vcîllce d'hiver, et primitivement une
chaumière, comme on le voit par le noël suivant :
Lé kïoiche son sunn^nte,
Lts kîoîches de Gcmei :
Téeuh-t-a gai, tàeuh-t-y chante,
De Técrahigne au chaitéa.
C'a demaign* lai gran fèete>
Lai ieetc du sailu ;
Tèeuh-t-a gai, jeusqifez bèete
Ai caohse de Jesu.
Par extension, un êcreigm est une personne qui se nourrit
mal, une personne maître et ch'tive. Le diminutif erri-
gnôk s'applique aux enfants maladifs, aux chats et aux
chiens souffreteux.
En patois de Namur 5 cr anche est synonyme d'avare.
ECUEÎLLON est le français êcotmlhm. Tampon de toile
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86
grossière, fixé- au bout d'un bâton et servant à nettoyer le
four avant d'y introduire le pain: on a préalablement enlevé
avec un raale en fer la braise et les tisons Ces deux objets
ont donné lieu à un proverbe pittoresque; cast VèctteUlon
qui se moque du mule.
Nous disons dans le même sens : « Cest l'ambulance
qui se moque de l'hôpital, »
ECUIT. V. Eqaeu.
EDIFICE Engrais de toute nature : mi tariaujfes aillent
ben pousser ; faivous mis deux tombereaux d'édifice dans eum
demi -forée* La prononciation morvandelle, aiitfice, a fait
penser à M, de Chambure que ce mot venait d*«r/î-
ficç, travail fait avec art. On ne peut guère accepter cette
étymologie quand on voit dans Cicerou œdificare horlos.
Je trouve ce mot dans une charte du xn c siècle ; ce vou-
lons et ou t rotons... qu'ils puissent planter vignes et édifier es
terres iiersaubîes, eu payant le dixme des vins, fi
ÉFÀR FAN TER. Litt é ra 1 em e nt effraye r par des fa u tomes .
ÊFRAISER. Réduire en petits morceaux. Les Dijon -
nai s disent f rucher. On dit bois de jràche celui qui provient
des branches, par opposition au bois de pied. Dans son
%ëjouyssenuin su iay poy^ Aimé Piron a écrit :
Et par regaladai chaicun
Qu'on faise un bon feu de frachun.
Ce mot paraît venir de fraclum 7 supin du verbe fran-
gère, briser. Dans quelques paya, fraisil est le charbon
éfraisê. Le français a fait braise, braisïl, braisiller, briser,
par le changement si fréquent de /en h. Nous appelons
brisai y en patois, un enfant qui casse tous ses jouets.
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8 7
De frangere est venu le verbe effriter. "Purre-jriU?, par
corruption pierre-fite, est le nom de plusieurs dolmens
brisés.
On a écrit autrefois effroger. M. Alfred Maury, dans ses
« Forêts de la Gaule » dit que « Marguerite de Ruban fit
raser la futaie et effroger le sol. x>
EFFUTIAUX et affuiiaux. Instruments qui servent A
affûter les tranchants. Par extension, toute Espèce d'outilé;
<Al ai aippourté d'évou lu teus ses effutiau.w
ÉGANDILLER. Vérifier et poinçonner les mesura
Le contrôlai x vai veni demain égandiller fe poiHï. On lit
dans un règlement fait en 1382 et relatif aux dîmes de
Pommard : « ... et les dicts bassins nouveaux qui seront
faiz seront esgandillés aux armes de Monseigneur le duc
par ledit chastellain. »
EGRAF1NER. Blesser à coups de griffes. jVujui ce
que cast de contrarier not'chet : al ai ègraftuc fait ni Ilot.
Ronsard a dit :
Toujours le chardon et l'ortie
Puisse égrafigner ton tombeau.
Un poète de la Renaissance, cité dans le ê glossaire du
Morvan », donne les conseils suivants à ses lecteurs :
Ne te fie à mule qui rit, (rue) t
N'a femme qui de l'œil fait signu
Car Tune des pieds te férit,
L'autre des ongles t'esgraflgne.
De là vient le mot aigrefin dont l'orthographe officielle
est défectueuse.
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88
ÉLËDER. Faire des éclairs. Nous n'avons pas l'équi-
valent en Français, car le verbe éclairer ne s'emploie
guère dans ce sens. Les Avallonuais disent élàdir. En
patois wallon : éditer.
Le substantif est é laide 7 et dans l'Anjou êloise.
Ai n'éto nun qui ne se grulisse
De voi tant d T élaide dans l T ar,
Un écrivain beaunois du xvi c siècle, l'avocat Guillaume
Pasqueliu, écrit êhildes dans son u Apologémc pour le
grand Homère. »
L'usage dangereux de sonner les cloches quand il tonne
a cessé dans toute la Bourgogne. 11 en est un autre, fort
bizarre, que l'on pratique encore dans l'Yonne. Au com-
mencement d'un orage, les paysannes ramassent les pre-
miers grêlons et les jettent duns l'eau bénite.
On a dit aussi esditrer : « Item, en la salle devant,
l'ermite qui fait pleuvoir tout partout comme Teaue qui
vient du ciel et aussi tonner et neiger et aussi esclitrer
comme se on le vcoit au ciel j> (Archives de Lille> citées
par M, de LaborJe). Il s'agit des esbattements et mer-
veilles mécaniques exécutées au château d'Hcsdin en 1432,
par Tordre de fhilippc-le-Bon.
ELUCHER. Faire éclater des branches d'arbre : an y
éitot tant de potières su c't'âbre iqui y qu'a s'ast èluchè.
À Landrecies on dit êcliffer. Ce mot vient peut-être du
latin ebcare,
ELUTER, Avoir envie de vomir,
EMBARRAS (Ce n'est pas V) Cette locution beaunoise
n'a pas du tout le sens qu'on pourrait supposer. Sa signi-
fication est A peu prés celle du mot effectivement. — Je
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n'ai pas envie de sortir de chez nous ? — Ah ! ce n'est
pas Vembarras, le brouillard est si malsain !
EMBRUYER (S'). Travailler avec ardeur et rapidité.
EMIOLER. Flatter. Il semble que ce soit une altéra-
tion d'emmieller. Cependant on trouve le vieux verbe
emmaïoler avec le sens de « donner le mai. » Une troisième
étymologie est indiquée par M. Lorédan Larchey dans
son « Dictionnaire des noms » : c'est celle du verbe
amiôter, employé au moyen-âge dans le sens de « faire
amitié ». Tout bien considéré... je préfère le miel.
EMPATROUILLER paraît être le synonyme augmen-
tatif d'empâter. On l'emploie dans le sens de salir. Mai
culotte ast empatroillée.
EMP1GE. Embarras, tout objet qui empêche de mar-
cher. Empiger, mettre des entraves aux pieds de certains
animaux. Not' âne ai envie de cori dans le pasquier : an faut
l 'empiger. Au figuré, un empige est un homme qui se remue
beaucoup pour ne rien faire, qui empêche les ouvriers de
travailler.
ENDÊVER , en pur patois endôver et endauyer. Ton
petiot garçon fait endôver teui le monde : mets-lu cucher ieut
de suite.
Dans quelques pays dêver signifie être fou.
Voici une étymologie un peu hasardée mais très sédui-
sante. Les Morvandeaux disent envaudoyer : n'est-ce pas
une altération du vieux mot envaudoiser, qui avait le sens
d'ensorceler. Les Vaudois étaient, comme on le sait, des
sorciers et des hérétiques.
« Le mystère d'Adam », composé au xm e siècle, em-
ploie le mot déaver.
7*
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go
Aï, femme déavée,
Corn mal fussez vus de moi née.
Les commentateurs dérivent ce mot du verbe latin
deviare,
ENGAINGNER (S 1 ). Se mettre dans une gaine Lai
souris s'eugawiguil vite ment dans son trou.
Je ne puis résister au plaisir de citer tout au long un
petît prône en patois dans lequel figure cette expression
pittoresque. Toutefois je ferai observer que cette pièce
facétieuse, recueillie dans le pays d'Arnay, est plus mor-
vandelle que beaunoise :
(x Mes frères, »
et An y al longtemps qui méditas dans le pôtus (pertuis,
porif) d'eu ne meureille de veni vous fare ine becquée de
remontrances beu aissaisonnées, ben mairinées dans lai
caisscroulc de lai pénitence. »
<x Grand saint Hubé. paitron des chiaissoux, obtenez-
moi lai grâce de fare sorti quéquns de ces grous marcas-
sins des broussailles de l'iniquité ! »
a Diou, mes frères, avot créé Thoumme dans in état
parfait de bon heure et de saintetei et l'avot placé dans le
paradis tarrestre ; l'houmme se nommot Aidam, lai fomme,
Eve* »
« Ai dam, que Dïou avot dit, pu toi, Eve, vous pourraz
vous pru mener tôt le long du jardingne, vous pourraz tôt
cuillir, tôt méger, excepté in seul âbre qu'i vos défends
d'aipmeher, in seul frut qu'i vous défends de cullir : c'ost
Tibre de lai science du ben et du mau. Si vos i tuchez, vos
meurcrez! »
« Aidain et Eve prournirent de n'y jaimâs tucher. Als
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91
éteint heureux^ mes frères ; a n'aivot rau ai fàre, point de
chagringne, point de souci ! »
a Ma le démon fut jailoux de ce bonheur ; a se dit : île
détruirai, Qucmcnt qu'a s'y prit, mes frcres ? al ost malin,
\ous Taillez voi. A s'eitgahtgitii dans laï pïà d'în sarpent.
Enfourné dans sai pïà, a s'aippmche, a s'aippruche rot dou-
cement de lai fournie, quement m fripon qu'ai ost, mes
frères. — Pourquoi que te ne méges pas de c'tepoumnie,
qu'a li dît en li montrant le beau frut que pendot ai Tibre
de lai science du ben et du mau ? — Diou m'en ai défen-
du, que répond Eve : si i en tuchos, i nieurros. — Nenni !
Nenni ! te ne meurrez point ! mége, mége. Te sérés sem-
blabe au Bon Diou. ;>
ce Eve crut le diabe. Elle culle eune poumme, elle en
mége lai moitié et pourte l'auf moitié ai son hou m me
qui lai prit, qui lai mégît le pur' houmme ! ;;
tt Dêpeu ce malheureux jor, mes frères, i sont tous des
enfants prévaricateurs et désobéissants, Aidam et Eve lu-
rent chiaîssés du paradis tarrestre, et nous d'aivou z*eux«
An i faut y rentrer, maitenant ! »
ENJOLER. ]e donne place a ce verbe familier, mais
français, pour avoir l'occasion d'indiquer son origine pro-
bable. En Bourgogne, il signifiait donner des joyaux : Gui-
gone de Salins, fondatrice de l'Hôtel Dieu de Bcaune, fit
présent, dans Tannée 1446, d'une magnifique croix d*or
ornée de pierreries, pour enjoyaler et parer Va us tel et cha-
pelle âudicl Hostel-Dieu.
ENORSER (S') et s'enosser. S'étouffer en avalant un os.
ENTRE MI. Entre. Le rehige êtot pîaicê entremi lai mai
et foi taule*
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ENV1RER et Envirotter, Rouler une corde autour d'un
axe, une ficelle autour d'un peloton. Chez les Romains,
viria Était un bracelet, qm vire autour du bras. Il doit y
avoir la un radical primitif qui exprime l'action de tourner,
de rouler. A Bcaunc nous appelons vireite l'outil que le
français appelle vrille : nous écrivons logiquement vire-
hrequin et non pas vilbrequin. Virer signifie tourner^ebau-
ger : les girouettes virent ai tous la ventes C'est à Dijon
qu'on a écrit le Virgile virai en bourguignon. Fi rat, étour-
Uisscment, d'où etmrotté^ homme ou animal qui a le viral,
le vcitige.
Dèvi rê est opposé \euvtrè\ c'est tourner en sens con-
traire. (V. Revirer.)
EPANTER. Synonyme d'épouvanter. « „., qu'il se
donnât bien garde de dire en son gouvernement que Mes-
sire Je duc estoit trespassez dont tout le pais î&tespattt^ *
Cette citation est extraite d'un compte du châtelain de
Cuisery, après la mort de Philippe de Rouvres en 1361,
Plus d'un siècle auparavant, l'auteur du c< Roman de Rou »
avait employé la forme espoënkr,
ÉPÉCHE. Barrage momentané d'un ruisseau. Elles sont
presque toujours établies de façon à circonscrire un creux
dont on épuise l'eau afin de pèthtr les poissons plus fetd-
lement.
ÉPLUE. Pluie d'étincelles. Les enfants s'amusent bien
souvent a faire jaillir d'un tison incandescent les milliers
d'ëphtes qu'ils appellent des soldats.
ÉPORER (S'). Prononciation patoise d'epeurer; avoir
peur. T'ai mis ton cotillon rouge : not' via vai s'êpârer. L'ad-
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jectif peureux se prononce pouérou dans le patois du
Morvau.
ÉPURER, Nous employons ce verbe dans son sens
propre. Il signifie faire sortir un liquide d'un linge, d'une
éponge, ou même d'une préparation culinaire Epure les
torchons atvmt de ks fare chercher sur le guerrier, — Jeu tic
tes ^Imricots dans e:ine passoire pour les fare épurer. C'est
l'origine du mot purée.
ÉQUEU et Ëcuit vient peut-être du latîn cocttts y cuit.
Etre ëqueu cest avoir» par suite de la chaleur et d'une lon-
gue marche , des rougeurs et des écorchures dans la
partie du corps où il y a le plus de frottement. Cette in-
disposition, peu dangereuse, se dissipe par une application
de saindoux et du repos. Elle fait le sujet d'un conte dro-
latique que je vais vous narrer.
Acoute^ ben ?
ce An y evot eu ne fois deux chiaîssous qui s'éteint
éguairés en eorant d'aipreis les ieuvres. À z'airriveurent,
vez trouas heures du médiot, dans lai petiote aubarge du
peîre Martin. Le mate et sai fomme éteint sortis \ Lai
fillotte d'eunc dizaine d 'an-nées gardot c'tcchctitc mason.
— Te vas vitement nous briller ai dîner, i crevons de faim ?
— Ma Seingueur de Dieu, i n'ai ran qu'un p'chot de
freumnige. — Ce n'ast pas aïssez : te trouverez ben des
oeufs et du lard pour nous fare eu ne bonne omelette. —
J'ons ben des œufs, ma pour le laird, i vas en ailler queri
chez mai tante Paponne, Ç'ast jeuqu'ai Tautc bout de lai
vclle ; i vas me dépouâcher. »
a Lai gamine s'en aillit tûj* eorant. Les chîaissous trou-
veint qu'il étot longue ai r' veni. En regardant tent autour
de lai chambre, a virent un bout de laird qu'écot pendu ai
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cote du drossoîr* Le feu étot aillcmé, les œufs et lai quaisse
éteint prôts... JJômelcitefut bentot bnclée. A quemeuçaîent
de lai minger quand laï fille rentrit d'évou son laird, —
Quemaut don que vous aa fait, mes moussïcus.pour trou-
ver de lai pair ? (Y. ce mot) — j T ons décruché le laird
qu'étot pendu ïquï, darré laï porte — Vous aïz fait celai,
vous autes ?... hi ! lii ! i seus pardue ! — Macoyc-Uï don,
p* tic te ébédle, i te payerons brament- - — Ce n T ast pas ce
qui. . c J a$L le laird qu'étot pendu lii ! hi ï - Tas eu ne
beite, Iaiche-nous tranquilles, d'évou ton lard ! — Hi ! hi !..
ç'ast le LirJ de mon peîre,.„— Laiche-nous mainger! —
Et peu, mon peire, a vai rne batte, hi ! hi !,.. ai cause que
c'ast le laird de mon peire, hi ! hï ! ■ — Quoique çai veut
dire : le lard de ton peire ? — Ma vouî, ç'ast le laird d'évou
quoi a graissot ses queuches (cuisses) quand al ast êqueu* »
Tableau ! comme dirait un reporter.
Dans le patois de T Yonne, cquetii veut dire f aligné. Je
ne sais pourquoi M Jossier le dérive de uihiL
KPORIGNÉ. Mal peigné Ce mot vient peut-être dn
latin porigo, crasse de la téie.
ERME5SE et Remesse^ balai, Ri y messej\ balayer.
L'ÉTAT DES FEILLRS
Ce n'ast pas l'état des leilles
De corir les garçons,
Ma ç'ast F état des feilles
De remesser les ma son s.
Quand les misons sont propres,
Les amants y venoni ;
Ils y vienn* quatre à quatre,
Souvent ils y restont.
.
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9Ï
S'asseyont sur le coffre
Le frappont des talons
El si le coffre est vide
Ben vite a s'en allont.
Le coffre ou arche sur lequel se cheurtaienl les prétendus,
était un grand meuble qui s'ouvrait en tabatière, On y
mettait l'argent et les nippes, avant l'invention des armoi-
res. Il servait aussi de siège. L'inventaire de l'Hôtel-Dicu
de Beaune le nomme archebanc.
Le mot balai vient de bouleau- ou bien du breton bahen
qui signifie genêt. « Ermesse » et « remesse » dérivent du
latin ramus. On donnait le nom de ramassières aux sorciè-
res du Moyen-âge : elles allaient au sabbat à cheval sur une
remesse.
ESCANDRL Petite variété de l'abricot ; ïl a peu de
chair et sa beurde est relativement très grosse.
ESCARIBOT. Màcre ou châtaigne d'eau à laquelle on
attribue des propriétés fébrifiantes. Elle est appelée cor-
nuelle dans TAutunois où sa consommation est encore
assez grande. Il y a cinquante ans, les iruilières de Beaune
la vendaient au quarteron ; mais le palais raffiné de nos
enfants ne s'accomode plus de cette friandise.
ESCHONER. Achever. An faut eschôner lai bokhe (bê-
chage) devant que d'ailler goûter. Un acte de 1407, relatif
à l'élection d'un maire de Beaune, porte ces mots : i< Pour
eschener les tumultes, débat et estaude qui se pourroient
ensuyvre. »
ESCLOT. Espèce de sabot garni de cuir dont on se
servait encore il y a un demi-siècle. A rapprocher du
verbe éclopper.
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,
ESSÀPER. Enlever l'eau et le savon dont un linge est
imbibé ; c'est presque le synonyme à y épurer. Devant que
d'étendre tes chemises, t'airai beti soin de les fare essaper. Ce
mot me parait venir du latin sapo, savon.
ETELLES. Débris de bois faits par la cognée en abat-
tant les arbres.
ETOULES et Etroubles. Partie inférieure des tiges de
cérédcs, qui restent en terre après la moisson. Ce subs-
tantif pourrait venir de stipula qui signifie chaume, tuyau
de blé. Les registres de la Chambre des comptes de Lille
mentionnent l'achat, fait en 1439, « d'un cent de gluyes
tfesleidles pour ouvraiges et réparacions du béguinage. »
ETOU, Eio£ 7 atout, ytout. Cette traduction provinciale
du latin elïam me semble plus rationnelle que le français
aussi.
Quand lai chèvre saute au chou
Le biquet y saute étou.
Dans le Morvan, aitou est synonyme de : avec. Voici
un couplet d'une chanson citée par le docteur Bogros
dans son livre «r A travers le Morvan » :
O dïont tous que lai milice
Vai tirer le mois proussain
Qu J iot por celai qu'o faut qu'i me mairisse
Ai tout lai feille de nout , voisin.
EYÂIRER. Rabelais s'est servi de ce mot qui n'est plus
guère employé que dans cette locution : évairer les mouches.
C'est la traduction presque littérale du latin everere : chasser
avec un balai,
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p«;^
97
Un êvaire- môchc est une verge dont les lanières sont en
papier
ÉVOU ci à'èvou. Avec, Vins don d'évou moue. Il ne faut
pas confondre ce mot avec iévou qui signifie dans quel en-
droit et qui semble venir de là où, Uvmt qu'ai ast été, pour
se brailler tant que ce qui?
M*
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jÀGUENÀS, Mauvaise odeur. Les Wallons nom-
mien t fanias un endroit fangeux. De tous les
, lexicographes, Roquefort me parait avoir donné
la meilleure définition : « odeur qui s'exhale d'un Heu fer-
mé où il y a beaucoup de monde. » On a aussi appliqué
ce mot aux parfums trop capiteux de certain es femmes.
Un ancien auteur a dit :
Elle sent si fort son ftiguemt
Qu'elle ferait un homme gomyr:
C'est comme cela que l'entendait, au siècle dernier, un
curé des environs de Beaune.Dans un village que je ne veux
pas nommer 5 deux hommes vivaient en guerre : l'un était
le pasteur des âmes, l'autre le seigneur du pays. Le pre-
mier avait à se plaindre du second au sujet d'anticipations
de terrain et de quelques droits seigneuriaux. Le curé
refusait de lui présenter l'eau bénite et de l'encenser lors-
qu'il entrait dans l'église, « ce qui d'ailleurs lui arrivait
rarement » f dit le manuscrit que nous avons eu entre les
mains. Je dois faire remarquer que la vie quelque peu
scandaleuse du paroissien justifiait le refus du curé. Une
salle de spectacle d'été avait été installée dans le jardin du
château : les comédiennes arrivaient de Paris et de Dijon
et donnaient le mauvais exemple. Le curé formulait ses
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plaintes en patois : « Àl emmenot dans saî carrosse * t dit
le manuscrit, « des feilles en farbalas que sentïnt le fagtte-
nas d'eu ne lieue, et que veniot jouer lai comédie su son
tiâtre évou des bateleux quemant lu. n Le seigneur mourut
en 1786, comme il avait vécu, et Fïm pitoyable curé fît
creuser sa tombe dans la partie du cimetière qui recevait
l'égout des cuisines du château en disant «que pusqu'al
évot tant eumé (aimé) le musc pendant saï vie, ai feillot
IL en beiller tant qu'ai prou apreis sai niôrl. »
Voilà ce que c'est que d'aimer l'odeur du fagmnas
FAIT (Si), Si vraiment. J'écris fait pour me conformer
à l'usage, mais il faudrait/*?' : si, par ma foi Non fait ne se
dit plus guère dans la Côte-d'Qr, si ce n'est à Gémeaux,
où Ton prononce nfâ,
FÂUŒT, Petite cheville en bois qui sert à boucher les
trous d'un tonneau. L'Académie admet ce mot qu'elle
écrit à xorl fausset. L'ancienne orthographe, d'accord avec
l'étymologie, était celle que je donne ici.
Un poète du xvi e siècle, Remy Belleau a adopté cette
forme dans ses Vendangeurs :
Aiguisaient des faucets pour percer les vins douXj
J:t, piquottaus leurs flancs d'une adresse fort gaye,
En trois tours de foret faisaient saigner la playe ;
Puis, a bouillons fumeux le faisaient doisiller;
FESSOU. Le principal outil du vigneron. C'est une
pioche très recourbée qui laboure la vigne sans attaquer les
racines. Fevourer, travailler avec le fessou. On voit dans
un compte de Jean Galabon, pour Tannée 1327 : « Item
pourlx jornecs de hovriers à fessorer le premier cop, Ivxj
sols lj deniers. » Cette pièce concerne le vignoble d'Arbois.
Hn patois du pays de Liège, on écrit a losiou. n
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Ç?rilP^T Tr
FEU. Synonyme bourguignon de : furoncjc.
FEUGNER. Creuser la terre avec son feûgnon. Le feu-
gnon est le nez de certains animaux, te!s que le porc, 3e
furet, les fouines, les taupes. Fouiner et feûgner sont pres-
que synonymes : le premier ne s'emploie qu'au figure en
parlant des personnes qui ont peur et qui se cachent. Par
extension, feûgner signifie : sentir de loin, chercher en
furetant. Je connais un archéologue très ardent à chercher
les vieux meubles dans les villages de la montagne : les ha-
bitants de Bouhey ne l'appellent pas autrement que le feit-
gnoux. Ne cherchez pas, lecteurs ! Cet antiquaire : c'est
moi-môme.
FÉVIOLE. C'est le nom patois du haricot. Du latin
phaseolus, petite fève.
FIARDE. Toupie fort en usage dans le pays beaunoïs.
Elle est armée à sa pointe d'un éperon de fer ou d'acier.
Autrefois, on l'appelait toupie fuyarde, pour la différencier
des toupies dormantes ou ronflantes. On devrait donc dire
et écrire une fuyarde.
FINAGE et Finaige. Dans l'origine, ce mot signifiait
limite, confins, comme le latin fines, dont il dérive. On Ta
ensuite appliqué au territoire d'une commune. La légende
de Saint-Urbain appelle le village de Longvic, prés Dijon,
finis longoviana. On a appliqué ce terme de finage à une
petite étendue de terrain. Les Nuitons ont la fin blanche.
C'est un lieu-dit qu'on pourrait nommer lieu maudit y car
c'est là, en face des trous-léger, que la légende place le grand
sabbat des sorciers et des fées.
FLAMUSSE et Flémeusse. Pâtisserie commune, plate et
circulaire, dans laquelle il entre du fromage blanc et de la
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courge. Dans le Cambraisis les flamiches sont cuites leste-
ment dans le four, pendant que le bois achève de flamber.
Ce procédé laisse entrevoir l'étymologie. Une miche est
un paîn rond : Jfamtehe ne serait-il pas un pain rond cuit
a la flamme ou près de la flamme ? Dans son « Dictionnaire
Rouchr-Français, M, Hécart dérive ce mot de vlaemig,
flamand, parce que cette pâtisserie vient de Flandre.
Le nom et la chose sont très anciens en Bourgogne.
M. Joseph Gamier,dans ses Chartes des communes, adonné
le contrat d'affranchissement des habitants de Prissey près
Nuits, par Charles de Bauffremont en 1479 ; voici un des
articles de cette charte : a Ne pourront iceux habitans do-
res en avant faire aucungs fours en leurs hostez ou ailleurs,
fors petits fou mets pour cuyre seullement flans, pastez,
fiant jases et gasteaulx, » Un poëme en patois intitulé
Le réveil de Hoiïtjwps par la Mère folle de Dijon, parle de
notre vieille pâtisserie bmgundo-flamande :
NY tu pà vu Nostradameusse
QuY'to tÔgé die/, Jean Flaimeusse
Pâtissei au mît an du Bor.
Une délibération .citée dans lesaEphémérides »de M.Ch.
Àubertin, défend aux habitants de Beaune de confectionner
et de faire cuire jlans r ta n tes T flam eusses etgasteaulx : les pâ-
tissiers avaient seuls le droit de les fabriquer.
Il y a un siècle, le français était difficilement compris
dnns les campagnes : les curés entremêlaient les deux lan-
gages. Voici une facétieuse allocution faite à ses parois-
siens par l'un deux : « Petit peuple de Nantoux, vous qui
possédez de tout en abondance : du vin blanc, de lai fai-
reune, du chenôve, des treuffes, du troqué, vous ne direins
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io3
pas tant seulement : teui 7 messie u V curé, voiqtti eu ne flai-
meusse! (V. Ffou et tahnouse.)
FLAN, Pâtisserie de la famille des flamusses. Ou' la
confectionne surtout pour la fête du village, pour Y apport.
C'est une feuille de pâte recouverte de fruits, de courge
mcmtsèe, d'épi nards ou de comean. La fête de Nantoux a
lieu en hiver : les fruits et les légumes fout défaut, on y
fait du pou roté 7 c'est-à-dire du flan aux poireaux.
Jadis, \eflan était une sorte de crêpe ou d'omelette cuite
dans une casse^ sur un feu flambant. La préparation que nous
appelons maintenant flan de lait ou flamkkt lui ressemble
beaucoup.
Dans le Roman de la Rose, flan est écrit flaoti :
On les peut trouver en la ville ;
Ou de tartres on de fixons,
Ou du fromages an gel on s.
Cette forme se trouve également dans un acte de 1576,
cité par M. Simonnet : « lïdit reteneur doivent et seront
tenus cuire et prestir la cuite,,* et aussi cuire et faire les
pastez, flahons pour la nécessité desdiz religieux, n Les
comptes pour 1454 de la chàtellenie de Semur en Ausoïs
mentionnent la « réparacion d'un petit fourneau pour cuire
petits pains, flaons et pastez, »
Voici un passage curieux extrait du ce Prouvcnde de
rhostellcrie du castiel Saint Jehan en Valenchiennes, »
publié par M, Fromentin. V Hôtellerie était un hospice de
vieillards :
3 Le cras merquedi devant quaresme, on donne à cha-
cun dudit dortoir et le portier un raslou et parmi tant on
détient les iij oefs du lundi et les ij de cedit merquedi pour
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ces rastons, Ossi n'ont point du bure le venredy en devant,
avocc vi livres de bure que on a davantage de par le mai-
zon Et ce n'ont ledit jour ne flan, ne lait, et pareillement
A mesquines » Les mesquines étaient les vieilles femmes
recueillies dans cet hôpital.
Je termine cet article par une citation du joyeux poète
Villon:
Bons vins ont souvent embrochez,
Saukes, brouets et gros poissons ;
Tartres, flans, œufs fritz et pochez,
Perdus > et en toutes façons.
(V. flamusse et talmouse.)
FOÏNDRE. Diminuer, se condenser. J'aivâs mis un gros
cbott dans lai marmite : a s'ast teut Joindu. On dit aussi :
vol' vin sastfoindu dans le tonneau, al ai un p'chot coulé.
Le manquant s'appelle la feinte.
Vient peut-être de foin qui se tasse en séchant.
FOIRE, marché, dérive de feria ou de forum, place pu-
blique. Foire, dans le sens de dyssenterie,5tera/5 liquidum,
comme dit Ménage, vient de foria (latrina). Il y a cin-
quante ans, les bambins de l'école campagnarde disaient,
en levant le bras et en faisant claquer les doigts : Mossieu
le mâle i vourâs hen ailler dihôrs.
Foireux se prononce foroux en patois. Lorsqu'un cortège
de baptême traverse les rues du village sans jeter des drai-
gies, les jeunes enfants courent après en lançant cette impré.
cation : Tarrain^ marraine, enfant : foroux ! (V. tire-pois.)
Le mot foire, pris dans son acception la plus propre,
me nppelle une très jolie chanson patoise,que M. Huot,
de Gémeaux, a bien voulu mé communiquer. On remar-
quera que ce patois est bien différent du nôtre et que les
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aspirations y sont très fortes. J'en citerai seulement quel-
ques couplets :
LAI MAOH MAIRIÉE
Mon pèihre to m'ai mariai ,
El a tan de no-z-en au lai,
M'ai mairiai bé tristieuman
À il Ion no-z-en
El a tan de no-z-en a niai
Lai nèïh no pran.
Oil dan l'âchc (arche, coffre) ai m'ai enfrunmai
El a tan de no-z-en aulai
E m'ai enfreumaî bé seuvan
Aillon no-z-en
El a tan de no-z-en aulai
Lai nèïh no pran.
E m'y lasso lontan pïeurai
El a tan de no-z-en aulai
Lontan pieu rai cruaohleman
Aillon no-z-en
El a tan de no-z-en aulai
Lai nèïh no pran.
Ai laï grand foire è s'ai saôhvai
El a tan de no-z-en aulai
E s" ai saôhvai bé fo jeuran
Aillon no-z-en
El a tan de no-z-en aulai
Lai nèïh no pran»
S*
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^
jo6
Ma è n'en ai ran rèpotai
El a tan de fto-z-en aulaï
Raa répétai de bé piaiaan
Àillon no-z-en
El a tan de na-z-en aulaî
Lai nèïh no pran.
bonne nio tan- 1 nèïh lé brai,
[O bonne mort tends-moi les bfûs)
El u tan de no-z-eu aulai
Té brjki ? qui me jeute dedan,
Aillon no-z-en
El a tan de no-z-en aulai
Lai nèïh no pran,
Quan lai vîeulaite fleurirai
El a tan de no-z-en aulai
Fi eu lirai au premédi bea tan
Aillon no-z-en
El a tan de no-z-en aulai
Lai nèïh no pran.
Dzeeuh lai grant harbe i dreumiraj
El a tan de no-z-en aulai
1 dreu mïrai po bé lontau
Aillon no-z-en
El a tan de no-z-en aulai
Lai ntïh no pran.
l : ORGpN, Outil en fer destiné à remuer le feu d'une
fol'ge ou d'un foyer. On dit en Bourgogne : ce qui vint àc
lai polie (pelle) rétame au jargon. C'est l'équivalent de « ce
qui vient de la flûte retourne au tambour. » Au figuré,
f or garni er est s'agiter inutilement et mettre tout sens dessus
dessgus.
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xo-j
FORTER et feurter. Nettoyer le chanvre teïllé avec un
gros peigne de bois. Les fortoux, autrefois ferteurs 7 battent
le chanvre ; ils nettoient, peignent et flambent jusqu'à ce
que les débris ligneux aient disparu ; après quoi on forme
les poupées. (V. ce mot.)
Au Moyen-âge, foaarre était synonyme de paille. On
répandait du fouarre dans les églises, pendant l'hiver, avant
l'adoption des bancs et des chaises.
Les fortoux du Morvan et de PAuxois venaient exercer
leur industrie dans la côte de Beaune : ils avaient a Âutun,
dans l'église Saint Jean-Baptiste, une confrérie qui était
sous le vocable de la Présentation de la Sainte- Fie? ge,
FOUACE. Vieux mot français encore usité eu Bour-
gogne. C'était une sorte de galette cuite sous la cendre.
Les Périgourdins disent fougace et les Tourangeaux Jouée \
Cette sorte de pâtisserie se faisait à certains jours détermi-
nés. A Valenciennes, on la mangeait vers l'époque du car-
naval : « ont lesdits du dortoir le venredy devant le qua-
resme chacun une foice en pain envi\iet (peut-être attisé) ^
que on leur fait de leurs œfs et bure de cedit jour et pa-
reillement à mesquines. » Ce règlement de la prouvende
de VHostellerie a été fait en 1456.
Dans notre région, on faisait des fouaces Je jour de
Noël. En souvenir de cet ancien usage, le pain bénit dis-
tribué aux fidèles à la messe de ce jour était mélangé d'anis
verts. Cet usage a cessé, dans notre ville de Beaune, de-
puis une cinquantaine d'années.
Au XIV e siècle plusieurs habitants de Bcllenot, près
Pouilly-en-Auxois, devaient annuellement au duc de Bour-
gogne cinq fouaces et une pinte de vin avec chascune fouace et
se n'ont point la fouace, ils doivent pour chascune un boisseau
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froment mesure de Pouilly. < Compte Je Girard le Grand ,
châtelain de Pouilly, poor Tannée 1361.)
Les pains jaunes, confectionnés à Autun pour les gran-
des fêtes et notamment pour la Saint Ladre, ne sont autre
chose que des fouaces : on les fabrique avec de la pâte
sans levain, des anis verts et du safran.
FOUÀIGE. Ce mot a deux acceptions. i sï Tiges de
plantes destinées a être brûlées. ùesfomigSS de turquisjde
haricots j de pois, de pommes de terre. On rapplique mê-
me aux feuilles de raves et de choux. C'est le synonyme
de t'beiiJas \\\ ce mot.) 2 Q Fouaigc ou afïouaigc, en fran-
çais affouage : droit de prendre du bois dans une foret pour
] ] usage de sa maison : portion de bois attribuée à chaque
ménage dans les coupes communales. À rapprocher du
verbe f( raffourcr, » employé par les Picards dans le sens
de donner la nourriture aux bestiaux.
FRICOT, L'Académie n'admet pus ce mot qui est ce-
pendant usité dans presque toutes les provinces de France.
C'est uns fricassée^ un ragoût de viande frite dans la poêle.
La forme friche que Ton retrouve dans ce vers
Et u'eussé-je ni friche ni miche
se rapproche du mot fr ici; et il ou fristiî^ qui a le même
sens É
FRIGOLER est de la même famille. Ce verbe s'applique
surtout à la cuisson des marrons. Les marchandes de châ-
taignes cuites qui se tiennent sur nos places publiques les
jours de marchés d'hiver ne manquent pas d'annoncer
leurs marchandises par le cri : ton les chauâotlcs, taules frï-
golotles.
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iCM)
FRIGOLOIRE. Poêle ou casse percée de trous, dans
laquelle on frigole les marrons et les châtaignes.
FRINDALER. Saisir un objet et le faire tournoyer avant
de le jeter à terre. Al ai pris mes nippes dans l'armoire et a
les ai fait frindaler teut le traivars de lai chambre. Par exten-
sion : maltraiter, repousser avec colère : mon mekhant
houmme m'ai tente frindallée. A rapprocher de fronder^ dans
le sens de lancer avec une fronde .
FROMAGEOT. Dans le Nord : fromigeem Petite plan-
te sauvage de la famille des malvacies. Ses graines ont Ja
forme d'un petit fromage.
FUTAINE n'a rien de commun avec l'étoffe qui porte
ce nom. Faire la futame ou prendre lafulaîne^ c'est se dé-
rober, c'est s'enfuir. Quand nous allions au collège, nous
appelions cela faire la ruine.
**§târ
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1
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G
\ A BL Ch argé . Cette expression est us itèe dans
'les villages de la plaine. Qeu jouli âbre : a} a
rgabî de pou m mes. — C ? enfant qu 3 ast gâhi de
payons (de poux.)
GÀBORER. Enduire de boue... ou d'autre chose. Petiot
sale I tai chemise asi iote gaborce,
G AL API AT. Mauvais sujet, (V, Garnipiîle.)
GÀLLINE, Jeu d'enfant, appelé ailleurs Je bouchon. Ce
mot est en usage dans le Haiuaut aussi bien que dans la
Bourgogne.
GAM1ÎILLER, Littéralement : marcher avec des gambes
de bois. Les béquilles étaient appelées îiutrefoïs des billes.
Par extension : chanctler comme un homme ivre. De
là est venu l'adjectif gambi llard et son diminutif gambi,
boiteux, usités dans tous les villages de la côte, Molière a
écrit, dans M. de Pourceaugnac : « oui, de li foir gambi îkr
les pieds en haut tevant tout le monde. »
Le mot gambi , le contraire à* ingambe, figure dans les
Noèls de La Monnoye :
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IT2
Lai borgeire ai trôtai
Ne fure pas gambie
Taraar poti du lait
De sai jeune torie.
GANACHE. Soulier éculé et par extension pantoufle, à
cause de sa ressemblance avec une mâchoire de cheval.
Mets vîicmmi tes ganaches pour ne pas te refroidi les pies su
le paivé.
GANDOISE. Mystification, mensonge pour rire. De
gannum qui, d'après M. J. Quicherat, signifie dérision et
déception et de a ise, joie.
L'argot parisien dit godan.
Voici un joli exemple de gandoise :
Un peintre beauuois avait émis, au sujet de la célèbre
inscription gauloise d'Auxey conservée au musée de Beau-
ne, Tidée que les mots encore inexpliqués sont de l'ancien
patois volnaisien, Un archéologue de nos amis a donné
une traduction facétieuse de ce morceau dont voici le texte
précis :
HIGCAVOS OP
PIANICNOS IEV
RVBRIGINDONI
CANTALON
IO" CAV in OScar, OPe (par l'aide de) PIA/ WCquel,
NOS (nous) 1EVRV (avons consacré) BRIGt/fe (Brigitte)
IN DONI, (en don) CANTALON (un cantaloup).
Cette petite mystification fait le pendant du fameux
MVLT arda DI V ionensis de Dijon.
On peut rapprocher godan et gandoise de notre vieux
verbe segaudir*
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m
GARGOUILLER. Agiter de l'eau ou d'autres liquides.
En terme d'architecture on appelle gargouille des con-
duits en pierre ou en plomb, placés en saillie au bas des
toits et figurant presque toujours des animaux. On a pré-
tendu que ce mot était celui d'un serpent que Ton a appli-
qué « aux petits canaux placés sur la corniche d'un bâti-
ment, et sculptés en forme de serpent. » Je ne partage pas
cette opinion, et je crois que gargouillis et son diminutif
et garguillottc », très usité a Beau ne, sont synonymes de go-
sier, gargaâen en bas-breton. On a dit, suivant les régions,
garga telle, gargamelh et gargassanm. Les substantifs fran-
çais a gorge» et «gargarisme» me paraissent venir du même
radical qui est une simple onomatopée.
Gargouille a donc fait gargouiller, puis. Ton a appelé gar-
gouillis ou plus simplement gomllis et gouillas la boue for-
mée par l'eau de pluie que déverse une gargouille.
On lit dans le thCausolèe âcjakôpia, d'Aimé Piron :
Maîngé bê sâvan de lai sôpe
Qu'un eu semer sa le et m au propre
Gargouille aivô se doi gaulou.
A Valenciennes, on dit gado ni lier.
GARGUCHON. Larve des pois, des fèves et d'autres
grains On dit aussi cosson, et par corruption rocboi^ à cause
de la cosse des pois.
GÀRLOT et Garlel. Htuî a aiguilles . Ccst la métony-
mie altérée de carrelet, ancien nom de l'aiguille, le conte-
nant pour le contenu ; # carreler ! souliers ! » est le cri des
cordonniers ambulants qui parcourent nos campagnes avec
la hotte sur le dos.
9
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1*4
GARNI PILLE et guemipilk* Mauvais sujet , marau-
deur. Littéralement : pilleur de gîta m. Ce dernier mot était
synonyme de pou le ; comme on le veut dans un vau-dc-vire
d'Olivier Rassdiîi ;
Us n'ont laissé porc ni oue
Ne guerne ne gu ernelier
Tout en tour nostre cartïer;
Nous employons le mot galapial avec le même sens que
gdrmpillc. Les Berrichons disent galapioi et les Normands
ganipion.
GAUDÀ1LLKR. Ne pas travailler : tuer h temps en s* amu-
sant. Constatons que la terminaison ailler donne i certains
verbes une signification particulière exprimant l'idée de
paresse et de nonchalance, comme mâchouiller , man-
geailler, buvailler, tournailler. «Gaudaillcr» est îe péjoratif de
guudîr^ comme ïe français et tiraillera est le péjoratif de tirer,
GAULE* Perche ou baguette servant à gauler des noix,
des pommes, et quelquefois à corriger. On disait autrefois
gtillvr :
Vostre peau sera gallûe
Ou vous ferez vostre debvoir,
Gival signifie ^ branche » en bas-breton.
GENCES. « Avoir les gences p c'est avoir les dents et
]es gencives agacées par des fruits verts. Les Morvandeaux
disent : avoir Je geiicîot.
GENNH. Mare de raisin L'étymologie ne m'est pas
connue, car je ne pense pas que l'on puisse trouver quel-
que rapport entre ce mot et celui de géhenne^ espèce
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«s
de torture qui consistait à écraser les membres du patient»
En Bourgogne, nous distillons nos gennes pour avoir de
Teau-de-vie de marc. Le gin anglais est une sorte d'eau-de-
vie, de même que le genièvre flamand et hollandais, mais
il n'y a aucune analogie grammaticale, car le gin doit son
nom aux baies de genièvre qui entrent dans sa composition.
Dans les environs de Dînant, on appelle cette liqueur du
piquet : le geniévrier a les feuilles piquantes.
GIGIER. Estomac des volailles. Gigerium, en basse la-
tinité.
GIGOUILLE. Mauvais vin. Vin acide qui donne envie
de guigner 9 et qui n'est bon « qu'à faire danser les chèvres »
. Il laut être trois pour boire un verre de gigouille : les deux
premiers maintiennent le troisième pendant qu'il avale !
(V. Ginguer.)
GINGOUAS. et Gingois. Cori tôt de gingouas, c'est cou-
rir de travers, en titubant. Je laisse aux étymologistes le
soin d'étudier l'origine de gingouas : j'indiquerai seulement
l'analogie de ce mot avec gigot et gigue.
Alexis Piron a employé ce mot dans une lettre adressée
à M. Maret : « J'avance en aveugle sans bâtons... et c'est
pour tomber encore de fa.igue, après n'avoir trotté que de
gingois. »
GINGUER. Ruer. Ce mot, très usité à Beaune, s'appli-
que aux animaux et quelquefois aux hommes. U vakhe
gingue tant qui ne peux pas lai traire. — D&ëîrc, h Léion
ast trop meichant : a se met ai ginguer sitôt qu'an veut jue
évon lu.
GIRLICOUÉE. Amas de personnes ou d'objets disposés
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11b
on cercle. Uae girluouée à' enfants. Même racine que gi-
rouette, girandole, etc. Les lutins avaient le verbe girare,
tourner,
GLUS. Eu français gluis. Longue paille de blé ou de
seigle, qui sert à couvrir les toits et à accoler la vigne,
GOBER. Avaler rapidement. Ce verbe, admis par FAca-
démiej est placé ici parce qu'il a formé une ancienne locu-
tion bcaunoisc. Tu la gobes a le sens ironique et vindicatif
de : c'est bien tait. On dit, dans le même sens : in bisques.
Le vieux mot gobeur est, depuis quelques années, remis à
la mode. Un gobeur est un sot qui se gobe lui-même, ou
un niais t< qui croit que c'est arrivé. »
GOBI L LE* Synonyme beaunois de trille* 11 y a des go-
bîlles en palisse, en verre, en agate, en marbre. Au pays
wallon, une gobille est appelée cassïdône, La calcédoine
est une espèce d'agate.
GODICHONj (la mère) est un personnage historique
dans le pays beaunois. Je ne sais pas si elle a réellement
existé. C'est peut-être un de ces types bouffons créés par
l 'imagination gouailleuse de nos pères, pour se gauâir.
On dit familièrement à un enfant boudeur et criard :
aitïemfc vol ! i vas te far fi chanter lai meire Godichon ; en bon
français : je vais te corriger,
Cette chanson est une de ces fantaisies scatologiques qui
amusaient beaucoup nos grands pères : on la chantait sur
l'air : Gnîtlot, prends ton tambourin.
LA MÈRE GODICHON
La mère Godichon a fait un étron
Qui pesait cinq quarterons.
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H7
La Justice l'a pesé
Et le poids le poids, et le poids le poids,
La Justice Ta pesé
Et le poids ne s'y est pas trouvé.
La mère Godichon a répondu
J'ai encore la crotte au c...
La Justice a repesé
Et le poids le poids, et le poids le poids
La Justice a repesé
Et le poids s'y est ben trouvé.
Cet échantillon suffira !
GOLON et Goulée. Grosse bouchée qui remplit bien la
gueule : 'Bouarbis qui bêle para sai goulée.
GOLOUX. Galeux. C t' enfant-qui n'ait pa< smgnê y al
ast teut goloux. S'applique plutôt aux éruptions de la tète
qu'à la gale proprement dite.
GONER. Habiller de travers. Ce verbe est usité d.tns
tout le centre de la France : on le trouve dans le Lyonnais,
le Berry, le Morvan, la Bourgogne et la Franche-Comté.
De là est venu le mot gonias, habit déchiré et usé ; par
extension, mendiant et mauvais sujet. (V. Gvnou)
GONOT. Capuchon de laine grise à l'usage tics vigne-
ronnes. On appelait autrefois gonot une sorte de mantille
à pointes, surmontée d'un capuchon et garnie de plissés ou
fraisés : on en portait encore il y a cinquante ans. Ce vête-
ment était fait avec de l'indienne piquée, à petits dessins
et d'un ton clair. Les laitières ne venaient jamais à la ville
sans ce capuchon sur lequel on plaçait lai torche, destinée
à maintenir le pot au lait sur la tête. Les torches même
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deviennent rares : les pots-au-lait sont portés en voiture
ou à hl main,
Le gonot bourguignon est cité dans une pièce de vers,
écrite eu 1682 par Aimé Piron : il s'agit de coups de bâton
distribués aux hommes et aux femmes, aux têtes coiffées
du chapeau et à celles que recouvre le capuchon :
Lou révérand dom prôcurou
Se bôtit si fort en courou,
Prit in bâton et peu ai fraippe
Et su gonô et dessus caippe
Su les cottes et les cotillons
Et tô dou large et tô dou Ion.
Le patois dijonnais est accusé par les longs et par l'ar-
ticle don qui foisonnent dnns ces vers. L'accentuation est
bien différente et la tonique est renversée : à Beaune, gônot,
à Dijon , gonôt. Ces anomalies sont encore sensibles,
même chez les gens instruits : ce qui devrait être bref est
long et vice versa : des petits gâteaux, rue du Petit Potet.
Les Bretonnes des environs de Lorient se vêtissent
d'un petit manteau d'été, en indienne piquée, presque
semblable a celui des Bourguignonnes : elles lui donnent
le nom de capot.
Au Moyeu- âge la gonelle était une sorte de robe, ou
plutôt de manteau commun aux deux sexes : un comte
angla-iKirmand dut son surnom à sa gonelle grise. Dans
un roman du XIII e siècle « Guillaume au court nez, » le
héros dit à l'abbé d'Agnane :
Que ferai-je sil me tolent ma gone.
En 12) j, trois cents bourgeois de Tournai vêtus dego-
nelles écarlates, armoriées à la tour d'argent, furent à la
rencontre de Saint Louis. On lit dans le testament de
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p»3?;^7w
119
Raoul Fevre. chanoine d'Angers en 1349 : « lego..., ca-
pam meam meliorem et unam de gonm's meis. ;) M. Jos~
sier, dans son « Dictionnaire des patois de l'Yonne » rap-
pelle qu'une duchesse de Bourgogne sauva le roi Charles
VI en l'enveloppant d'une gone. C'était au milieu d'une
mascarade organisée en 1393 : Jean II, comte de Joigny,
trouva la mort dans l'incendie qui en fut la suite.
A Dijon, on appelait maugônies les domestiques d'hô-
pital : leur signe distinctif était un bonnet jaune. Dans la
suite,on donna le nom de « maugônies » aux mendiants et
aux voleurs de grand chemin. A notre époque, le mot ^go-
nelle » n'est plus appliqué qu'aux filles de mauvaise vie.
En patois lyonnais, un gone est un petit enfant qui porte
encore la robe et une gogne est- une poupée.
GORDER, mendier. Gordeau, en patois gorJia et son
féminin gordeïïe, homme ou femme vivant dans la fai-
néantise et la saleté : porteurs de gourdes. Gourd, dit
M. Francisque Michel, est un terme d'argot qui signifie
fripon, fourbe et vagabond.
GORET. Cochon mâle. Goreille et treue guenille^ truic É
Guéreillon, jeune truie : an n'y ai point de guémllon qui ne
troavet son eppéreillon. Ce curieux proverbe signifie [qu*il
n'y a fille si laide et malpropre qui ne trouve a se marier.
C'est un mot gaulois. Chez les Celles gornt était le
sanglier. Les Bas-bretons disent gortb. Dans le pays beau-
nois,un£own est un cochon de lait; au figuré : jeune hom-
me qui se vautre dans l'ordure. En provençal, un gwrri
est un vagabond.
Voici une jolie ronde des environs de Pouilly-en-
Auxois :
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\2(l
LAI TR.EUE GUÉREILLE
Ma que j'étâs chez mon peire
Moi, petite Jeanneton,
Au lieu d'ailler en l'école,
Loji ture, Ion ture lure,
On m'envie les cochons garder
Lonturelé.
J'étais encor trop jeunette
J'oubliai mon déjeuner
Un des valots de mon peire,
Lon ture, Ion ture lure,
Qui s'en vint me Paipporter
Lonturelé.
Le valot ai pris sai toute
S'asi mi-t-à lai faire aller.
Tous les cochons de la ronde
Lon ture, lon ture lure,
Se sont mi-t-à y danser
Lonturelé.
Saufre eune veille treue guéreille
Qui n'ai pas voulu danser.
L 1 goret la prit par l'airoueille
Lon ture, lon ture lure,
Par ma foi tu vas danser
Lonturelé.
V goret la prit par l'airoueille :
Par ma fi ! tu vas danser.
— Que veux-tu don que je danse
Lon ture, lon ture lure,
Je suis prête à cochonner
Lonturelé.
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GOSSE et Gousse de pois, d T ail : synonyme patois de
cosse.
GOSSOT Poche. Gousset, Cest la variante de pole-
fhTe.
La complainte suivante se chantait, le soir de la fetc
des Rois, dans le village de Santenay :
Ç T ast Guïgnolo de Saint Lazot (Saint-Lazare)*
Charchez voué dans vot gousset
Si a n'y aï pas deu trois gros ses
Pour le povre, povre, povre,
Pour le povre Guignolo.
Les trouas Rois semblablement.
Qui apportent leurs présents.
Qui aura la fève noire ?
C'est le rossignol de gloire
Plantez, semez
Jusqu'à la saison d'été.
Les trouas Rois nous mandent
D'y aller eu France
Par un Dieu aimé
Par un Dieu adoré.
— Plaît- y. Madame ?
Que ce sort du blanc,
Que ce soit du noir :
Tout ce qui vous plaira,
O Madame du logis
Recevez ce roi îd
Don nez- lu j des draps ben blancs
A ce roi qui vient de naître
Donnez-lui de biaux draps blancs
Pour ce roi qu'as t tout-puissant É
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'
122
Croix d* par Dieu, ma bonne dame
Donnez-nous de la chandelle
Pour passer cette ruelle.
Oh ] ma dame de céans
Qu'on dit qui êtes si bdle
Le couteau qu'est su la table
Qui regarde le gâteau
Coupez -le en quat' morceaux
Et don nez- moi le plus gros.
Si vous voulez nous rien donner
Ne nous faites pas tant attendre
Mon camarade est a la porte
Qui a si froid qu'il tremble,
Ç'ast Guignolo de Saint Lazot
Ch arche z voué dans vot' gossot
Si a n'i ai pas deu trouas gros sos
Pour le povre, povre, povre,
Pour le povre Guignolo.
L'intervention de saint Lazare fait supposer que les deux
pam-quêrant étaient atteints de la lèpre.
GOTTON, Synonyme patois de Marguerite. La termi-
naison ou qui semble masculine s'appliquait aux femmes,
tandis que le suffixe iebe désignait une personne du sexe
fart- Annelon, Dannon, Philison, Margueron, Remon,
étaient usités à Beaune au moyen-^ge. Ils se sont conti-
nués jusqu'à notre époque par les Jeannon, Nanuon,
Marion, Françon, Toinon. Madelon. Au siècle dernier et
au commencement de celui-ci, on disait Coîkhe pour Colas,
Paliche pour Pierre, ^Dodkhe pour Claude, Beaucoup de
noms de baptême se terminaient en ot : Tieanot, Jacquot,
Chariot,
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1 2JJ
GOUAGER. Patauger dans la boue. ^41 ai gouâgè ses
saibois en corant dans t'ià r Anciennement ce verbe signi-
fiait : « passer une rivière à gué. x On voit, en 1441,
dans le compte d'un receveur ducal du Charollois, que les
Eco relieurs > logés entre la Loire et l'Allier, avaient geaugîè
cette rivière. Ce mot est de la même famille que gâcher
du mortier, que go ni lie y gouïllh 7 geuilKâs i auxquels nous
donnons le sens d'eau bourbeuse. Les gens du midi appel-
lent goargo un engorgement d'eau. En langage breton
goiur et gwai signifient ruisseau.
Le radical celtique gué ou wi est bien connu.
GOUBLE. Raidi parle froid, ±Al ai les malus goubkî.
Ce mot est employé dans la plaine. Sur la côte on dit :
Al ai les mains higites.
GOUÉ, Grosse serpe dont se servent les vignerons
pour abattre 1er» arbres et aiguiser ]cs paisscaux. Y vas fâre
raie mode r le moinche de ut on gouê* J'ai vu ce mol écrit goê
dans un acte de 1409. En Belgique et dans le nord de la
France, on dit un courbé.
GOUEILLE, Guenille. Goueilloux^ mou, flasque. Les
rasïns sont goueiUoux 7 a ne meureront pas, Les Rémois disent
une go île.
GOURIN. Synonyme de Goret. (Voyez ce mot.)
GO YOTTE . Poch 6 de vêtement. Par e xtc nsio n : bo urs e .
Les Dijonnais prononcent goyôte*
GRATONS et graihns. Ce qui reste du gras de porc
après qu'on a fondu le saindoux,
GRAITTE-CUL, Baie de l'églantier ; on l'appelait autre-
fois bâton et bouton :
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I2 4
Et cherchoïcm par ces boissons
Boutons et mûres et prunelles.
« Sur le bord d'un chemin, un rosier sauvage et un
prunellier se trouvaient voisins, On était au mois d'octo-
bre : une bande de venowgeoux entassaient les raisins dans
Jes paniers sans regarder les fruits trop verts des deux
arbrisseaux. Grande douleur du rosier qui s'adresse a sa
voisine ;
Sœur peurnelle, sœur peurnelle
Teut le monde se mairie, parsonne ne nous aippelle!
— Bah [ bah I soeur hovtan,
Chaique chose ai saï s à son, »
Les grahtes-cuk et les peu n telles sont les derniers fruits
de Tannée.
L'illustre maison des Bouton, seigneurs de Corberou,
est connue de tous. Un de ses membres adopta la devise :
Le bouton vaut la rtisû* Cela signifiait que le fils valait le
père et que la famille n'avait pas dégénéré.
GRÂVELLE. Petite pierre. Dôte-moï don lai gravelk
quasi entrée dans won sou lé , Voici quatre jolis vers d'une
pastourelle du XII e siècle :
Quant voi la flor nouvele
Paroir en la praële
Et j'oî la fontenele
Bruir seur la gravcle.
On lit dans le célèbre roman de la Rose :
Je m'approchay de la fontaine
Pour Teaue voir claire et saine,
Et la gravelle claire et nette
Qui au fond estoit très-parfaite.
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I2 5
GRAVONER. Grimper avec effort.
GREMIA. Noyau de fruit. Du latin gretn\um t milieu.
GREUSER (Se). Se mettre en colère. Usité à Meur-
sanges et à Marigny.
GRIMON. Chiendent. Notre patois est plus confor-
me à Tétymologie que le français : il dérive du latin
gramen. En morvandeau, grimon est de l'orge dégénérée :
le chiendent porte le nom de grouache.
T>êgrimoner : arracher le chiendent. J'ons êvu ben de Jaï
pone pour dégrimoner note plante.
GRINCHE. Difficile à écorcer. Eune noix gvhuhe. Au
figuré, une femme grinche est celle qui a le caractère diffi-
cile et la voix désagréable. L'Académie dit grincheux et
griêche, et le patois de Dijon greigne.
GRINGALET. Jocrisse et Gringalet étaient des comé-
diens de place publique ; le dernier a laissé son nom aux
gens maigres, souffreteux, faibles de corps et d'esprit.
Gringoire était un poëte satyrique français du commence-
ment du XVI siècle.
GROLOT. Vase ou écuelle en bois. Te vas ailler queri
du vin blanc doux dans le grôlot. Un inventai re, dressé eu
1361 dans un château du Vivarais, donne le détail des
objets de cuisine ; on y remarque « decem grahls de pal-
pre. » D'après Ducange le mot polpra signifie bois.
A Autun on dit grelotte et à Lons-le-Saunicr grelot.
GROUÉ. Corrompu. Dît vin groué, de Via groiiêc, La
petite ville de Mamers a une grande place non pavée et
marécageuse : on l'appelle place de grouas.
GROULER. Agiter, f aillons fâre des confitures, an put
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groulicr not* peurner. Voici un exemple de scie villageoise
et enfantine : « Bâtisse, vins iqui ; i vas te beiller du gai-
tià : astuce que ton nez groule ? — Nenni, a ne groule pas.
— Hébcn, te nuirez ran ; si ton nez aivot groule i t'en
airàs bcillé ! ))
On sait que la sauteuse était une danse chantée et pra-
tiquée il y a cinquante ans dans tout PAuxois ; en voici
une que les enfants ont bien oubliée :
MAI GRAND' MEIRE
Mai gr^d'meire qui n'évot qu'eune dent.
Encore elle groule
Quant an cort du vent.
Mon grand peîre qu'étot maréchau
A li raicmôde
Aï grands coups d' marteau
Mal cousine, not' petit chien blanc
Lai quoue li groule
Quand an cort du vent.
GRÛULOTTF et Gruillotte : gelée de cuisine. Mai
tank, haiih'i-nwi de Jai groulotte dévou mon jambion.
GRUME. Grain de raisin. A rapprocher de gremia. Les
lutins disaient : grumus salis.
GRUN. Raisin tardif que le froid empêche de mûrir.
I ferons ettne fillette de boire d'évou nos gruns. (Nous ferons
une feuillette de piquette avec nos gruns.) Ce mot me
parait d'oiigine burgonde, car ses similaires sont restés
dans les langues germaniques : grùrin, verdure, en alle-
mand - 3 green, vert, en anglais.
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GUÉDEIGNES. Jambes maigres comme celles d'une
chèvre. Le mot gade y chèvre, est resté dans le patois
wallon. En Bourgogne, on appelait guédan, une couverture
de lit fabriquée avec du poil de chèvre.
GUÉE. Chemin forestier, tracé pour la desserte des
coupes de bois.
GUÉREAU et Gareau. Pluie d'orage. Aittenâs un pochai :
le temps vai s éclair ci, ç'ast un guéreau. On devrait écrire
gare-eau.
GUEUGNER. Attendre inutilement. An faut le laisser
gueûgner ai lai porte. Dans les villages de la plaine, on dit
jugner. A Dijon, gueûgner signifie : regarder avec indis-
crétion.
Il y a plusieurs jeux d'enfants où l'un des joueurs,
« celui qui l'est » doit gueûgner, puis courir après les
autres. Ce chercheur est désigné p*r le sort. On récite une
espèce de mélopée incohérente dont chaque syllabe forte
frappe sur un des joueurs : la dernière indique celui qui
Vest. M. de Chambure a donné une de ces formules dans
son a Glossaire du Morvan ; » elle me parait fort ancienne :
Une ! deusse ! trois !.. du bois.
Quatre ! cinq ! chis !.. du buis
Li roi nous c'mande
Por ailer en France
Ai lai messe de Jésus-Christ
Por minger du pain béni.
Pain bis, carabi,
Pain d'or : t'en as d'hiors !
La formule suivante est encore usitée à Beau ne et dans
la région :
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Un i, un 1, casin, casel,
Du pied, du jonc, coqueri, bôrdon.
Un loup sortant de la forêt
Tout habillé de vert, de gris,
Sauve- toi petit seri,
Car te voilà
Pris !
GU1ÀPOUX, guiapouse. Gluant, qui s'attache aux
doigts comme un corps gras.
GUIBOLES. Jambes.
GUILLE. Excrément humain.
GUILLEDOU (Courir le). S'amuser à toutes les fêtes
de village, danser et faire la cour aux filles. Je pense que
ce mot nous vient du flamand : une gbilde de jeunesse est
une société, une confrérie de plaisir ayant ses réunions,
ses statuts, son administration. 11 y avait autrefois des
gbildes d'archers, d'arbalétriers, de paulmiers. Il y avait
aussi les ghildêS des métiers, c'est-à-dire des drapiers, des
cordouanniers, des ferronniers, etc.
Àl ai corn son guilledou lente lai ne ut, et pu a ne peu pas
traiveiïkv.
GUILLENLÉ. Ce sont les souhaits du jour de l'an, le
Gui Van neuf à\i$ druides, dont l'obscure tradition s'est
conservée jusqu'à nous. Voici comment on le chantait à
Santenay il y a un demi-siécle :
Guilleulc, bia Guillenlé
En bonne an-née pissiez entrer
Qui n'y a pas qui a Noéi
Qu'i a huit jours que Dieu fut né
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• r'iiMr'
I2Q
Que Dieu bénisse lai mâson
L' hou m me et Ui fomme s'i-2-i sont
Et le petit enfant du bré
De lai main de Dieu fut soigné
De lai main de Saint Batholmé.
O dame, dame, donnez-nous»
De vos aumônes qu'en ferons-nous, ?
Les porterons aux champs fleuris
Autant de fois que nous dirons )
Qu'i a de feuiir dessus le jonc.
Bis
C'est-à-dire jamais, puisque le jonc n'a point de feuilles.
L'intervention de Saint Barthélémy peut s'expliquer parce
fait que l'apôtre de Cappadoce guérit la fille * lunatique et
fort tourmentée » du roi Polémon. (La vie des Saints par
Ribadeneira.)
^&
10
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H
) ARIAS. Clameurs, discussions, embarras. Ce
> terme est fort usité dans la Côtc-d'Or et dans
[l'Yonne. M. Jossier le dérive de l'espagnol avec
le sens de convoi de mules : cela me parait douteux. Tous
ces harias iqui mon empouachè de fini mon ôvraige. Dans le
département du Nord l'airie est l'aire de la grange. On dit
proverbialement : il a des airies à battre. Je ne pense pas
que l'origine soit la même. (V. Harié).
HARIÉ. et Ariè. Interjection qui exprime la déconve-
nue et la mauvaise humeur. Quéque h vins fâre vée nos^
harié ?
M. Vallot y voit une invocation à la iank Ame, la fée
bienfaisante qui apporte les cadeaux de Noël aux enfants
de Montbéliard. En ce qui nous concerne, il y aurait un
contre-sens, car harié est toujours pris en mauvaise part.
Cette opinion est presque aussi hasardée que celle de
Rochefort. Ce lexicographe assure qu*unarié est une sorte
de ragoût.
Il me paraît bien plus rationnel de faire venir du mot
haro y clameur, et du vieux verbe harier ; les poésies du
Moyen-âge donnent à ce dernier mot le sens d'insulter en
criant ; on l'appliquait aux querelles de ménage :
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i
} 3 2
Vous aultres Jeunes mariés
Vous serez tansez, hariez
De vos femmes à tout propos.
On s'est servi autrefois du mot harelle avec le sens
d'obsession. Il faut le rapprocher du bas-breton harao et
de l'anglais hurrah ! En style de veneur, haro est le cri
propre à exciter les chiens. Les Morvandeaux crient aux
renards harou ! harou ! On dit aussi harier les Mens après
le loup.
Le haro était l'annonce publique d'un grand événement ;
c'était aussi une déclaration de guerre. Le mot héraut d'ar-
mes me parait être de la môme famille. On lit dans la
« coutume de Normandie » : Cil qui crie haro sans appert
péril le doit amander au prince. » En 1418, un ambassa-
deur des Rouen nais assiégés accourut à Paris et; dit au roi
de France : ce Je viens contre vous crier le grand haro afin
de vous .signifier l'oppression des Anglais. »
HAUTUROT. Petite élévation de terrain : j'aillons
doter les baulurots pour ben niveler not y jardin. C'est un
diminutif de hauteur. (V. Theurot).
HEIN. Cette exclamation interrogative est très usitée
dans la ville et dans les environs de Beaune ; elle a le sens
de ce n'est-ce pas » et de « comment dites-vous ? » Meire,
i f airons des gaufres ditnoinche, hein ?
HOUSPAILLER. Synonyme patois de houspiller.
HOUSSINE. Branche de houx. Par extension, tout ce
qui peut servir à chasser, à battre les animaux. Si te ne
veux pas ni'ôbel, i vas prenre lai houssine !
M. Augustin Thierry assure que, dans le langage des
,
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133
Francs, fat% ! signifiait dehors. Cette interjection est encore
en usage: nos villageois crient «housse! pour chasser de la
maison les chats, les chiens ou les poules.
HU et Dia sont deux interjections impératives adressées
aux bêtes de somme. Mai bourrique ast beu teitue : il tome
ai hà quand an H quémande d'aï lier ai dia. Le premier terme
signifie « va à droite » ; le second, « détourne a gauche *.
On a cherché en Grèce l'origine de dia; maïs le poète
Claudien nous apprend que les muletiers gaulois avaient
dans leur langue un mot pour la gauche et un mot pour
la droite. Les charretiers bretons emploient les mots dia%
et deba dans le sens du dia bourguignon. Il parait donc
certain que ces expressions, usitées dans une grande partie
de la France, remontent à l'époque celtique.
Un poëte du pays de Blois écrivait au xvu* siècle, en
parlant de jeunes filles qui sont au bal :
Dansent Tune à dia, l'autre à hu,
Et personne n'est boucahu.
Personne ne reste pour garder les banquettes. Dans le
monde des salons on appelle cela faire tapisserie, mais les
paysans disent fâre via.
Hay don î est un terme de charretier. Un poëte de
Chàlon-sur-Saônc, Philibert Guide, qui vivait au xvi* siècle,
a écrit ce vers :
Hay devant J beste ; qu'on ne t'accroche.
HUIS, Porte. On lit dans un poëme du xv fl siècle, « La
vie du mauvais riche w 5 cité par M, Paulin Paris :
Devant l'huis au riche home îe ladre s'arresta.
Ce mot parait dérivé du latin ostium. Le mot ouieau a
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'34
persisté dans quelques villages ; nous avons à Chorey la
vigne de Voûtant, siîuêc près de la porte du château*
Qstaut et oustaut sont des ternies de caserne qui désignent
la salle de police.
Les nuits hosiel et hosklîerk, que Ton écrivait sans h au
moyen-âge, ont peut-être la même origine.
**§0f
L
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I
Pronom cL la première personne, / vas m'en
^ailler. Devant une voyelle il redevient le /Vélïdé
du français : feuveure lai porte, (j'ouvre la
porte.)
Le pronom s ; sert également pour le pluriel : i jions
aujed'heu laï je\ie y mas demain > f irons êanter.
La seconde personne du singulier est k, pour ht : ast-ce
que te vins vie moi ? La seconde du pluriel est, suivant les
pays, vos ou veus : an âirot que vos nies mailaide ? Quoi
don quasi air rivé chez veus F La première forme prévaut
dans la région qui confine au Morvan,
La troisième personne est a pour les deux nombres :
A m'ai dit qu'a pariirint Uni ai Y heure. Devant une
voyelle a devient ai 7 pour éviter un hiatus, Ai ast venu
qu'aï aivini àêjï soupe,
A est remplacé par an dans les verbes impersonnels.
« 11 faut manger, il lait des éclairs f il va pleuvoir, se tra-
duisent para» faut mainger, an èleidc y an vaî pieuvre.
IQUl. Prononciation patoise de id. On lit dans le
poilmc de Garin le ioherain :
À Lengres lor enseignent qui n'est pas loin d'iqui.
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1^6
IRE. Ce vieux mot français est toujours en usage dans
l'Assois, et notamment à Thoisy-Ia-Berch£re. / éiàs toi en
ire : à Beaone noos dirions : i àas imi en amtârt.
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IACIN. Dard d'un insecte et langue d'un ser-
vent. Ce mot ne viendrait-il pas de gwsitm qui
était, comme on sait, l'arme de trait des Gau-
lois. Au figuré on a appliqué jacin à une femme bavarde,
une méchante langue. Lai meire Manette ai un fmmux
jacin.
JACQUEILLON. Jupon de grosse laine, pour l'hiver,
Eune feille de râson
N'ôte pas son jaiqueillon
Aivant PAiscension.
L'habit masculin correspondant est une jacque Ile. C'était
le vêtement populaire, celui des Jacques.
JARLE et Jarlot. Du bas-latin gerla, cuve. Vaisseau de
bois que l'on met à côté de la selle, sous le cuvier a les-
sive. Fais ben aitlention en coulant lai bue : ton jarlot vai
borger.
JAVOUILLER. Parler en bredouillant. Au figuré : dire
des bêtises.
Ce verbe a signifié « remplir de liquide. » On dit encore
dans certains pays « ouiller le vin, » c'est-à-dire remplir
1G°
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i 3 8
le tonneau. Ménage cite le mot avouiller, qu'il dérive
tfaqua. Au Moyen-âge, on a dit et écrit jargouiller.
Or ça vieillart de pute affaire
Viens jargoulier au commissaire
Tu y ras jà à Pierre-latte.
(Mystères du XVe siècle.)
JEAN (Herbes de la Saint). Plantes consacrées qui ser-
vaient de préservatifs chez les Gaulois. Cette superstition
s'est conservée jusqu'à notre époque. La veille de la Saint-
Jean, avant le lever du soleil, les gens du Vernoy récol-
taient des branches d'Enula et les joignaient aux boutons
d T or et aux pâquerettes pour en faire des bouquets que Ton
faisait bénir en les consacrant à Saint Jean et à Sainte
Barbe, Ces fleurs séchées préservaient de la foudre, au
moyeu de cette incantation : « Saint Jean écoutez-nous,
Saint Jean exaucez-nous, Saint Jean préservez-nous. Sainte
Barbe j belle fleur» qui portez la croix du Sauveur ; si je le
dis pendant trois fois, point la foudre ne tombera. »
A Sain t-Loup-de-1 a-Salle, on fait encore bénir des bou-
quets de l'herbe à Saint liçch.
On dit en parlant d'un ragoût trop assaisonné : Te y ai
don mis îeutes les barbes de lai Saint Jean,
4
JICLER. Se dit d'un liquide comprimé qui s'échappe.
On remploie nu figuré dans le sens de s'élancer. Le ieuve
ai fictif eniremi mes jambes. Dans le nord de la France, on
dit liijuer. Les Belges- Wallons ont le mot spiler qui a le
même sens et le substantif spiture.
Un jk ht est une éclaboussure. Probablement du latin
ejaculare,
JOPILLER, Littéralement : jouer avec les pieds, jocari
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M
m
pcdihas. An li ai fait praire du café; a ne fait ran que jo-
pilier dam son leL
JOR et jar. Adverbe affirmatif. / vourâs jor ben quai
èpausei lai fean-nie. C'est l'abréviation d'un jurement qui
est encore en usage : jour de Dieu t Le patois d'Àutun dit
dioiarm : c'est Tin version de jarnidîen et jantigoi. Les La-
tins juraient par Hercule : ]o\\ joràteu^ pourrait être un
serment par Apollon, le dieu du jour.
Aimé Piron, le pharmacien-poete dijonnuis, écrit jarre.
Jaidi on voisot dans lé cloître,
Dé grande province lé moitre
To des andées s'aillai forai ;
Ma jarre, ce n'a pu celai,
JOURNAL. Mesure agraire qui variait selon les pays.
A Beau ne, le journal contenait trente-quatre ares vingt-
huit centiares : une journée de laboureur.
JUDRL\ Gros saucisson de ménage, fondu signifie
joufflu, dans le patois de T Yonne. Chez les Morvandeaux,
un gidron est une grosse andouilJe.
-s$zr
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L
AGOT. Egout, flaque d'eau. Il serait plus ra-
tionnel d'écrire Yagot, car la racine de ce mot
parait être aiguë.
Lai pleue d' Feuvrer
Vaut P lagot de feumer.
LAI. Prononciation patoise de l'article la : f irons goûter
su lai moniaigne. Ces mots me font penser à une épigramme
bjen oubliée quoiqu'elle ait été composée il y a moins de
cent ans. Quelques détails sont indispensables :
Dans la première délimitation géographique dressée
vers la fin du siècle dernier, les districts et leurs divisions
avaient été établis d'une façon fort arbitraire Les chefs-
lieux de canton avaient seuls des officiers municipaux.
Chorey se trouvait dans le canton de Pommard, ce qui
obligeait les jeunes gens du premier village à aller se marier
dans le second, c'est-à-dire à sept ou huit kilomètres. Cette
confusion, ce mélange des populations de la côte avec
celles du pays bas, froissèrent beaucoup les paysans. Le
couplet qu'on va lire mentionne quatre localités assez
éloignées les unes des autres : Crépée,hameau d'Aubaine,
est actuellement du canton de Bligny-sur-Ouche ; Solomge 7
Chalanges, est de la commune de Beaune, à l'Est, tandis
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■ vWGT'SPl
L|2
que Battaut ou Hdtiâ est à l'Ouest. Quant à Luleune, c'est
une ancienne métairie en ruines, dépendant de la com-
mune de Pommard.
CRÊPÉE DANS LAI MONTAIGNE
, Crêpée dans lai montaigne,
Soloinge dans Y pays bas,
Nicoulas
Arrondissement de Luleune,
Département d' Bâtia,
C que teut 1' monde ne sait pas.
Cette gandoise se chantait sur l'air d'un carillon de
l'Hôtel- Dieu,
LAIGK. Lêc^ ou mieux Yaige. Chemin. Ce mot n'est
plus usité dans !e langage bourguignon habituel, mais il est
resté J a n ■; plu sieur* noms géographiques de nos environs :
la chapelle Je Notre-Dame de Lie est située dans la plaine
nuitonne, a proximité de la voie romaine. Le hameau de
Ue, commune de Culètrc,se trouve sur une ancienne voie
allant a Arnay. Le beau village d'Argilly a le bois de
YJîge au chat, prés du chemin d'Agrippa. Enfin les gens
de Bon court appellent YAige de Beaune l'embranchement
de voie romaine qui passe à Bolar et à Notre-Dame du
Chemin J'estime que ce mot aige, qui paraît dérivé à'agger,
a motivé le nom d'Agencourt, village qni se trouve sur
cette voie latérale. Puisque je parle d'anciens chemins, je
signalerai les II aies Cautain et Y aie pavée, lieudits de Beaune
et de Douze. Ces appellations semblent venir d'atrium et
n'ont rien de commun avec Yaige qui donne lieu à cet
article ; si ce n'est leur situation dans des lieux fertiles en
débris gallo-romains.
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***immmmmm
m
Un livre récent donne à ce mot le sens de « petit bois >i
et le dérive de baie.
LAILLOTS. Nom donné aux Morvandeau s par les
vignerons de la côte. A l'époque des vendanges, les "lieit^
quitis (V. ce mot), envoient dans nos vignobles des
essaims de travailleurs, mais il en vient encore de plus
loin. Le pays granitique des environs d'Autun et de Saulieu
renferme la population des Laillots, que M. Pierquin de
Gembloux croit d'origine hunnique : « la tète est carrée,
les yeux en amande, le nez épaté et les cheveux rai des.
On trouve, dans leurs cérémonies et surtout dans les
enterrements,des rites analogues à ceux de l'Asie, a Cette
population est antipathique à la race des Béquins et ;l celle
de notre côte, car ces Morvandeaux ont le caractère taci-
turne et froid comme leurs montagnes:
Point ne vient du Morvan
Bonnes gens ni bon vent.
Il n'est pas impossible que les Laillots descendent des
Huns : mais leur nom me paraît avoir une origine plus
récente. Quand un vigneron s'abouche avec le chef d'une
de ces bandes de vendangeurs et qu'il lui demande de quel
pays il est : Nous sommes de là hiaut, répond-il. Un Bcu-
quin aurait dit : nous sommes de l'avant. Telle est, je
pense, l'étymologie fort prosaïque du mot Lai Ilot. À Val en-
ciennes on appelle gins de Lauveau les habitants d'une
petite région où l'on dit : lauveau pour « là-bas », et Ton
nomme drouchis et rouchis ceux d'un pays wallon où
« drouchi » signifie : droit ici.
Les morvandeaux ont en effet une accentuation très
différente de la nôtre. Voici le boniment d'un marchand
de bétail sur le champ de foire d'Autun : « Seîr aimi i iôsl
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des bons faux : ionma^hs, vî radios, botte ^-lo le cul conte in
sa liait ; s'a requdanl, dh^artri, t vos .les belUo tô pour rnn.
Cette citation prouve que les Morvandeaux n'ont pas
usurpe leur réputation d'hommes rusés.
Pour accentuer la couleur locale, je citerai quelques
strophes d'une jolie ronde que Ton chantait autrefois entre
Amay et Saulieu :
LA HIAUT SUR LA MONTAGNE
Là hiaut sur la montagne
Lon lire Ion la
La hiaut sur la monta»»,
gne !
Y a-t-un harmitage,
Rt ioup tita, pitaderara,
Y a-l-un harmitage
Habita par des moi..,
ries !
Habité par des moines
Lan lire Ion là,
Habité par des moi...
nés !
Mari on s- nous nous deux
Et ïoup tara, pi ta derara
Marions-nous nous deux,
Je ferons bon mena...
gel
Je ferons bon ménage
Lon lire Ion la.
Je ferons bon mena...
gel
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M5
Pis faïrons des enfants*
Et ïoup tata, pi ta derara,
Pis j'airons des enfants,
Pour peuplur Tharniita,,.
ge!
LA1SSIA. Synonyme bourguignon de lait, / ne vas pus
ai 'Biàue les mai lins ; not' vmche n'ai pus guère de hissia.
LAIT DF BEU. Cette locution pittoresque a le sens de
bourde, menterie, promesse irréalisable. Je m croit rien à
les belles promesses : toul ça Scsi du lait de beu. En langue
verte : c'est de la blague !
LAMBIN. C'est le nom d'un professeur du xvi c siècle.
Il était fort lent, fort minutieux (fort nunn 7 comme disent
les Belges,) et s'appesantissait sur les plus petites choses.
De lui serait venu l'adjectif lamhin et le verbe lambiner.
J'ai lu quelque part cette définition que je transmets à mes
lecteurs s H g. d. g.
LANDIERS, Chenets, Les inventaires du xv e siècle
mentionnent fréquemment les grands laudiers de fer de
foute et les hauts laudiers de fer (V. Andaius).
LAM'PEBL Tirer la langue- Regarde doit quemaut uof
chien lampe : al ai beu soi (soif). Ce verbe a formé le
substantif latnpià : lai grau chaleur heille le lambin* A Va-
lenciennes, arronsser h lampas est synonyme de c bien
boire. * A%*oîr le lampià^ c'est avoir soif, c'est tirer la lan-
gue, comme font les chiens : Varse-nwi du vin 7 i ai le
lampïâ .
Le mot hunpasser est resté dans le langage héraldique :
d'azur au liov d'or a nue et la tapasse de gueules.
IL
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146
LARIGOT (Boire à tire-) . Les chercheurs du siècle der-
nier ont forge une demi-douzaine d'étyrnologies. Ou a d'a-
bord parlé de la Rtgault, cette grosse cloche de Rouen que
Ton tirait a grand peine ; puis du Goth Àlaric, à la santé
duquel les Germai ns buvaient des rasades. Ensuite, on a
découvert que larigot était le nom d'une espèce de flûte
et Ton a dit : boire comme si Ton flûtaït. Ménage dérive
ce mot de fistida. Tout cela me parait inepte.
Un savant de notre époque, s'appuyant sur je ne sais
quel terme d'argot, prétend que cela signifie boire à tour
de bras. El me semble qu'on est allé chercher bien loin
ce qu'on avait sous la main. Larigot signifie gosier ;
H est encore usité dans ce sens en Bourgogne. Ce m or,
qui a formé larynx et ses dérivés , s'appliquait spécialement
a cette partie de la gorge qu'on appelle la pomme d'Adam
et qui fait un mouvement tres prononcé chaque fois que
Ton avale. Quand on a très soif on boit vite, et quand on
boit vite on tire le larynx.
LARMIER. Soupirail de cave.
LARRE. Terrain inculte en pente rapide. Par extension :
pâturage, champ ou vigne sur le penchant d'une monta-
gne. On disait autrefois laris ; la Chanson de Roland,
composée au XI e siècle, contient plusieurs Fois cette ex-
pression.
Jo ai veut les sarrasins d'esp.iïqne
Cuvert en sunt li v;il ut les muntaignes
E li lariz et trestutes les plaignes.
Et encore :
Rolkns regarder ez mum et es laris.
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J 47
Ge mot, dont la basse latinité afmlarricium, doit avoir
une origine celtique, bien que M. Grangagnage le dérive
du saxon îâri 7 vide. Il est entré en formation dans une
grande quantité de noms géographiques de la Bretagne.
Rn langue mdesoue her signifie pâturage commun et
îtinr a le sens de clairière chez les Hollandais. Au pays des
Basques, ïarra signifie également pâturage.
Cette expression est usitée dans toute la région éduenne.
M'Y ALLANT PROMENER
M T y allant promener
Sur le larrê, sur le larré>
J T ai vu not T chien Barbet
Tôt ce I ope, tôt éclopë,
A s'en r' venot de lai chiaisse
En feugnant tout partout
Traiguant eu ne caircaisse
De loup, de loup.
Sitôt qu'a m 'aî perçut
Ailler vêe lu, ailler vûq lu
A s'en r T tornit teut droit
Sans m'acouter, sans m écouter
I raimassis des beûdies,
Des raî us de (jueurndler
Pour taper su ses qu eu chus
Et le fàre lâcher.
À laïssït sai chaireugne
Darré lai souê, darrê lai soué ;
Euvrant sai rouge gueule,
Se f tit su moi, se j' tit su moi
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M*
Ma tcut d 1 suite i eus lai chance
De tirer mon coutil
Et d 1 forgomier sai panse
En 11 crevant lai pià.
Combien de fois n'aî-je pas suivi du regard les bergers
rassemblant, au déclin du jour,Ieurs moutons sur les larrés
de Santosse ou d'ivry, Avec quel plaisir j'écoutais la suave
mélodie de ces poétiques villanelles remplacées, hélas !
par les couplets idiots que les cafés -chantants ont mis k la
mode :
Aidïeu-eu bargeîre, aïdieu bell 1 je m'en vas
Et je m'en vas sous la coudrette
Aidieu-eu bargeire, aidieu bell 1 je m'en vas.
LAUVE, Cest le nom du ruisseau de La Doix. On
devrait écrire Vûtive 7 c'est-à-dire l'eau. Les appellations
géographiques traversent les siècles, malgré Jes invasions,
malgré les changements de race, de nationalité, de lan-
gage. Auve, dont on a fait aiguë., est certainement Tune des
plus primitives manifestations de la parole humaine. Dans
le sanscrit, le radical av indique le mouvement continu : il
a formé avï, le vent, aussi bien quavatii, la rivière, (V.
Doix).
LAVASSE. Pluie d'orage. & Quant a leurs orge s >
avoynes, poids, fèves et tremitages, ils ont esté entière-
ment ruynés par la dite gresle, lavace et inondation de la
Deune. » (Procès-verbal d'une grêle chue à Santenay en
1652 ».
LAVE. Couche supérieure de certaines roches calcaires
de la Côte-d*Or, Elles se lèvent en feuilles plus ou moins
_
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149
épaisses et servent A couvrir lus toits, a former des revers
d'eau et à faire des bordures dans les cortils.
Les couvertures en laves disparaissent peu à peu. Elles
n'exigent point de réparations, mais leur établissement
est très coûteux, A cause des énormes charpentes qu'elles
nécessitent.
LAV1ER. Synonyme patois d'évier. C'est l'endroit où
les ménagères lavent leur vaisselle. Même racine que
lanve.
LAYETTE et VJyette. Tiroir d'une table, Euvcurc don
voi Fayette, te preare\ les confias pour mette sn lai tante. Le
mot fl/i, planche, me paraît être la racine de layette : un
fabricant de coffrets est encore appelé un layetîer.
On appelle layette le trousseau d'un petit enfant. Il est
douteux que fétymologie soit la même et je serais disposé
à rapprocher ce dernier terme des mots Ikn et lier. Il en
est de même pour laycth\ paquet de chartes et de papiers,
synonyme de liasse.
LÈCHE, et Lmche. Tranche mince. Te confierai ben des
huches de pain pour fars enne bonus soupe.
Cet ancien nom de la langue a formé le verbe loicher. Le
mot breton « cromlech )) s'applique aux monuments méga-
lithiques formés de grandes pierres plates. Dans le Pas-de-
Calais plusieurs dolmens portent le nom de pierre de lard :
c'est toujours l'idée de tranche. Une lame d'épée portait
autrefois le nom de Inhibe .
Lèche et loiche signifient spécialement tranche de pain et
de lard. Dans le Nord on prononce et on écrit leique.
c< Le iour de pasques, on fait poix frase, et ont une
leique de lard. » Ces poix frases, que THostelIerie de
Valencienncs donnait a ses vieillards infirmes, notaient
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150
autre chose qu'une purée de pois, accompagnée d'une
tranche de lard grillé.
LÈCHE FRITE, et loichefrite. Récipient en tôle qre
Ton place devant le feu, au-dessous de la broche à rôtir.
L'inventaire de PHôtel-Dieu de Beaune, que nous nous
plaisons à citer, mentionne « une douzaine de loucbefroyes
tant grandes que petites. »
LÉVOU ou Lavou. Adverbe de lieu. Lévou don quai ai
choi signifie : où donc est-il tombé.
LEZ, prés de. Ce vieux mot ne s'applique plus qu'aux
noms de villages ou de hameaux : Montagny-lez-Beaune ;
Saint-Prix-lcz-Arnay.
LIBOT. Sorte de crapaud. Je pense que l'article s'est
agglutiné avec le substantif : libot pour le bot. Ce der-
nier mot est le cri monotone du batracien.
LIERGE. Nom bourguignon de la plante appelée lai-
teron.
LIGNOT. Uni, sans aspérité. J' ai Ihns glisser su lai mare,
lai glièce ast ben lignote.
LINCHER. Synonyme patois de glisser.
LOC. Ce mot primitif, très usité en Bretagne, a formé
le Bas de Loc, lieudit de la commune de Lusigny : c'est la
vallée pittoresque où la rivière d'Ouche prend sa source.
Les anciennes peuplades du Nord et de la Germanie
appelaient lock un lieu creux ou un petit lac. Ces deux
circonstances se trouvent réunies au Bas de Loc.
Cet endroit a servi de théâtre à tien des scènes fantas-
tiques et les contes de la velle mentionnent iréquemment
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'5 1
ce lieu sacré. Ici c'est un clair ou feu follet, qui égare un
voyageur dans ce joli val de Lusigny, et qui l'oblige, après
mille détours dans les prés du Bas de Loc, à se neyer dans
lai riveîre d'Ouacbe ; là, c'est le festin des sorcières. Tou-
tes les histoires de sabbat se ressemblent : de grandes ta -
blés, rapidement posées et chargées de. mets dans les
prairies vertes ; des fées portant des gâteaux blancs sur des
plats d'argent ; une coupe dérobée aux enchanteurs par un
galant qui veut faire preuve de courage en apportant à sa
belle un présent mystérieux. On raconte môme que les
fées ont donné à quelque jouvenceau une parcelle de leur
fameux gâteau blanc, après leur avoir fait siner de son sait g
la promesse de ne rien divulguer.
Il faudrait un volume pour narrer toutes ces légendes ;
mais les limites de ce petit ouvrage nous obligent à être
bref.
LORDOT. Etourdissement.
LOUSINE (Mérc). Monstre habitant les puits et les
fontaines et servant d'épou vantail aux enfants. Ne t'aivise
pas de crokher dans no? pouet, lai meîre Lousine te maingeroL
La mère Lousine se rattache évidemment au culte des
Génies des eaux, si nombreux en Bourgogne. On trouve en-
core quelques traces de ce culle gaulois dans certains villages
de l'Auxois et du Morvan. Pendant trois jours consécutifs,
les malades des rives de l'Arroux vont boire l'eau de la
rivière avant le lever du soleil en prononçant ces paroles :
« Arroux i t'aippourte lai fièvre : te me lai rendrai quand
te remonterai ! »
Saint Martin, le grand destructeur d'idoles, s'est particu-
lièrement attaché à détruire le culte des eaux. Parmi le
grand nombre d'églises mises sous son vocable, figure
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i$3
celle d'Arcenay, canton de Précy-sous-Thil, où se trouve
une des sources du Seraïn. Or, il existe dans ce village un
énorme bloc rentrant dans la catégorie des pierres tour-
nantes : on le nomme 3 c porron de la fie ou de la Junûse.
Cette dernière dénomination rappelle notre ?nère Lamine
que certains auteurs font venir de la divinité romaine
Lucina dont le culte était, au dire d'Apulée, univer-
sel dans la Gaule : t< Regina deorum Occidens Luci-
na m appel lat, » On sait qu'elle présidait aux accouche-
ments : les statuettes d'argi'e trouvées sur tous les
points de la France et notamment ai Bolar prés Nuits
montrent l'universalité de son culte. Après l'introduction
du christianisme, les divinités payennes furent considérées
avec raison comme des dieux infernaux, des ennemis du
genre humain, Lucine devint répouvantail des petits en-
fants, toujours disposés à regarder dans les puits.
On a justement assimilé la fée bourguignonne à la Mèht-
ske du Poitou, moitié femme et moitié poisson. Voici
quelques lignes empruntées au * Glossaire du Morvan »
(article serpent.) a On vît Mélusine qui était en la cuve
jusques au nombril ? en signe de femme, et du nombril eu
bas en signe de la queue d'une serpente grosse comme
une caque à hareng, w
Les mémoires de Pierre de Rourdeilles, abbé de Bran-
tôme, contiennent le récit succinct des diverses légendes
de Mélusine : « Quand l'empereur Charles-Quint vint en
France, on le passa par Lusignan où il se fit faire plusieurs
contes fabuleux qui sont là fort communs. Jusqu'au* bon-
nes femmes vieilles qui lavaient lessiva à la fontaine t que
la reine Catherine de Médicis, mère du roi, voulut aussi
interroger et ouïr. Les unes disaient qu'elles la voyaient
venir à la fontaine pour s'y baigner, en forme d'une très
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{
belle femme et en habits d'une veuve, les antres disaient
qu'elles la voyaient, maïs très rarement, et ce le samedi à
vespres, moitié le corps d'une très belle dame et l'autre
moitié en serpent. Les autres, qu'elle paroissait sur le haut
de la grosse tour, en forme très belle, quand il devait
arriver quelque grand désastre ou changement de règne
et ne fut-ce que trois jours avant, on l'entendait crier d'un
cri très aigre et effroyable par trois fois, a
a Pour fin et vraie vérité finale, ce fut en son temps une
1res sage et très vertueuse dame de laquelle sont sortis cq^
braves et généreux princes de Lusiguan, » Ajoutons qu'il
existe, au sujet de cette fée, un poème écrit au xï% ,c siècle
et publié par M. Francisque Michel.
La mère Engueule est de la même famille que la mère
Lousine* Son énorme mâchoire est la terreur des enlants
désobéissants, Cependant cette gueule n'est pour rien dans
1 etymologic du nom qui nous parait une altération du mot
GnqiUU* Chez les Bretons, auqueu est synonyme de fan-
tôme. (V. Rancôt.)
LOUVRE, Lucarne de grenier. Ce mot> très usité en
Bourgogne, nous vient peut-être de la Flandre : les habi-
tants de ce pays ont /<w/ T regard, et loofvenster 7 regard de
fenêtre.
Un compte de 1453 mentionne les réparations faites
aux hiwres du château de Rouvres-les-Dijon É
LU, C'est te pronom personnel lui dont k'est le fémi*
nin. Çast lu quai àippouriê h draigies ai sai nike : Uns !
qu'a m'ai dif t voiqui pour iê.
LURON. Ce mot a signifié buvekau. Lure était le nom
de la louve et lurette celui d'une petite louve,
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iS4
En patois du Morvan iure y turiau signifient bélier. On a
appliqué ce mot à un jeune homme fort et bardL Cette
dernière acception est seule usitée dans les environs de
Beamie.
LUZOTTE. Petite lumière, et, par extension, petite
lampe, fa if mis ie ne voirai ais$t\ diair pour coudre, d'évou
eune lu^pile quemant c'tê-qui F
Cest aussi le nom patois du ver luisant. Les Italiens
disent luciola 4
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M
ACHURER. Noircir, barbouiller. Al a$t ma*
churé quemant an ramona. Le roman de Garin
le loherain renferme le mot masatrcr.
MACHURON. Forgeron. Voici trois couplets d'un
Noël inédit, en patois de Gémeaux.
Leucifeâ croyô bé teni
Teujô le monde dan son gri
El ai brunchë
Don déine,
Dans sai chanson
Don don.
Eine fânne el aivô trompai
Eine aôhtre l'ai bé-n-aitraippé
En le mettan
Don déine
Dzéeuh son taohlon
Don don.
El ai bai-n-ai gréinçai lé dan
Ç'â qu' man si è préignoi du van
Dari sai grèihfe
Don déine,
De machuron
Don don.
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, 5 6
MAI. Branche d'arbre, ornée de rubans et de fleurs,
placée le i cr mai devant la porte d'une jeune fille, par les
garçons du village. Ce mot est accepté par l'Académie :
je lui donne place dans ce dictionnaire pour avoir l'occa-
sion de relater certains usages bourguignons qui disparais-
sent rapidement* Voici d'abord une page charmame, écrite
par M. Bavard dans son Histoire de Vohiay :
ce Le premier dimanche de mai ramenait, parmi nos
ancêtres une fête plus calme. Daus la soirée, après les
offices divin s, ou voyait se dérouler daus les mes un long
cortège de petites filles, aux visages frais et épanouis com-
me les rieurs du printemps : elles conduisaient l'épousée du
mois de Mai, C'était une enfant de cinq a six ans, belle et
ingénue comme on Test A cet âge. Sa blonde chevelure
était couronnée des rieurs du pommier et de l'aubépine.
Sa poitrine portait un bouquet de marguerites et de roses.
Sa robe blanche était couverte de rubans et de dentelles. »
«Cette troupe était joyeuse comme les hirondelles;
elle chantait comme les fauvettes, S arrêtant au seuil de
chaque maison, elle redisait une ballade dont voici le
refrain : »
* Parfaite santé et bonne année.
Etrennez-nous notre épousée.
Voici que vient le mois de Mai
Ouvrez la porte s'il vous plait. »
ce Cette fête, instituée pour saluer le retour des fleurs et
des beaux jours, a cessé en 1840.'»
Le seul souvenir qui nous reste de Vépousèe du mois de
Mai est une ronde dont on ne connaît plus l'origine :
Ai lui grande ranchée
Qui promène l'épousée
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157
Te ut du long du paradis :
Boquc iqui, boque là-bas
Cheoit dans Fia.
Dans le canton de Flavigny, les amoureux apportent
pendant la naît, devant la fenêtre de leur préférée, une
grosse branche de charme. Les habitants du Jura se ser-
vent d'un jeune sapin.
Chaque arbre était l'emblème d'une qualité ou d'un dé-
faut, Il y en avait pour l'amour timide et pour l'amour
partagé. Le sureao témoignait le dégoût pour celle qui se
livre, l'aubépine signifiait refroidissement ei le noisetier
rendez- vous. Le bouleau était synonyme de virginité et
c'était un grand honneur pour une jeune fille que d'appor-
ter à son mari quelques fagots de ces branches, religieu-
sement conservées, Le cerisier fleuri indiquait le relâche-
ment ; le saule, la coquetterie; le houx, l'abandon h La
malignité a sa part dans cette fête du printemps : ou donne
un fagot d'épines aux vieilles filles et une botte de foin à
celles qui se conduisent mal.
Relatons ici deux coutumes bien poétiques, Lorsqu'une
jeune fille mourait pendant le mois de mai, ses compagnes,
au retour de l'enterrement, se mettaient à danser jusqu'à
minuit : les amies de la défunte attendaient en pleurant
que les garçons viennent les inviter. On célébrait ainsi les
noces de la jeune fille avec le ciel.
Dans certains pays, les filles du village assistaient aux
processions avec un voile blanc et un cierge allumé. Celle
dont la conduite était mauvaise n'avait plus le droit de
porter le voile et son flambeau renversé était suspendu
aux voûtes de l'église comme un é pou vantail. C'est pres-
que la légende des vierges-folles.
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i 5 8
Dans la Champagne les petites épousées du mois de
mai portent le nom de tri maudites.
Voici un couplet d'une ronde que Ton chantait encore,
il y a une trentaine d'années, dans le canton de Saint-
Jean-de-Losne ;
C'est le mois de mai, c'est le mois des fleurs
Où toutes les jeunes filles
Trouveront des épouseurs.
Aimez- moi, ma bru nette
Almez-moï d*un grand cœur.
Nous venons de faire une excursion en dehors du pays
beau 11 ois : les lecteurs nous pardonneront ce voyage, mo-
tivé par le désir de conserver, au moins par le livre , le
souvenir de nos traditions populaires.
MAÏE et nmyou. Cest le pétrin dans lequel on réduit
h farine en pâte. C'est aussi la plate-forme du pressoir, sur
laquelle les raisins sont massés,
MAN1EN. Etameur, chaudronnier ambulant, Veus ne
aoirins pas qne c peîwl ébècUh ai passé tente sai jortiée ai re-
garder ks mamens.
Les Berrichons disent tftinton et les Bretons rnannonner.
Racine munît s : main.
MARES, Pièces de bois équarries et munies d'une sorte
de poignée, pour aplatir les raisins mis en tas sur le pres-
soir. Vâbrot, grosse pièce de bois fixée à îa vis, vient
appuyer sur les mares,
On donne aussi le nom de mares aux chantiers en bois
destinés a supporter les tonneaux dans les caves. Ledimi-
i
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*59
nutif merrain, s'applique aux bois fendus ou sciés avec
lesquels on fabrique les doueîîes des futailles.
Ce mot n'a aucun rapport avec le marc du raisin, qui
dérive du latin marcere.
MARGUILLER. Jeu d'enfant. Chacun des joueurs pos-
sède trois pions qu'il fait manœuvrer sur une figure géo-
métrique carrée remplie de lignes croisées obliquement.
On disait autrefois méreîlier : les pions ou merçllcs étaient
avancés sur ces lignes suivant certaines régies :
Giens de tables et d'eschequiers
De boulles et de mérelliers.
MARSAULE. Bois blanc et flexible d'essence forestière.
Voici une nomenclature donnée, en 1533, dans un édit
relatif aux droits des usagers : «le mort bois est le bois
de saux, le mortsaux, espines, pruines, seurs, genêts et
genévre, et non autres. »
MATE. Se dit d'une étoffe légèrement mouillée : c'est
le synonyme de moite.
Dans quelques villages, lorsqu'on a été trempé par la
pluie, on dit : i sens mate. Cela est certes moins étrange
que dire comme les bonne gins d'Avesnes-sur-Helpe : je
suis tout crû.
MÉCHIN et Méquin. Personne maladive et de mauvaise
mine. Ast-ce que t'es melaide : t'ai l'air teut mêquhi.
On voit dans les fragments de Garin-le-Loherain, pu-
bliés par M. Meyer :
Et li rois est meschins, sel servirons assés.
Au Moyen-âge, on disait méhaing, méhaigné et nmhain*
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i6o
Faillies et vieux et méhaignez
Par qui pains ne sont pins gaingnez.
(Roman de la Rose,)
La Dance aux aveugles, poème bourguignon du xv* siè-
cle, emploie ce mot comme substantif avec le sens de
blessure, incommodité*
Je trouve dans le Livre des vertus et des vices : « qu'il est
aussy comme il méhuignes qui gist au portail du mostier.n
Une pièce de poësie de la même époque contient ces mots :
ce entor H furent li vieil et li meschin. »
M. Francisque Michel, dans son dictionnaire d'argot,
attribue au mot mkhi le sens de malheur : c'est presque
le vieux français méchief.
MÉCHINE. Jeune fille, servante, faîvoiu un valût pour
Us beux et eu ne m échine pour teni Jai ma son.
Etant donnée la ressemblance de ce mot avec le précé-
dent, je ne puis comprendre qu'il ait un sens si différent.
La demoiselle, une meschine,
A tout coiement assenée.
On voit dans les ordonnances des médecins de Douai,
datées de 1422 : «sur les femmes mariées, Mlles ou mes-
kines qui mésuseront de leur corps, le roi pourra prendre
à son profflt le mantel ou capprom » (Trésor judiciaire de
Charles Desmazes.)
Un joli conte du xiii u siècle, duaissin et *H>icoîetU\ em-
ploie ce mot au diminutif :
Mescinette o le cuer franc,
Cors a gent et avenant,
Le poil blont et les dens blans.
!
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i6i
Les vers suivants sont extraits des Chroniques belges iné-
dites (Bruxelles 1873.) Ils font partie d'un poëme intitulé
ce les amours du duc d'Orlians et de la royne. »
Souvent devers le bois regarde
Au retour, et point ne se tarde
De souspirer pour la meschine,
Oncques Rémon pour Mélusine.
MÉDIOT. Milieu du jour. Sonner le mêdioi, c'est sonner
l'angelus de'midi. — Repos du midi,aprés lequel le vigneron
fait un somme en été. A dreume de son mêdht est syno-
nyme de : il fait sa méridienne.
MEILLE. Ld mëille est une pioche à long bec recourbé ;
on l'appelle dans le nord une rasette. L'Académie écrit
mègle.
MEIX. Clos tenant à l'habitation. I sens aillé dans not 1
tneix cuyer des peîches. Ce mot paraît venir du latin mansus
et du verbe maneo _: j'habite ; il a formé de nombreuses
appellations locales et de lieuxdits : meix Dumnà y meix
Porron, meix à Gote y meix Laurent,
Dans quelques pays, on dit mas. Les noms propres
Dumas et Dum^ix n'ont pas d'autre origine.
MENER LAI FEITE. Faire de la musique a la tête d'un
cortège. Les anciennes confréries étaient précédées d'un
meneitrè qui menot laifeîte. Dans la vallée de la Saône, les
noces de villages sont précédées d'un tambour et d'un
fifre dont les airs primitifs ne manquent pas d'originalité.
Au Moyen-âge ceux qui récitaient les chansons de geste
étaient appelés meneurs : c'est presque l'ancien mot ménes-
trel. Guillaume de Vitry a dit :
12
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i6a
Qui, moy, le moindre des meneurs,
Enfant non sachant et novice.
Ou disait également mtuer lai danse. Un poète du xvi°
siècle, le maçonnais Pierre Bouton, a écrit dans un de ses
sonnets :
Vous qui au bord de la Saône argentée
Qui de cent plis s'écoule lentement
Faites au soir compasser mollement
Le bal égal d'une danse menée,
Ceci me rappelle le couplet d'une de nos chansons de
l'Auxois :
IL ME PRIT PAR MA MAIN BLANCHE
Il me prit par ma main blanche,
Dardario T bristico
Dar dar dar et var var vo ;
Il me prit par ma main blanche
Tristi fricote
Et nie menii danser.
Voici une histoire de ménétrier qui a bien souvent été
racontée pendant les longues soirées d'hiver,
ce An y évot eu ne (ois un uieueitré de Saint- Aubin que
s'en revenot de juc eunc noce ai Baubigney. A s'egairit
pendant lai ncut su les chaumes, vez lai combe de Nar-
vaux, lévou qu'an tint le sabbat. A rebeuillot ben les uillots
en viant au quiar de lai leune les fées que menint ]o baî
su les loppes. Vous saivez ben, mes enfants, qu'an voit
tôjors su l'harbe les ronds que ces fées pigeant d'évou îos
petits pieds. »
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]6^
« Teut ai fait épanté, note houme se sauvit en retor-
nant lai teite pour saivar si a ne li corint pas d'éprcis. À
dévallit un larré; mas vôiqui qu'a vit se drosser vez lu
eun grand hourame monté su eun chevau nain — Mon
aimi, qu'ai y dit l'cavayer, si te veux veni iqui demain à
seir, ai maint-neut, i te beillerai eun trésor. Le paur' me-
neitré fit lai promesse qu'a revinrot ; a demandit son chenil
et pus a retornit ai Saint-Aubin. »
« Deis le potron minet, a s'en fut trouver le prcîte
pour li conter son aiffàre. — Si t'ai jeuré, an faut y retor-
ner, li ditmossieu le curé,mas t'empourterai de Tia bénite,
A partit don d'évou sai phiôle, et peus, quand Tcavayer
s'epprochit de lu, le musicien, tôt éfarfanté,fit le signe de
lai croix en li jetant son iâ bénite ai lai teite. Ulioumme
et lai beîte s'enfoncirent dans lai tiârre ! Ç'ast dépeu ce
temps qui, mes enfants, qu'an aippeulle l'endroit lai-
combe d'enfar ! x>
MENNEVEAU. Une poignée, ce qui peut tenir dâûs la
main. Du latin manus. Spécialement : poignée de tiges de
chanvre liées en paquet. Comben que veus e\ iillè de memte-
vias de chenôve hier à seir ?
Les Flamands appellent manove le bout du fil par lequel
on finit un écheveau et que Ton tourne en ligature.
MENUSER. Couper en petits morceaux. Dêpouâcbc-fai
de menuser de lai corge.
MEURE, anciennement muyre. Eau salée qu'on retire
des puits de Salins. Tai soupe ast sailée quemant de lai
meure. En français : saumure.
Certaines abbayes et même certains particuliers de la
Bourgogne touchaient annuellement des buillous de muyre.
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- 1
L'abbesse de Belvaux devait XIV sols estevenanls au tré-
sorier de Salins, tr pour sa peine de délivrer en sel au lieu
de délivrer en rrju\Te. #
MEUREIRE. Coffre rempli de bouffe et de menues
pailles, dans lequel on faisait mûrir les fruits d'hiver. Par
e\tensiot? s provision de pommes, de rxfles, de poires, de
noix.., et même provision d'argent. Quand ton parrain
serai mort, ç'ast ioi qu'hériterai de sai msureire.
MEURGER et murger. On devrait peut-être écrire
mur jet. C'est une sorte de rempart, de mur â sec, sur
lequel on jette les pierres des vignes ou des champs. Ce
mot est aussi usité dansleMorvan ï un écrivain de Châ-
teau-Chinon fait venir « meurgcr;> de mercurii agger et le
consacre au protecteur des chemins et du commerce.
MEUSSE, Honteux, pris en faute. Du vieux verbe se
musser, se cacher. On dit encore dans les environs de
Iîeaune : ce lieuvre s'asl emeitssc.
Christine de Pisan, a écrit dans sa Cité des dames :
Si ton crime est secret au monde
Si n'est-il pas ù Dieu musse.
Le je ti de cache-cache s'appelle en Bourgogne cakbemu •
cbe, Muche est l'aspiration de « musse ».
MEUZIAS et Méietutx, Ladres et lépreux. La léprose-
rie deBcaune était souvent appelée a maladrcrie cz me-
zeaux. j)
Il était interdit aux lépreux de boire aux puits et aux
fontaines publiques. On leur désignait de petites sources :
le village de Bouze avait la fontaine des La tares, et celui
de Chorey, la fontaine des DvCeit%îâs.
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m
MICHE, michoik. Pain rond et plein qui a beaucoup de
mie, mica, par opposition aux couronms^ flûtes et crois-
sants, qui n'ont que de la croûte*
On a proposé plusieurs étymologies : le grec [juxpw ,
petit, le latin moâicus panis et l'adjectif mislus 7 mélangé,
parce que, a-t-on dit, la miche villageoise est un mélange
de froment, d'orge et de seigle* Quoiqu'il en soit, le mot
est ancien ; on lit dans les poésies de Villon :
Peu m'a duré petite miche,
Et de froide eau tout un été.
Un gomichot est un gâteau grossier fait avec la raclure
de la maie additionnée d'un peu de saindoux. A S 1 . Mar-
ti u- dès-Champs (Yonne) on célèbre chaque année la fête
des gâmkbom.
MIGNOT. Enfant caressant. L'Académie rejette cette
expression et admet le verbe mignokr, qui en dérive. Un
trouvère du XIII^ siècle a écrit :
Vien ça si me vièle
Ta muse en chantant
Fort mignotement.
Georges Chastellain a appliqué ce mot à Pierre de Bauf-
fremont, comte de Charny, mari de Jeanne de Pomart et
en secondes noces de Marie, fille naturelle de Phîïippe-le-
Bon :
ce Et toî, Charny, chevalier de haut nom, riche pare-
ment en cour de prince, l'ancien quéreur des gloires che-
valeresques, le cou voit des seigneurs et le mignot des
dames, »
Pour exprimer Tîdée de mignot et d'enfant gâté, les bon-
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i66
nés gens du Cambrésis ont l'expression pittoresque de
cal ouaté : chat ëlcvt: dans la ouate.
On a dit que le mot mignardise venait du peintre
Miguard : je crois plutôt que c'est une forme de notre
ancien substantif mignolise employé dans une pièce de vers
relative à la fondation de la Chartreuse de Beaunc, faite
par le duc Eudes IV en 1332 :
La maure
N'offre pas grande mignotise
Mais oeuvre pleine et bien assise;
Car la religieuse vie
Qui bien aymer se estudie,
Son ami quiert. De pins n ! a cure
N'a point tte soûlas en pincture
S'en babouins, n'en taîllcure,
[\\ Mùmi)
M1LLIOT. Paquet de linge et de bardes destiné au
lavage. A rapprocher de maillot, linge d'enfant.
MINABLE (Avoir l'air). C est ressembler à un men-
diant ; c'est avoir mauvaise mine.
MINON. Fleur mâle du noyer et du noisetier, a
cause de sa ressemblance avec un petit chat, appelé éga-
lement mhion. Eu bas-breton le mot mignon signifie ami ;
dans le patoîs du Nord, minon est synonyme de fourrure.
Je crois que cette dernière acception est la plus ancienne
et qu'elle a forme le verbe mignoter et le substantif migîiot
(v. ce mot).
S/Gn&ttj petit chat. Mi m ion a cr, crier à ou cernent.
Et n't^ust esté que sa vois
Mîmionna plusieurs fois.
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167
Au terme qu'il de voit naistre> m
On ne Tetist puu recognoistre.
(Les Touclvs de Tabou rot,)
MITÀN. Moitié ou milieu. Al ai élé jeuquau mitan du
bas. Les Francs-Comtois disent moihml et les Allemands,
« mittag j>, Cette dernière forme si rapprochée de la nôtre
pourrait taire supposer que ce mot est d'origine hurgonde,
MITON-MITAINE. (Onguent). Remède inorTensif,
mais inutile. Au figure, tout expédient qui ne sert a rien.
En réalité, c'est un emplâtre de pain mitonné.
MOLIN-MOLOT. Synonyme patois àzpêk-mêk. Ce der-
nier mot a été l'objet de recherches étymologiques. L'ori-
gine mêler à la- pelle est généralement admise : je me per-
mets d'en émettre une autre qui paraît assez rationnelle.
Le jeu du paîl-maû était très usité dans les Flandres : on
le jouait avec un palet, palltts^ nn maillet, nmïïcns et des
quilles, et Ton criait ^at/-wû/7 à certain coup qui les ren-
versait toutes*
Un aveu et dénombrement de la terre des Rochers, qui
appartenait à Madame de Se vigne, nous apprend qu'il y
avait au château et un jeu de pall mail au long de la
grande chesnayc.w*
Dans plusieurs villes de notre région, le nom de mail
est donné à une promenade emplantée d'arbres.
Le matî était l'ancien jeu des Seurroïs, comme les 'Bât-
ies étaient le champ d'exercices de nos arquebusiers beau-
noîs,
MOLOT, Lieu dit de la commune de Savigny, situe
prés de la V;OÏe romaine.
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i68
^ Les nombreuses explorations et les longues recherches
auxquelles je nie suis livre depuis un demi siècle, m'ont
donné la certitude que le radical mol, entré en composi-
tion dans les noms géographiques , indique la présence
d'un chemin pavé. C'est le latin moles que le langage ma-
ritime a conservé.
Dans notre région bourguignonne, Moloy, Molphey,
Crimolois, Molay, Molamboz, sont placés sur des voies
romaines. La voie de la mole pierre vient de Mavilly a
Beau ne en traversant le polyandre de Bouze ; il paraît
certain que ce mole était en pierres, c'est-à-dire pavé,
La racine mol appliquée aux chemins romains dans le
centre de la France, correspond aux Slrêe, Slratum, qui a
formé les noms de beaucoup de villages du Nord et de la
Belgique.
Il ne faut pas prendre tous les mol pour des voies ro-
maines. Mol mot dérive évidemment de moulin. Un sim-
ple coup d'œil topographique suffira pour faire la distinc-
tion.
MOUFLE, Sorte de gant en laine ou en peau ■ fourrée.
Ce mot ne serait-il pas une forme de mifoujk, qui avait
autrefois le même sens et d'où est venu le verbe emmi-
toufler.
Nous avons aussi en Bourgogne l'adjectif miiH/tof, cruud,
doux au toucher. Te choisirai eune miche de pain frais ben
mou flotte,
MOÛTELLE; Petit poisson sans écailles très commun
dans les ruisseaux de la Bourgogne, Ce mot paraît venir
du latin mustela. Entre la moût elle et la belette, il y a
cette ressemblance que toutes deux s'échappent dans de
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i6g
petits trous, et s'échappent des mains qui tentent de la
saisir et se mussent entre les caillons des ruisseaux.
Dans les environs de Beaune, on appelle les haricots
des moutelks de Penutnd. Ce village, dont le terrain est
sec et pierreux, n'a pas de poissons. On y trouve peu de
moutclles, mais beaucoup de haricots,
MUSIN. Flâneur, homme qui s'amuse. Muser, perdre
son temps. Un poète du XIV e siècle, Eustache Deschamps,
a joué sur ce mot dans un de ses rondeaux :
Je ne vueil plus à vous, dame, muser ;
Vous pourrez bien querir d'auitrumusart,
Tart m'aperçois qu'on m'a fait amuser
Je ne vueil plus à vous, dîme, muser.
Ne plus n espère en vous mon temps user,
Quant d'esprtvïer sçavez faire: musart
Je ne vu cil plus ù vous, dame, muser,
Le nom de a Musin» donné a la rivière de Nuits, ne peut
avoir aucun rapport avec le mot qui nous occupe. Cette
rivière, aussi bien que la Meuse, ne coule pas lentement.
Quant à l'étymologie poétique qui lui donne les Muscs
pour marraines, elle ne paraît pas sérieuse.
**ei^*
12*
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_
N
iÀSER, Se dit du chanvre que 1 on fait rouir.
Par extension : mouiller. 1 sens nasê des pieds ai
i lai îeîte.
Un uàsoir, en patois nâsou, est un creux d'eau destiné
au rouissage. On appelle twue y la partie d'un toit où se
réunissent les eaux pluviales.
Ce mot est d'origine germanique : en allemand naessen
signifie mouiller.
NEILLE, Aileron de l'amande d'une noix, On dît
aussi tmtillort. Ces mois me paraissent dériver denucellus,
petite noix,
NENNI. Se prononce nain-ni et nan-vî dans le patois
bourguignon. Au moyen-àge, on écrivait nanyL
Je trouve ce mot dans un manuscrit du XIII* siècle
analysé par M* Paulin Paris, w Et lui deablez dist a Hve
que tiatiyl vous ne morrez pas, mais serez corne Dieus
sachants bien et mal. »
NEUSILLE. Synonyme patois de noisette. Le dicton
casse-mie ^ casse-croûte, casse- ueusille était jadis fort usité
dans le pays beaunois. C'était, à ce qu'il semble, une
grosse injure. On connaît l'invasion de la Bourgogne faite
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I 7 2
par les reîtres allemands dans Tannée 1576. Le principal
corps d'armée vint assiéger Nuits, sous les ordres de Jean
Casimir, duc des Deux- Ponts. Il paraît qu'un patriote
nuiton, dont les descendants existent encore, lança au
commandant cette apostrophe qui faisait une sorte d'allu-
sion à son nom de Casimir : « Casse-mie, casse-croûte,
casse-neuzilles ! » A cette grave insulte, le duc des Deux-
Ponts ordonna le pillage et l'incendie de la ville. ( V. Bi-
got et Nôyotte).
NEUSILLOTTE Oseille. Vai-t-vitement dans le corhl,
cuyer (cueillir) de lai neusillolte pour fâre lai soupe. On
devrait dire eusillotte, diminutif d'oseille.
NIAQUE. Morve. Sérosité qui s'écoule du nez. Nia-
quoux, qui a le nez malpropre. %eniaquer, éternuer. Foi-
qui eune fomtne que n'ai gueîre de soin : en teut temps ses
p f tiots sont niaquoux.
On admet généralement que ces mots dérivent de nasus,
nez.
Nique et nuque, ne signifient pas seulement le derrière
de la tête, l'articulation du cou, mais encore la racine du
ne\. Une lettre de rémission, citée par du Gange, porte
que « le suppliant atteigny icellui entre la nusque du ne\
et l'œil, » Faire la nique à quelqu'un, c'est lui faire « un
pied de nez » en mettant le pouce sur la nique du nez et
en allongeant toute la main. Pour renforcer ce geste de
mépris on ajoute ordinairement : tins ! regarde-don que-
ment j'ai lene%fait(V. Niquet.*)
A Valenciennes, on dit de la nase.
NIAU. Œuf placé dans l'endroit où Ton veut faire pon-
dre les poules. On l'a dérivé du latin nihil, mais il pour-
rait venir de nid.
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"73
NICOT. Jean Nicot était un perruquier de Beaune,
qui vivait au commencement de ce siècle Je lui donne une
place dans ce dictionnaire, pour a% r oir l'occasion de citer
une chanson beaunoïse populaire, dont le souvenir est à
peu prés oublie :
CHANSON
Composée pendant le séjour à Beaune des prisonniers
Espagnols
Chez Jean Nicot pour le présent y a trois jolies fil) es É â)
La plus jeune ne boude pas,
Ut, sî, ut, la, ré, mi, fa, sol, la ?
La plus jeune ne boude pas
Quand on lui pari' de ses appas,
Q.uand les Espagnols vont la voir, son petit coeur soupire.
— Qu'avez-vous belle â soupirer
Ut, si, ut, la, ré, mi, fa, sol, la.
Qu'avez-vous belle à soupirer
N'avez- vous pas mes anutiés.
Monsieur, si j'ai vos amitiés j'en suis fort bien la dupe,
Vous avez aussi mes appas,
Ut, si, ut, la, ré, mi, fa, sol, la,
Vous avea aussi mes appas,
Pourquoi ne m'épousez -vous pas ?
Pour t s épouser je ne puis pas, ma charmante brunette ;
Mon capital n T ne le veut pas,
Ut, si, ut, la, ré, mi, fa, sol, la,
Mon capitain 1 ne le veut pas.
Je le jure et tu me croiras.
Je donnerai pour le présent, quatre aunes de dentelle,
Avec quoi tu en garniras,
O^Jean Nicot, coiffeur, avait trois demoiselle».
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*74
Ut> si, utj la, ré, rai, fa, sol, ta,
Avec quoi tu en garniras,
Le petit poupon qui viendra.
Monsieur, gardez vos compliments, aussi vutrt; dcntdle,
La vlïlu nous en fournira,
Ut, si, ut, la, ré, mi, fa, sol, la,
La ville nous eu fournira,
Pour le p T tit poupon qui viendra.
NIQUET\ Mouvement de la tête. Une personne qui
s'endort étant assise fait U niquet. a Faire le niquet »
c'est envoyer de loin un bonjour amical. II s'agit ici, bien
évidemment, de la nuque du cou* et non pas de la uusque
du Mt* dont nous avons parlé. (T niaque).
Dans la seconde acception, on dit familièrement en par-
1 a D t d 1 u n cou vale se e nt : ai i airo jeu ré q u 'a l ai l loi meri, nia
al ai fait lui nique ai Sailatt* Un ancien proverbe dit aussi :
Les maux terminés en ique
Font aux médecins la nique,
NONOTS et nènets. Mamelles de la femme. Cest l'o-
nomatopée d'un enfant qui commence i balbutier Une
nain-nain est une nourrice,
Nan-nau, est le cri d'un bébé qui voit et qui désire sa
nourriture. En Bourgogne, on applique ce mal imrntn à un
met savuureux et à la viande. A Paris du iwiian, c'est du
bonbon.
NOYOTTE, noisette. Ce mot est usité dans la mon-
tagne, les gens delà plaine disent veusilïe. |V. ce mot)»
Ai lai Sainte Madeleine
Lai nâyottc ast pleine \
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J7S
Ai lai Saint Laurent
An r T garde dedans.
Les noisettes me rappellent une vieille sauteuse de
TAuxols. Je me hàtc de la transcrire ici ; la jeune généra-
tion ne la connaît plus, même à Pouilly.
LORSQUE J'AIVIONS DES NOISETTES
Lorsque j ' aï v ions des noisettes i
Les amants venint chez nos. y
Maintenant qu J i n'y en a plus
Des noisettes, des noisettes,
Maintenant qu'i n'y en a plus,
Les amants n'y venont plus»
Dedans le lit que je couche
On dit qu'i n'y a point de draps I
Moi je dis qu'il y en a,
Des couvertes, des couvertes,
Moi je dis qu'il y en a,
Dts couvertes et puis des draps.
J'ai trempe lai soupe a, jeune }
J'ai laissé c* téquitte a vieux ;
Et pour moi, j'eîme mieux
Un jeune aimoureux, mai meîre,
Et pour moi j'eîme mieux
Un jeune aimoureux qu'un vieux,
NUN. Personne. *An ny ûi uuu if uns lai niàsûn* Du
latin nu Uns ou nec un us.
<*fgL
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■^ ■ ^
o
EUVRE, Ecorce de chanvre qui vient d'être
j ouvrée, travaillée, peignée pur les for faux. On
» la divise en paquets noués appelés poupées,
puis on l'enroule sur la quenouille au moment de la filer.
On dit figurément «avoir de l'œuvre à sa que-
nouille 3> cela signifie : avoir beaucoup de travail et de
responsabilité, erre encore loin du repos, D'êvou ses chis
(sis) enfants al ai ben de Vœuvre dans sai queuotlU,
O GUIGNE et oquigne. Mauvais cheval, maigre et vieux.
On disait autrefois un: oquète. Pierre Clémencet, qui fut
maire de Beaune, écrivait en 1474 : je nai qu'une petite
oquète qui n'est que pour aller à l'eu tour de cette ville.
Ce serait peut-être le cas de placer ici une profonde
dissertation, sur le nom donné à sou bidet par Monsieur
le maire de Beaune, et de le faire venir en ligne droite de
l'un des rares mots gaulois qui nous sont parvenus. Sui-
vant l'interprétation d'un savant belge, le mot ucuete, de
la célèbre inscription d'Alise, est le synonyme du latin
eques et signifie cavalier. L'ouvrage de M. l'avocat Serrure
est peu connu, et je crois utile de placer ici la traduction
qu'il donne de notre fameux MARTIÀLIS,
« Martiaiîs Danotali vovit, eques socium gallïcanorum,
iS
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178
adhuc caput bis ducentorum equitum in Alisia. » Cette
explication me parait plus satisfaisante que toutes celles
qui ont été proposées.
Le maire de Beaune ne se doutait pas de l'importance de
son oquète.
OISEAU. Petite caisse de bois, munie d'une poignée,
sur laquelle on balaie les ordures et les chenis. Auge por-
tative en bois, dans laquelle les maçons placent le mor-
tier.
On devrait écrire et prononcer aiseau, car le mot ais
(planche) a formé ce substantif. On trouve, dans un inven-
taire du mobilier épiscopal d'Arras, dressé en 1322 : unam
aixcUam. Ce meuble, placé dans un cellier, avec d'autres
objets de ménage, me paraît Être un oiseau.
OLIBRIUS. Terme de mépris, appliqué à un homme
extravagant. Dans la sombre tragédie du Martyr de Sainte-
l^ine^ Olibrius, gouverneur romain d'Alise, avait sa rési-
dence au château de Grignon : il ordonna le supplice et
la mort de cette vierge courageuse qui repoussait son
amour.
ORDON . Rang de ceps de vigne, travail en ligne droite
d'un vigneron, d'un vendangeur ou d'un laboureur. Tache
que Ton impose à un ouvrier, ou que l'on s'impose à
soi-même.
Figuré/ment ' a n'ast pas au bout de son ordon. Ce dicton
est synonyme de al ai ben de V œuvre dans sai quenouille.
Aimé Piron a écrit :
Un chacun menne son ordon
Comme ai l'entend.
ce qui revient à ceci : comme on fait son lit on se couche.
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i 7 9
OUBLIE et oblie. Pâtisserie sucrée très mince et très
légère : ou la fait cuire dans un petit gaufrier circulaire au
sortir duquel on la roule en cornet. Du latin oblisus,
écrasé.
Dans notre bonne ville de Beaune, on était très ama-
teur de cette friandise, et l'on peut voir au musée de
l'Hôtel-Dieu, un fer à oublies, reproduisant les armoiries
et la de vise de Philippe le Bon. Je me souviens d'avoir
vu* dans mon enfance, un vieil oblieur* le pere Perrotte,
qui se tenait aux petites huttes et au jardin anglais, alors
nouvellement planté. Il me semble encore ouïr le tic-tac
de sa cliquette métallique, et voir briller la grande boîte
verte de cet honnête industriel qui a fait la joie des jeu-
nes générations de l'Empire, de la Restauration , et même
du règne de Louis-Philippe,
OUCHE. Prairie ou jardin clos de haies. Ce mot est
usité dans le Morvan et dans tout l'Auxois : dans les en-
virons de Beaunc on emploie les termes dos ou meix.
On pourrait trouver l'origine de cette appellation dans le
latin oseîthwi, petite ouverture. On pénétre dans les ou-
ches par une ouverture, pratiquée dans la haie et fermée
par une simple barrière.
Le latin du moyen-âge traduisait ce mot par oka et
oschia,
OURISE. Ouragan, orage, Cemot est employé dans le
village de Thoisy-h-Berchére,
OUSTEAU, {V.Huis).
OUVRÉE de vigne. Cette mesure agraire, contenait
quatre ares vingt-huit centiares. On disait autrefois œu-
vrie. C'est en effet l'oeuvre d'un homme travaillant toute
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i8n
une journée. Les Angevins disent, dans le même sens,
une hommée.
Un journal de terre était la quantité qu'un cultivateur
pouvait labourer dans sa journée ; sa contenance était de
trente-quatre ares vingt-huit centiares. Le docte Sau-
maise a écrit : <* 'Diurnak mensuram agri quœ nno die
posset arari, »
Dans tes chartes latines du moyen-àge, l'outrée est dési-
gnée sous le nom d*operata> ( V. sûilttre ).
OUZERAN et ou^ereau. Cest le synonyme patois d'o-
sier. On appelle ironiquement kih d'on^tran, un enfant
dont la tête malpropre est couverte de cheveux hérissés.
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■^
JA1R. Lard ou viande cuite. Mai lanie y heitlei-
1 moi don nu petit bout de pair pour maiuger d'évou
Ituon pain. Origine inconnue. Notons que payrol
signifie chaudière, en provençal.
PAIS SE AU et Paissiïi. Support de la vigne, échalas.
fuirons besoin de deux jaivelks de paùsiàs pour fini noi'ordon.
Ce mot me parait venir de paxittus, petit pieu. On a dit
anciennement palisseau. Le mot pal est resté dans le lan-
gage héraldique.
Le terme te pécha n» est usité dans le Haînatilt. Monstrelet
a écrit : « les archiers fichèrent devant eux chacun un peu-
ebon aiguisé des deux bouts, n
PAIX, La partie du porc qui se trouve prés de l 1 épaule.
C'est le paleron décrit dans les livres de cuisine,
PALI, Paiiche. Synonyme patois de Pierre, Pierrette.
PANGNIA, Fainéant, mal vêtu. I ne pouvons pas te gar-
der chei neus. Quai qui fertns d'un grand pangniâ quemaul
toi,
PANOUILLE, Épi de mais dépouillé de ses grains et
destiné à erre brûlé. ^4u n'y ai rau de si commode que les
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piuiouiltes pour aillemer son feu. A rapprocher de panache,
etc. Du latin panicula.
PAPOUTE. Panade ou bouillie pour les nourrissons.
Onomatopée enfantine, comme baba, bobo, dada, maman,
papa, pipi y etc.
PÀTACHKR. Courir à droite et à gauche, jin te Jaut
marcher le ni droit su lai route ; çai ne sert de ran de patacher
queniani ce qui.
Un patachon est un homme que Ton rencontre partout.
Patache était le nom d'une voiture publique et d'une bar-
que de cabotage. On a donné le nom de « patache » aux
premières voitures à service régulier.
Les Dijon nais prononcent patracher.
PATAROUX. Embarras, tourment, remue-ménage.
Au m faut pas ailler voi lai Manette aujed'heu : el ast tente en
pataroux ai cause de lai melaidie de son peîre.
PAUFICHER. Travailler maladroitement. Voiqui unau-
vraige qifast pau fiche, les preux ne sont pas aisseï profonds.
On dit d'un homme qui veut aller trop vite qu'il travaille
à paujhhc, c'est-à-dire à pieu fiché, comme fait un plan-
teur trop pressé.
Dans la Fhndre Wallone, les paufiches étaient des fagots
d'épines formant clôture. Un achat de terrain, fait en 1330
par les drapiers de Liège, à l'effet d'établir des séchoirs,
contient la clause suivante : « doivent li dis mestiers et
leurs tenans détenir à leurs frais les paufichs entur lesdites
wendes, »
PAUILLES et Poyons. Poux. Ne vai pas vèe lu, a te
brillerai des pauilles ; al en ast cousu.
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fr^a^^w^^wy^ ^-^^ '
183
PAULÉE. Petit festin qui termine les longs ouvrages de
la moisson, de la vendange, de la construction d'une mai-
son, aillons, mes enfants, dépouâcbons-nens ife rentrer les jar-
bes devant lai pleue ; ai ce sair, (à ce soir) finms fare eu ne
bonne paulée.
Dans une famille nombreuse, lorsque la dernière fille se
marie, les jeunes gens de la noce grimpent sur le toit et
vont planter, en haut de la cheminée, un gros bouquet en-
rubanné. On fait des libations en arrosant ce bouquet avec
des vins du crû et Ton chante à tue-tête : Sancte PauU^ ora
pro nobis.
Plusieurs opinions ont été émises sur l'origine de cette
expression. Pal, clôture : « faire la paulée » c'était clôturer
son ouvrage, travailler jusqu'à la palissade. M. Joseph
Bard, tout imbu d'hellénisme, dérivait paulec de tiœuXt], re-
pos. Un autre chercheur s'appuie sur le mot paillette :
c'était le nom d'une redevance due au roî par certains offi-
ciers de justice et de finances. Voici une troisième expli-
cation : au Moyen-âge, on appelait patdier celui que le
décimateur chargeait d'aller lever la diurne eu nature ; il
était porteur d'un pal terminé par une petite fourche en
fer, comptait les gerbes du champ et piquait la dixième,
au nom du seigneur ou du couvent.
Tout cela est bien savant. La dernière définition est sé-
duisante : mais n'est-on pas allé chercher fort loin une
étymologie qu'on avait sous la main. Une pmtlêe est le
contenu d'une poêle : on dit de même une chmuironnêc y
une casserolée, une potée. Or le grand régal des campagnards
était un ragoût, une fricassée de volaille, de lapin ou d'au-
tre viande, cuite rapidement dans la poêle. C'est bien le
sens donné par nos anciens vignerons : nof monsieur, si
j'ons fini demain, vous neus fere\ fâre hî paulée.
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i8 4
PAUTENET et Pautenichon. Homme efféminé qui
s'occupe du ménage et de la cuisine.
PEIREFOU. La coutume dont nous allons parler est
spéciale a la ville de Nuits. Notre ami et collègue, M.
Emile Bergère t, a bien voulu nous donner des détails pré-
cis sur cette fête populaire.
Le jour des Saints-Innocents, on fouettait les petits en-
fants, ou du moins on en faisait le simulacre. C'était évi-
demment ta commémoration du massacre de tous les pre.
mîers nés d'Israël, ordonné par le roi Hérode. Cette
petite fessée leur donnait droit au Teirefou de la fête des
Rois. Qu'était-ce donc que le «Pérefou». Une sorte de
gâteau confectionné parles mères de famille.
(f Après avoir aplati un morceau de pâte sur une lon-
gueur de trente à quarante centimètres, elles essayaient
d'en faire un roi Mage. Les bras, la tête, le corps étaient
dessinés X coups de couteau : les pieds se cachaient dans
une espèce de robe, un triangle de pâte représentait la
coiffure. Avec un dé à coudre, on imitait les bouton-
nières de la robe, puis deux faivieules biainches, lisez :
deux haricots blancs, faisaient deux yeux superbes. Dans
les familles riches, les haricots étaient remplacés par des
anisi ce qui était un grand luxe. Naturellement les en-
fants commençaient par arracher les yeux d'anis du « pé-
refou J) afin de s'en régaler. Chez les pauvres, on s'amu-
sait longtemps avec le roi Mage ; mais lorsque, par mal-
heur, on lui cassait un bras ou une jambe, on s'empressait
de les croquer. Nul gâteau ne semblait aussi bon que
celui-là, »
te Depuis une vingtaine d'années, la coutume du peire-
fou est perdue à Nuits, car il ne faut pas la confondre avec
^
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>8,
le ramichot ou ramichon, petit gâteau salé et légèrement
graissé que Ton fabrique avec les raclures de la meillmt ,
Ces deux choses n'ont point de rapport, à
Le souvenir biblique des rois Mages s 1 est mélangé avec
les réjouissances mondaines du XVI e siècle. Beaune avait
sa fête de Vâne, Dijon possédait la Mère -folk : Nuits vou-
lut avoir son Père-fou. Le bonhomme de pâte était la re-
présentation d'un personnage qui doit avoir figuré dntis
un cortège nuiton.
PELISSE. Lanière de peau, garnie de sa fourrure, que
l'on introduisait dans la partie supérieure des sabots,
pour préserver le coude-pied ; l'extrémité de la pelisse
s'étalait à l'extérieur. Au moyen-âge, les fabricants de
fourrure étaient appelés pelissonniers.
PENEUX et penâs. Synonyme beaunoïs de penaud, Hon-
teux, déconcerté. Al ast peneux quemanluu fomkuXilechches,
on ajoutait mentalement : qu'ai manqué soi fonderie. La fonte
d'une cloche était jadis une opération difficile : elle avait
lieu dans le voisinage de l'église, presque toujours dans
le cimetière. Je me souviens encore d'avoir vu fondre,
par M. Barrard, l'une des cloches de l'église de Saint-
Nicolas de Beaune.
On dit : les penâs de Corpiâ. Notre adjectif signifie pu-
nais aussi bien que peneux : le vilain sobriquet des gens
de Corpeau pourrait même avoir le sens de pâiïgttïit,
pannosuc. (V. ce mot).
PÉTRA, pétrelle. Paysan grossier.
PEUCHOT oup'chot (Un). Une petite quantité — 8aiis$f 4
bei lie-moi don un bout de ton guétia ? Nmn*rti ! tiiYw ai
iléjigueîre. — 1(an qu'un peu chot, pour goûter si a t mt hou.
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_
m
Cette expression pourrait venir de * béchot » t mot pré-
tendu celtique, resté dans plusieurs patois : baichot t en
Picardie ; pakban^ dans la Franche- Comté ; pakhot en
Dauphiné et ff pîtehoun u dans la Provence : tous ces
termes s'appliquent à de jeunes garçons. Les Normands
donnent le rom de piebd a une petite mesure de cidre,
et les Flamands appellent péchùi une petite pièce d'étofte,
un coupon.
PKLTj^iwi/t!. Laid» méchant. Cet adjectif s'emploie
dans le sens propre et dans le sens figuré. / ne veux pas
me mairkr d'évoit lu, al asl trop peut - Te m* ai fait fart
eu ne peu tic besogne.
Le village de Putcaux, près Paris, est appelé aqua pulta,
dans une donation du roi Dagobert. Ce mot figure dans
le roman de CAécmadh, composé au Xin* siècle.
Car piéca c'om dit ce prov^rbt:
De pute racine, pute herbu.
On lit, dans un Noël d'Aimé Pirou :
le peut monstre de mi tu ri;
Qut: tuaudî so sai fesure !
11 ê tune regardure
Qu'a pu peine que lai ne lu
Vers 1420, un habitant dWmbournay fut condamné
pour avoir appelé une femme peutte ribaude, pu la ri-
htiuda, On disait autrefois : avoir put air. Du latin putidu*,
infect,
PHOEBH DOMINE, Cette invocation païenne s'est
conservée jusqu'à nos jours. Avant de distribuer les parts
du gâteau des Rois, le plus jeune enfant de la famille di-
sait : Tb&he domine^ voici pour Je bon Dieu (c'était la part
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-»7
des pauvres "* ; Phœbe domine, voici pour mon grand père ;
Thœbe domine, voici pou r ma tante et a i ris i de su i t e .
Au XVII e siècle, un chanoine de Senlis écrivit un livre
curieux : « Traictez singuliers contre le paganisme du
roy boit et la suppression du Phébé. »
Chez les Romains, on faisait placer sous ja table lui
enfant qui jouait le rôle du Dieu du jour, et qui prenait
successivement dans sa main une part du gâteau. Alors
on consultait cet oracle pour rire, et l'enfant, désignant
une des personnes de la société, lui passait le morceau
qu'il avait à la main
PHOEBO. Jeu d'enfant, qui ressemblait A la cache-
cache. Lorsque les joueurs étaient cachés, le chercheur
criait en marchant : *Phœbo ? et l'un des joueurs répon
dait : non ! — Phœbo ? - non ! — Phœbo ? non ! A
un moment donné, on répondait : si ! Tous les cachés
s'échappaient, et le chercheur essayait de mettre la main
sur l'un d'eux.
Il m'a été impossible de trouver l'origine du mot et de
la chose. Ce jeu, comme celui de l'oie, parait être renou-
velé des Grecs.... ou plutôt des Romains.
PI. C'est encore un jeu d'enfant. Le pi, diminutif de
pieu, est un court morceau de bois aiguisé des deux bouts.
L'un des deux joueurs armé d'un bâtonnet crie : pi \
C'est un mot d'avertissement. Mi ! En frappant sur lune
des pointes et en faisant ainsi sauter le « pi » en l'air.
Alors l'adversaire, également muni d'un bâtonnet, cher-
che à atteindre le pi, et crie margoti ! quand il le frappe.
Ah ! comme les petits s'amusaient, il y a soixante ans.
Maintenant, on ne trouve plus d'enfants : nous sommes
vieux avant l'âge.
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_
ta»
PIAULÉ et pipoïê. Marqué de taches. Ce mot s'appli-
que aux hommes et aux animaux, I a irons un cbet quasi
piaule quemeni un iiopart. — Les Mondes sont preique Unies
piaulèes,
PIGER. Ecraser avec les pieds . Te vas mettre tes mifals
cl monter su le pressoir pour piger les ràsins. Ou dît aussi
piger ta terre? eu plantant de jeunes arbres.
On écrivait autrefois piéger : ce verbe, reste dans le
langage des veneurs, a foi nié piège, instrument qui prend
par les pieds les animaux malfaisants
PIGNOLOT Boutons et fleurs de la twdane, hérissés
de piquants qui Rattachent aux vêtements, et surtout aux
cheveux.
Littéralement, un pignôlot est un petit peigne J'ai en-
tendu un jour, à Mcuilley,une locution assez pittoresque :
Aeouk don quemeni qu'a bredouille, an dirot quà niainge
des pigtidkts. Deux siècles et demi auparavant, le seigneur
des Accords avait dit, dans ses Escraigues ; a Marguerite
la sucrée, avec une voix délicate comme un chardon pi-
gnâlot, commença son conte, >j
En patois wallon, cette fleur est appelée phe-cou (pique-
cul).
PÏLOICHFR, Manger peu et sans appétit. ÎJebe, en
vieux français; signifie langue et lokher est le patois de
lécher. Quand au préfixe pi on a le choix entrevu et poil \
les gens qui pihiebeut ont toujours Tair de chercher des
cheveux dans k ragoût,
Il y a quelque rapport entre piioicher et éplucher, Ce
dernier verbe signifie, dans son sens propre, enlever les
poils ou pluches de certaines étoffes : il est très usité dans
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notre ville, peut-être à cause de nos ancienne;; manufac-
tures de draps, mais il n'a plus actuellement d'autre signi-
fication que celle de peler et de nettoyer des légumes. En
patois du cambra : sis, on dit pluquer.
PITE. Jeune poule. J croi ben que le piton (putois) ai
saigné eu ne de nos pi tes.. C'est peut-être la contraction du
mot petite. Lâpite était, au XVI e siècle, la plus petite des
monnaies de cuivre.
PLAID. Quelques campagnards se servent encore de ce
vieux mot dans les villages arriérés de l'Auxois. Voici un
joli proverbe, extrait des «Matinées Sénonaiseso de l'abbé
Tuest :
Deux femmes font un plaid,
Trois, un grand caquet,
Quatre, un plein marché.
PLATINE. Plaque d'une cheminée enfonteou en pierre
Nos vieilles maisons rurales avaient au fond du foyer upe
platine en bou^ard : c'est le nom d'une pierre provenant
des carrières de Bouze et résistant au feu et à la gelée. On
dit communément d'un bavard : al ai eunc bonne pla-
tine.
PLEUVRE. Pleuvoir. Vai-t-en ben vite raimasstr ks che-
mises qu'an ai mis eboicher, an vai pieuvre. Nous avons le
diminutif pleuviner que Brantôme écrit : phtviner.
PLOT. Gros billot en bois sur lequel on peut s'asseoir,
Ploie, bloc sur lequel les cuisinières hachent les viandes.
On appelait plote, au moyen-âge, le tronc a offrandes
placé dans une église. Dans le martyrologe de Notre-Dame
de Beaune, ce mot est latinisé tnplota.
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POCHOX, Grosse cuiller ronde pour servir la soupe
Dans le nord de la France on dit une <i louche »
POINÇON .Tonneau à mettre le vin. C'était h me-
sure locale pour les liquides 22 S litres). Avant de livrer
ces fûts, les tonneliers devaient les faire poinçonne* aux
armes de la ville. (T. queue).
PORK1RL et perrière. Carrière. Les chartes latines em-
ploient le mot pe initia. Le nom de La Perrière est
commun a beaucoup de villages et de lieux-dits. Ferrie t\
extracteur de pierres, est devenu un nom propre assez fré-
quent. (T. Parmi.)
PORIGUER. Epargner, faire profiter certaines choses.
/ n'ous qtratne Hve de lard pour dix personnes^ porigne, mon
tiiwi*
PQRROX. Pierre, gros cailloux. Ce mot est resté dans
la topogrnpliic locale : le Meix-Porroii y a Gigny, est dans
le voisinage de la voie romaine. Plusieurs monuments
mégalithiques portent le nom de Torrou de ïu fée. (V.
Lo usine), le Perranhoil, a Sainte-Sabine, était peut-être
consacré a "BeUnus.
POU IH, Exclamation de dégoût, très usitée à Beaune
et dans les environs, 'Pouib ! Quelle horreur ! Mon petit
frère pris un crapaud avec ses doigts. Les Bas- Breton s
ont l'adjectif poncif sale ; pougtri veut dire, en wallon,
sentir mauvais.
POUROTÉ. Flan aux po'reaux, J'irons dimmnche ni hti
(elle deNauioux pour mauiger du pourotè{V flan )
POUSSOT ^ Etre en). Précipiter le travail. *N>' Chut
dine se mairie aiprés-demmn : i sens teul en poussai.
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PO UT I S, épotttiï, Purée épaissi.-, pàîà\ T'ai trop fait
y tteùre {cuire) iai viande, Ilust feuteenpûutis. Les mots d t
elle ou aile s'emploient au féminin, en variant presque
dans chaque village.
PREU. Fahe iinpi/, c'est provigner : c'est coucher
un cep de vigne pour le rajeunir et le multiplier. Kn
vieux, français, preu et preufit ont le sens de gain Le lan-
gage bourguignon emploie le verbe profiter dans le sens
de croître, amender.
PROU. Su Eli sain ment. Se mevarse^ pu ai boire 7 i sens
hen qu'i en atprou. Dans le vieux langage français, prou si-
gnifiait beaucoup : c'est dans ce sens que La Fontaine l'a
employé. On lit dans les a Commentaires sur la Ligue g de
M É de Montluc : car H y a prou à en dire et de bien et de maL
N'est-ce pas Du tiaïf qui a écrit ce vers, applicable â
beaucoup de maîtres et à tous les temps ?
Prou nous promettent, peu nous baillent.
Le jovial Tabourot disait : des prou menteurs. La famille
poitevine des Chabot avait une jolie devise : Prou pires,
peu pairs , jmnt plus.
^e*
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^
Q_
SjSj^^UASL'En quelque sorte. La pays;
^©XldePouillv:
sannene sui-
canton de
— Jeanne, quoi çà-t-y qui te fait mau
Çâ don Feston ma.
— Nenni, ci pu bas.
— Çà don dans les jambes.
— Nenni çà pu haut.
— Çâ don su le nonibrï.
— Vous y voiquî quasï,
QUERIR, Chercher, demander : IV ne se prononce pas.
Au moyen-âge les vagabonds étaient appelés pamquéranïî.
Voici la formule de réception pour c< le noble jeu de
Farbalestc ». On sait qu'en Bourgogne, les compagnies
de l'arbalète sont devenues, au XVI e siècle, les Sociétés de
l'arquebuse.
A m y, que vas-tu quérant
Que le très- bien venu soye ?
— Honneur et prix requérant
Si j'y puis trouver la voye.
Sire, je vous prie, par amour,
14
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:
I
î<)4
Que maintenant je puisse estrç t
De votre main et devant tous
Il te convient, se tu veux,
Que si une messe est chantée
Ou plusieurs durant Tannée,
Pour les frères très passez
Que ta part y soit donnée ?
— Je le veuil f sire. Est-ce assez ?
— L'autre vœu ne laisse pas ;
Mets le bien en ta mémoire :
Que si de vie a trespas
Te menait le Roi de gloire,
L'arbaleste, fust-clle <fyvoire,
Dont tu fais Te abattement,
Est nôtre. Ainsi le dois croire ?
— Et je le veuilj par mon serment.
Seigneurs, frères et compagnons
Que chacun de nous fasse fête î
Car un frère nouvel avons
De nostre jeu tant lion este
Des pieds jusques à la teste
Allons nous bouter en mue
Et puis, lavons nostre teste
De vin, pour sa bienvenue.
QUEUCHES. Cuisses, jambes. Iseushhse d'tiivoïr été ai
Eihevarnc ( Echevronne) les qmtiches me puni watt . ( V* Ca-
gnaris et êqueu)*
QUEUE. La plus grande des anciennes mesures pour
les liquides, en particulier pour le vin, î me raippetdk que
les bons vins de Seivigney tie vailhnt que cinq cents francs
hn qtwne, On a fait venir ce mot du latin cupa r coupe. J'ai-
merais mieux adetts, qui désignait une mesure contenant
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vingt amphores, ou quarante urnes, Cela équivaut, d'a-
près Danet, à 480 pintes- Cette contenance se rapproche-
rait de notre queue qui renferme 456 litres. La queue se
divisait en deux poinçons, designés quelquefois sous le
nom de muids et de tonneaux. Le poinçon se subdivisait en
deux feuillettes ou fillettes, contenant chacune neuf septisrs- y
le septier bourguignon était alors de huit pûtes, et cha-
que pinte équivalait à un litre soixante-deux centilitres ;
c'est à peu prés la valeur du pot normand. Le broc n'a ja-
mais eu de contenance déterminée.
Ce dernier mot me rappelle la chanson satyrîque com-
posée contre Philippe Pot, seigneur de la Roche, lorsqu'il
abandonna le parti de Marie de Bourgogne, pour se jeter
entre les bras du roi Louis XI :
Mon père et:;it Pot,
Ma mère étaît broc
Ma grand'mère était pinte.
Nous voyons dans le règlement des métiers de Beaune
qu'il était interdit aux fabricants de tonneaux de se servir
de bois rouge et d'aubier. Il ne fallait point de borsure, d'en-
coignure, de mauvaise façon, de gorge coupée,, et peu ou point
d'artusons. .
La queue était aussi, à ce qu'il semble, une mesure
pour les bois. Un compte, dressé eu 1590, par Guillaume
Bataille, gruyer d'Autun porte cette mention : « pour six
queulheSy du bois qui a été abattu en la dicte forest pour
édiffier les molins de Charolles. n L'orthographe queulhes
justifie Pétymologie que nous avons émise relativement a
culeus .
Ce mot a été écrit coue ; «li coue de vin qui est suzune
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iq6
charrette. , . elle doit six deniers de péage. » En Berry, on
dit une quhuc, et dans le Poitou une cuette.
Cette expression n'a aucun rapport avec la queue, cauda,
d'un animal ou d'un ustensile. Son orthographe est sou-
vent identique, car nous trouvons la mention suivante
dans Inventaire de l'Hôtel-Dieu, dressé en 1501 : « item,
une petite quasse à quehue d'arrain. ))
QUERLAME. Ce mot pittoresque n'est plus guère
usité, si ce n'est dans quelques villages de l'arriêre-côte ;
il signifie crémaillère. Il est écrit cromascle dans le proto-
cole d'un notaire du XV e siècle.
Les Morvandeaux disent quierâme et les Flamands cou-
larme.
QUEURLE. Souche racineuse du chêne ou de tout au-
tre bois, Les queur les fiant un bon feu, mas an faut se beiller
bm de lui pane pour les arraicher et pour les fendre,
QUIÊQUE, quiécot et elèque. Couvercle. On lit dans
l'inventaire de 1501, à l'Hôtel-Dieu de Beaune : « Item.
. Ung aultre gobelet avec son cléque, doré dedans et de-
hors. »
Voici un de nos dictons populaires :
An n'y pas de ch' ti potot
Qui ne trouvet son quiécot.
Ce proverbe patois est analogue à celui que j'ai cité au
mot goret :
An n'y ai pas de guéreillon
Qui n' trouvet son eppéreillon.
En bon français : il n'y a pas de fille si pauvre qu'elle
ne trouve à se marier.
»
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197
QUINION. Gros morceau de pain, taillé en forme de
coin. iÂn dirot qu'ai aï h var solitaire. Foi qui quai ai dévoré
trois quignons de pain et pas al en demande encore. Les vers
suivants sont de Ronsard :
Robiue tira de son sein
Un gros quignon buret de pain,
Qu^lL avait fait de pure avoine.
Les Dijon nais prononcent guigna. La Monnoye pense
que cette expression, usitée en Bourgogne dus Tannée
1424, signifie le cadeau que les parrains font à leurs fil-
leuls. M. Clément Janin, dît que le « quignô» était un
pain aux anis, offert par les boulangers à leurs pratiques.
Je croîs que cet usage nous vient du Hainaut : c< A la pro-
cession et le nuit de Noël à chacun une cuiguoUe seule*
ment, et au souverain eappclaing ij lots de vin et deux
candeilles de cire. » (Provende de rHostelleric de Valcn-
ciennes en 1456).
L'usage des cunioles s'est conservé dans toute la Bel-
gique ; c'est un gâteau de Noël de forme allongée, un
peu fendu dans le sens de sa longueur et orné a son point
central > d'une petite figure de l'Enfant Jésus, en sucre ou
en amidon. Cette coutume me parait remonter aux Gallo-
Romains et rappeler h fête du solstice d'hiver, ou le so-
leil commence i naître.
Ceci expliquerait la forme du gâteau et le nom de cu-
riiok, en Bourgogne quinion, du latin cunus^ ou mieux
cuntolus.
QUINQUE. Nom patois de h cigale. Casi pas facile
de prendre les quinques, al ont dis bons uiîlots ; an faut elfe
atdroit pour les aipprucber.
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iç8
Dans une acception bien différente, le mot quiuqtu est
synonyme Je quinte t de caprice, d'irrégularité. Note rehtge
ai des quinques : a s'airreïte un tfcha et pus a rmtar/he.
QUOIRIE. Rassemblement de personnes qui marchent
les unes derrière les autres. Deux étymologies sont soute-
nables : la première celle de kyrielle, facétieusement dé-
rivée d T uïi chant religieux qui se répète longuement ; la
seconde, celle de queue, en patois quoue, bien caractérisée
par la locution faire queue a la porte d'un spectacle.
Il est à remarquer que le patois de Beanne a trois mots
qui expriment la même idée : quôine, rihanhelle^ et girli-
couée.
.
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R
ACOUTRER. Raccommoder les vieux habits.
Ivâs tâcher de racoufrer tai nthlle. C'est une al-
tération de recoudre.
RAFISTOLER a presque le même sens, mais il est
plus étendu et s'applique à toute espèce d'objets, dn faut
rafistoler note taule quant cassée. — 'Bis ai lai mètre qu'elle
rafistole le restant du via Les habitants de l'Yonne disent
« afistouler.»
RAGONNER et ragoUer. Gronder fréquemment. An ne
peut ran fâre ai son idée, a ragaune du maitiu à seir.
On lit dans Tallemant des Rénux : « elle est fort avare,
lui est prodigue : elle l'appelle panier percé et le ragotte
sans cesse sur sa dépense. » En terme de vénerie, rugvt
est un sanglier. 'Riigoi était le nom d'un célèbre capitaine
des Gueux. A rapprocher de rage et de rager.
RAGOUÉ. Dégoûté.?^ nous [ait point de soupe au lard,
nous en sommes ragouès. C'est le contraire $ engoué*
RAIN. Branche d'arbre coupée. Vos devrins garder ,
pour chauffer le for les fagots lai qu'au y ai îes pus gros
rains. On devrait écrire raim : le radical latin est ramus*
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20O
On a donné le nom de ramelet à un bouquet de fleurs,
et Ton appelait rameau, une sorte de danse accompagnée
de branches vertes.
Rose sur rain et noix sur branche
N'est si vermeille ni si blanche.
(Roman de la Rose.)
Je vais emprunter à l'historien de Volnay l'un de ses
plus poétiques récits.
Le « rai u & d'amour était un arbre vert qu'autrefois,
dans certains villages de la Bourgogne, les jeunes filles
ornaient de fleurs et de rubans, et qu'elles portaient solen-
nellement à l'épousée au retour de l'église. Parvenues à
la porte close de la maison nuptiale, elles s'adressaient à
l'humble mariée, comme si elle eut été une noble et riche
châtelaine et lui criaient en chantant :
« Ouvrez, ouvrez vos portes, »
« Abaissez vos ponts. »
Et les gens de la noce ouvraient, en répondant ces pa-
roles chantées :
Entrez, entrez les filles, saluez la compagnie,
Saluez la plus belle, la plus belle de toutes.
Lu jeune fille qui portait l'arbrisseau, feignant de se
tromper, l'offrait d'abord à une femme âgée et lui disait
en chantonnant ;
Tenez, tenez la tante, voici le rain d'amour.
Et quand la pauvre vieille y portait les mains, la jeune
espiègle lui répondait, avec un malin sourire :
Tout bas, tout bas, la tante, ce n'est point pour vous,
C'est pour une épousée plus belle que vous !
k
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201
Alors la mariée recevait le « rain » d'amour et ses an-
ciennes compagnes, se rangeant autour d'elle, chantaient
un épithalame, terminé par une ronde joyeuse appelée a k
branle de l'épousée.»
RAMBRUNCHER. Faire des reproches, corriger. Te
veux H jeter des piârres ? Aittends, aittends l I vas le rtm-
bruncher. C'est le synonyme de révâter. (V. ce mot). On
prétend que c'est un terme de drapier : « rubrocher, ap-
prêter la pièce de drap avec des broches ou baguettes de
fer. »
RAMON. Ancien nom du balai, d'où ramoner, On dît
aussi remesse et er messe. Voici un curieux proverbe, rap-
porté par G. Meurier :
Du neuf ramon
La femme nettoie sa maison
Et du vieil, bat son baron.
A Valenciennes, le gui est appelé ramon de sorcière.
RAN. Rien. Le but de ce livre étant de conserver le
souvenir de tous les usages campagnards, je transcris à
cette place une invocation sentencieuse qui se rapporte à
deux villages des environs de Beaune :
Sainte Marie d'Aloxe,
Sainte Notre-Dame de Parnand
Ben héroux ceux qui n'ant gueîre
Enco ben pei (pis) ceux qui n'ont ran.
Ceux qu'aillant ai lai messe, es vêpes,
N'ont pas po de padre lô beîtts.
RANCOT. Ce mot me paraît être une onomatopée :
c'est le bruit que fait un ronfleur et surtout un agonisant. Il
14'
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■.rrygcyi
202
a forme le verbe patois rancoter. Ronc : ronfler, en gaëlic ;
roucar en espagnol.
N'y a-t-il pas quelque relation entre rancot et ancou?
Emile Souvestre a parlé de Y ancou, fantôme de la mort
chez les Bretons. (V. Lousine).
RAPPONDRE. Faire une ropponse. Terme de coutu-
rière. C'est allonger un morceau d'étoffe en y cousant
une pièce*
RAPSODER et Rapetasser sont deux expressions fami-
lières admises par quelques lexicographes. Ils signifient
« raccommoder grossièrement. » Mon haibit-veste ai déji
clé ntpsàté* nias portant an faut tâcher de le rapetasser encore
êumfois.
RÀQUETTER. Saisir un objet lancé. / vas te jeter ton
çh&ipti} raiqiteittte'lu. Ce mot est emprunté à l'ancien jeu
de paume et A celui du volant, dans lesquels on se sert
d'une raquette.
RATRI, desséché, paraît être la synthèse de rétréci.
RAULE, Instrument en fer, à long manche, destiné à
retirer la braise du four. Rauler, ramasser les charbors.
À u faut bai ra nier lai breîse devant que d'enforner. Après
avoir rau/r, on nettoie avec l'écueillon. Les Auxonnais di-
sent un niable. (V. Ecueillon).
RAVOUX et Ravoiseux. C'est le nom bourguignon du
loir.
RKBKUILLER, qu'il ne faut pas confondre avec rebuyer,
c'est regarder fixement quelqu'un, ouvrir de grands yeux,
comme font les bœufs. Qu'ai-que t'ai don ai me rebeuiller
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203
attentant un êbêcile? Le dictionnaire de Roehefortdit be ailler:
dans quelques villages on dit rcboler (ne pas confondre
avec réboler) m
Dans le Nord, on s£ sert du mot raviser. Voici un ron-
deau que Ton chante dans les environs de Péronue : il
servira de terme de comparaison avec notre patois.
Mon pure m'envoie-t-ù Tosaille
A l'osai tic dins ces vergers :
Nos n'ons point trouvé d' osai lie
Nos sons mi -ta y danser
Et Ion Ion la landerirette,
Et Ion Ion la kmderirû.
Par là il a passé in moanc
Qui nous regarde danser.
Gentil moane, gentil moane,
Qu'as- tu a nous raviser,
Et Ion Ion la landerirette
Et Ion Ion la lande rira.
Ce n'est pas affaire aux moanes
A mener ehês filles danser.
Maïs c*liest bien affaire aus moanes
A mâtine aller chanter.
Et Ion Ion la landerirette
Et îon Ion !a landerira.
RÉBOLER, pleurer en criant, est l'augmentatif de hoier ;
■ Y. ce mon. vil asî faut èbàtê d'aivoir paraît soi jtJle : an
l'entend rêbokr tant que lai nenldttre. Ces deux verbes sont
une forme de bêler.
REBUYER. Fouiller dans les rebuts, se dit des animaux
et des p ers ou nés. Les couchons se plaisant ai rebuxer te a te
lai jornée. — (Mâs qu'èqtte le pense don de rebayer dans Uns
tes coins de lai ntâson.
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Ail Moyen-âge, ce mot a signifié rhabiller, changer de
linge, comme on le voit dans l'inventaire de notre Hôtel-
Dieu : et Item, pour rebuyer les povres malades de ladite
grande chambre, sont dix douzannes de chemises à usaige
d'homme et six douzannes à usaige de femme, tant bonnes
que meschantes. »
RECHIGNER et Récheigner. Se moquer, imiter la voix,
la démarche et les gestes de quelqu'un. I dirai ai mossieu
le maie que te ne fais van que me rechigner.
Christine de Pîsan a écrit, vers la fin du xiv e siècle :
Or à quoi bon ce vieillart plein de toux,
Fors à tencier, rechingner et crachier.
En patois toulousain, chigna veut dire « montrer au
doigt. » (Y\ Rêcouaner).
RECINERj Goûter. « Fâre lai recie basse », c'est goû-
ter dans la vigne É Peut-être du latin recenare. Un vieux
poète a écrit :
Jusqu'à mon logis ressiner
« Il semble, dit Montaigne, que tous les jours nous
raccourcissons l'usaige du boire, et qu'en nos maisons,
comme j*ai veu en mon enfance, les desjeuners, les ressi-
ners et les collations fussent plus fréquentes qu'à présent »
RECOUANER. Braire. On lit, dans un bestiaire du
xui c siècle : « corne l'asne sauvage qui plus est afami plus
s'efforce de braire et de ricaner. » Récaner, d'où nous
avons fait ricaner, c'est rire sans bruit, en montrant les
dents. Le langage enfantin a conservé le mot de canottes
et quenottes, dents.
RÉGOGUILLER* Rendre gai. Lai petite goutte que te
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20Ç
mai beillée m'ai regoguillé. A rapprocher de gai, gogne.
etc L'argot parisien et ses imitateurs provinciaux disent
rigoler.
REG R I GN ER . An n 'ai pas de fut \ ice h c biens q u i i egri-
gnant les dents. Même famille de mots que grincer, grigno-
ter, grigon Le participe, regrigne\ s'applique a un fruit
trop vert et chargé de rides.
RELENT. Mauvaise odeur. Tai chambre vai settii le re-
lent si te neuveure pas les feneites. Les vers suivants, du
xvi e siècle, pourraient s'appliquer au xix E :
Ah ! quels vieux excréments corrompus de la France,
Œufs relentz et infects, abjects, sales et ords
Qui mèneront enfin le malade à outrance,
RELEUVE SELLE. (V. Selle).
REMOINGER. Remettre un mainge, c'est-à-dire un
manche à un outil. Par extension, rajuster un membre dé-
mis, d'où remoingeoux, synonyme de rebouteux. Ce prati-
cien campagnard accompagne parfois son opération de
paroles magiques et de prières. îl compose des philtres et
emploie les sortilèges. C'est lui qui a inventé le remède
du cœur de bœuf piqué de sept clous en fer et bouilli dans
un pot de terre neuf. M. de Chambure a donné dans son
Glossaire du Morvan la formule conlre les entorses :
« Anté, anté te, déanté, surenté ! Le bienheureux Saint
Agnan veuille faire retourner les nerfs et les joints aupa-
ravant où ils étaient. » Dans les campagnes de Beau ne,
on appelle cela guérir du secret.
RENARD. Vomissement d'un ivrogne, d'où ramrâcr.
Faisons encore un emprunt au Glossaire du Morvan :
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20Ô
Il lui visite la mâchoire
Quand l'autre lui renarde aux yeux
Le baume qu'ils venaient de boire
Pour se le rendre à qui mieux mieux.
RENTE, Ferme ou métairie éloignée d'un centre d'ha-
bitation.
RENVERSE (Vendre du vin au pot). Les particuliers
avaient le droit de vendre leur récolte au détail t mais on
ne devait pas boire dans leur cave. L 1 acheteur apportait
son broc ou sa bouteille, et le vendeur, mesurant a la pin-
te, renverrait son pot dans le vase qu'on lui présentait.
Un petit drapeau, blanc ou rouge > suivant la couleur du
vîn, servait d'enseigne extérieure.
Fncore un usage qui disparaît ! 11 n'y a plus à Beau ne
que deux ou trois caves ou flotte le petit drapeau.
REUïLLOT. Tapette en bois dont les femmes se ser-
vent pour battre le linge. Les lave tt ses fiant autant de bruit
d'tvou te us langues que if a hou los reui liais. Le français bat-
toir ne précise pas, comme notre mot reuiîloî y l'action de
a retourner eu volant : revolo. >►
Les Morvandiaux disent un tacot.
REVAMON. Rcvene^-y Voie finn àsï excellent^ y en
iwudrâs un petiot revâuum. Ce mot est usité à Mcursault
Un revamon est un bourgeon adventice qui se développe
sur le collet ou sur la racine des arbres fruitiers.
RhVATER. Gronder, punir un enfant. Ce verbe est
très employé dans FAuxois. Gaigevns voi qui m'en vas te
r éviter ) tins. Gaigcons-y voi t
Dans l'Yonne, on àkrabàter* M. Francisque Michel cite.
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207
dans son dictionnaire d'argot, ]cs vers suivants, de Clément
Marot.
Or, esprit donc, bon (croît, ce me semble,
Avecque toy rabbâter teute nuïct.
Un rabbat était un revenant qui faisait du tapage,
REVERPER Se\ Résister en se défendant, au propre
et au figuré. Un serpent, sur la queue duquel on foule, se
reverpe. Les enfants désobéissants ont l'habitude de se re-
verper.
REVIRER. Faire des rondes et des farandoles. Voici un
couplet d'une de ces rondes :
J'AI VU LE LOUP, LE RENARD, LE LIÈVRE
J'ai vu le loup, fe renard, le lièvre,
J'ai vu le loup, le renard danser ;
C'est moi-même qui les ai re virés,
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre;
C'est moi-même qui les ai re virés.
J'ai vu le loup, le renard danser.
Les bigarrures de Tabou rot citent cinq vers sur
l'alouette, « que ie donneras- pour sucre j>, selon l'expres-
sion pittoresque de ce touchettr dijonnais.
Elle guindé d'un zéphyre,
Sublime en l'air vire et mire
Et y déclique un joly cry,
Qui rit, guérit et tire Tire
Des esprits, mieux que ie n'escry,
RICHE-POULOT. Ç'ast lai chanson du richc^onhi : an
n'en trouve pas lai finition. Cette chanson supposée est ce
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ao8
qu'on appellerait maintenant une scie d'atelier \ Ycx pli cation
en serait assez difficile.
Robert Estienne parle de la chanson du ricochet, quod
exil um non JmheL Je pense que riche est un mot altéré et
que Ton doit dire, comme à Genève, la chanson du ruge-
pculet.
R1GOULER, Synonyme beaunois du vieux verbe dé-
gouliner; tomber goutte a goutte, / me sens cru parâu quan
i ai vu mon sang rigouler Je tratvars de. mes chausses, A rap-
procher de rigole.
R1VOTRR. Couler daucempni. Se dit d'un liquide qui
s'échappe par une fissure, Nol 1 poinçon ai rivale, fous par dit
dix pintes de vin.
ROBINKT, Petit fouet à lanières de cuir qui servait a
battre les habits et a corriger les enfants. On l'appelle
aussi martinet*
ROIN, Rivière de Saviguy, qui prend sa source au-delà
de Bouilland, à la Grande Dore. \& lettre R exprime le
mouvement rapide de l'eau : rivus et ses dérivés ; Rhin,
Rhône, etc.
L'orthographe de ce mot a varié énormément : nous
trouvons dans les chartes CUTSUS de renis^ de Reins, cours
de Roy on, de Roin, de Rhoins, de Roy en. Un acte de 1272
parle d'un héritage situé super cursu de Roius^ in territoreio
de Charrew. Dans le cours des xn c et xiu c siècles, une
branche du Cours de Roin, partant du prieuré détruit de
Moutiéramey, se dirigeait, par la Maladiére, au faubourg
Saint-Nicolas, qu'on appelait alors le Bourgneuf, Elle ali-
mentait plusieurs petits moulins : celui de la léproserie ,
dont on ignore remplacement exact, celui du Bourgneuf,
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20Q
à la place où s'élève maintenant la salle de spectacle ; et,
probablement, le moulin Bataille, prés de la porte du mê-
me nom. Ce dernier se trouvait dans le fossé Saint-Jean,
près des bureaux de M. Antonin Bouchard.
ROUAGER. A Dijon : rôger. S'agiter en faisant du bruit.
Un lapin s'ast foré sous note pile de sarments ; an Venîend
rouâger, ïaillons tâcher de le prenre. Les étymologies ne
manqueront pas aux chercheurs : rage et rager ; rouagt\
impôt que les voituriers payaient sur certaines routes ;
ravager.
Le substantif rouâgie, d'ailleurs peu usité, a un sens très
différent ; il signifie repos, interruption de travail : i vas
fâre eune petiote rouagie.
ROULÉE. Provision d'œufs de Pâques. Mit mar revue,
i vins queri mai roulée. Ces œufs, donnés en cadeau aux
enfants, étaient teints de diverses couleurs et cuits au dur.
Ils servaient au jeu de la roulée qui se pratiquait le lundi
de Pâques, sur la montagne de Beaune. Quand Jes œufs
bardots étaient brisés à force de heurts et de roulades, on
en faisait une salade fortement épicée, que Ton mangeait
sur les tables de pierre, à côté de la magnifique source de
l'Aiguë.
*4§tâT
15
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r
AIDE. Tendre, doux, agréable à manger, DJpiu
j qu'ions choingê de munie r, le pain qui matngeous
*osi saide.
Christine de Pisan a dit :
Amour, plaisante nourreturc
Très-sade et doulce pasture.
Peut-être du latin sapidus.
SAILLI A. Synonyme patois de louilloi : t'ic jfjioU San*
nette, ç'àst un vrai saillia.
S ARGOT. Secousse produite par un choc : tut y al êvu
un gros sargot et lai voiture ai varsè.
SAULX. Substantif féminin, synonyme de sel An faut
mette ben de lai saulx su lai viande pour lai consarver pendant
les cainicules
Un usage bizarre et quelque peu superstitieux est encore
pratiqué dans les villages du Beaunois : lorsqu'un petit en-
fant vient pour la première fois dans une maison, on lut
offre, en bon présage, un œu et de lai saulx.
SCIA, Scialer. Prononciation patoise des mots sceau et
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212
sceller. Le scia est une petite bonde qui ferme le haut d'une
futaille.
SÉIER, se rapproche beaucoup plus de sedere que le
français s'asseoir. ïXCarci ben : i seus trop preissé pour me
séier. J'ai trouvé, dans un recueil littéraire, une inscription
que l'on prétend avoir existé dans le Réfectoire des Jaco-
bins de Beaune :
Fratres bene veneritis,
- Bien las aux pieds et aux genoux,
Sititis et esuritis,
C'est la manière d'entre nous.
5^- vous ici, de par Dieu,
Comedentes et bibentes
Selon la pauvreté du lieu
Quem dederunt nobis gentes.
SELLE. Siège de bois. La selle à traire est un petit es-
cabeau grossier. Une selle de bue est le tréteau à trois pieds
qui supporte le cuvier à lessive. Porter à la sellette est un
jeu d'enfant. Deux personnes se prennent fortement, Tune
la main droite, l'autre la main gauche, et asseoient l'enfant
sur cette chaise vivante, en le soutenant avec les deux
mains libres.
Hçlève-selle. Festin d'adieu que l'on donne le lendemain
ou quelques jours après une fête. A la fin d'une noce, les
invités sont partis en titubant, sur l'ordre du meneitrer,
qui leur a joué et chanté le vieil air :
ALLEZ- VOUS EN, GENS DE LA NOCE
Allez-vous en, gens de la noce,
Allez-vous.en chacun chez vous.
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♦21?
Lai matrôsse et ses cbambleîres sont trop fatiguées pour
remettre en ordre lai tnâson qu'ast leute retende. Il leur
faut un repos complet de quelques jours ; après quoi on
appelle à l'aide les amis et les voisins pour relever les s:\ks
et les tables renversées et pour manger lej restes.
SENELLE. Fruit de l'aubépine que les enfants de
Beaune appellent ce pomme du bon Dieu ».
Et chereboient par ces boissons
Pommes, poires, noix et chastaignes
Boutons et meures et prunelles
Framboises, fraises et senelles
Echarnant est un des villages les plus froids de la région :
les bons fruits y sont rares et les ménagères utilisent pour
faire leurs flans, les baies de certains arbrisseaux.
LAI FEITE D'ECHAIRNANT
Ai lai feîte d'Echairnant
An ai maingé du bon fîan :
Al étot fait de peurnelles,
De senelles et de greuzelles,
Des graitte-culs tôt pordessus.
Teut le monde en fut ben repu :
Al étot assi ben bon
Qu'i ne me sus ôté d'à long.
SENIQUIER. Cligner de l'œil avec malice* Faire un
signe d'intelligence. Ce mot est employé dans le pays- bas,
SERGENT. Huissier. On dit communément de quel-
qu'un qui marche très vite : a cort comme un sargeul. Le
nom vulgaire de sergent est donné aux beaux scarabées
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21 1
bronzés Je nos jardins, a cause Je la rapidité et des détours
de leur marche.
Les sergents figurent, au nombre de quatre-vingts dans
la complainte grotesque des Gens de Bottée. Nous la repro-
duisons à Cause Je son parfum local : après tout, elle vaut
encore mieux que les inepties parisiennes de notre époque
LAI BIQUE
Ç*ast les gens de Bouze
Qui sont de bons enfants, mes enfants !
A-K-élevont des biques
I J our corner les passants, nies enfants !
Ilringuc, stringue, landerira T
Tra la la la, la 1ère ;
Bringue, stringue, lande rira,
Tra la la la, la la.
AI en ast entré-i-eune
Dans Tjiirdm aï Bertrand, mes enfants !
Elle aï maingé eun chou
Que vaillot chin cents francs, mes enfants !
Bringue, stringue...,
Et eu ne pi ai riche de carottes
Qu'en vaillot ben autant > mes enfants î
An fit citer lai bique
Par quatre- vingts sargçnts, mes enfants I
Bringue, stringue„„
Elle s'en fut ai l'audience
Lai quouc tôjors dressant, mes enfants l
Et rit un pet au juge
Et quatre au lieutenant, mes enfants !
Bringue, stringue..*.
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215
Et un panier de crottes
Pour messieurs les sargents, mes enfants !
Et enfoncit sai corne
Dans l'c... du peursident, mes enfants!
Bringue, stringue....
Et au bout de sai corne
Ramenit de l'onguent, mes enfants !,„
— Ç'ast pour graisser les lèvres
Ai tous les acoutants, mes enfants !
Bringue, stringue,. **
SÉRO-SENANT. Lorsque sonne l'angélus du soir, /
sens rentré des vignes séro-senanl. Soir se prononce seir*
Voici la recommandation faite par un ivrogne au premier
verre de vin blanc qu'il ingurgitait le matin d'un jour de
fête : e Rciinge-tai bm t an y airai preUse ni ce seir l
SÉTIER et Séquier. Sécheresse, grands vents qui des-
sèchent la terre. Aipreis ce sétier-qui, an fan roi eu ne grande
pkue.
SI A, Essia. Adverbe d'affirmation qui dérive directement
du latin etiam.
SIGOVI. Grand bonnet de laine que les vignerons de
la côte portaient en hiver. Les laines de Ségovie étaient
fort estimées en Bourgogne à cause de leur longue durée
et de leur imperméabilité. I vas nulle nnjedlwu mon sigmn :
lai bise ast froide.
Le mot de bise me rappelle l'exclamation typique d'un
vigneron de Bouze qui faisait la campagne de Russie :
« Ah ! loup-varou ! Lai saivinieîre nst rude ! « Les Bon-
zards donnent ce nom au vent du Nord-est qui leur arrive
du côté de Savigny.
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2l6
SIT NOMEN. Argent monnayé. 1 vouras ben me mâirier
d'évou lai Fanchette : an li betlle un bon troussel, et pu son
petre ai des sit nomen plein saipei liesse. On sait que les pièces
d'argent portaient la légende sit nomen domini benedictum
L'usage de cette locution a cessé depuis une quarantaine
d'années.
SOI ou Soè. Haie. *A sasl caiché darrè lui soi. Ce mot
vient-il du Hainaut où il a le même sens, ou bien les
Hennuyers l'ont-ils emprunté au bourguignon : nescio ?
SOILLOT. Seau à mettre du liquide. Prends don not*
soi Ilot pour ailler quéri de Via. M. Ch. Aubertin a donné
le texte d'une quittance des magistrats de Beaune en date
du 25 février 1525 ; elle constate que le bourrelier Jean
Cauthenot a recousu 69 soillots pour la rescousse du feug. Nos
campagnards donnent le nom de seille au vase de sapin
qui sert à traire les vaches.
SOITURE. Mesure bourguignonne qui s'applique aux
prairies : elle a la même contenance que le journal de la-
bour, c'est-à-dire : trente-quatre ares vingt-huit centiares.
Les chartes du Moyen-âge traduisent ce mot par secatu-
ra : c'est ce qu'un homme peut faucher en un jour.
SOU, Toit à porcs. Ce mot est plus concis et plus
grammatical que le français : c'est le latin sus que les Ro-
mains prononçaient sous. Hi ! hi ! hi ! le Daudi m'aivot
enfremée dans lai sou. C'est de là que vient l'adjectif souillon.
Le paysan bourguignon appelle son cochon note haibillé
de soie. J'ai cru longtemps à une plaisante antinomie, le
poil du porc étant tout le contraire d'un fil de soie. Un peu
de réflexion m'a fait voir que la soie du cochon vient aussi
k.
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217
de sus. Les riverains Belges de la Meuse disent : iè la suie
de porc.
SOUA1LLE. Seigle. On disait autrefois soilh , Les jolis
vers qui suivent sont extraits d'un poëme conservé a
la bibliothèque royale de Bruxelles et intitulé : Les amours
du duc d'Orliens et de la liçyne :
Maint pré y a, jardins et clos,
Mainte cabane et parc bien clos
Et maint fort toit de bonne ghise ;
Et encore, dont plus le prise,
Cérès y fait habundamment
Croître le soil et le fourment
Et Bacchus y fait la vignette
Flourir de bien soëf flourette
Et porter fruit moult délitant.
SOULES. Souliers. C'est presque le français du XV e
siècle. On écrivait alors soulers et solers. La Bibliothèque
Nationale possède un manuscrit de 1445, ayant apparte-
nu à l'Hôtel-Dieu de Beaune. Il a pour titre : Traktê des
différentes sortes d'amour, et constate que les libraires pou-
vaient trafiquer le dimanche, au grand mécontentement
des autres marchands « car les cordewanien tlisoîeiit que
ossi bien povoient-ils vendre leurs solers un dimensc, que
les libraires en l'université vendoient leurs livres. a
Ce mot vient directement du latin solea, sandale,
SUILLER. Siffler. Autrefois sublier, du latin sibilare .Ce
verbe a formé le mot suillot qui signifie le canal de la res-
piration chez l'homme et chez les animaux. Mai sœur ai
fait choicher le suillot d'eune dinde pour fâre un peloton ai en-
vuder du fil.
On appelle aussi suillot une sorte de hautbois ou flageolet.
15*
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2l8
SU LOT. Soleil. An ne faut j aimas se découvri lai texte au
grand su lot .Les Bretons disent sul et les méridionaux souleu.
On a écrit sôJatts comme on le voit dans la chanson de
geste d'Alexandre, composée au xn e siècle :
Quant H solaus tourna, miédi fu passés,
En sa tante de paile est li roi retornés.
À Gémeaux ou dit sereu : voici deux charmantes stro-
phes qui m'ont été envoyées par un habitant de ce beau
village. Je respecte scrupuleusement l'orthographe de mon
aimable correspondant :
LE RENOUVEA
Vlai que l'alouèeuhte chante
Et le rossignèeuh
Qu'on rise et piaisante
Po ce beâ serèeuh
Lai tare a fleurie
Lai taôhle a garnie
Et dison teurtèeuh
Vive ma, gach'nèeuh !
(Vive mai, garçons!)
Ran n'ai l'heumou noire :
Ou voi teu po tèeuh
Àiboille, cancoire,
Boudon, parpoillèeuh
Tcu-t-y vèeuhletônne
Et teu-t-y bredonne
Quand lu le serèeuh
Au mô de ma, gach'nèeuh
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wr* 1 ^::*
T
. ABOULOT. Tonnerre. Le creux âe Chagny ast
,ben noir, tairons du taboulot. Les orages qui
'viennent fondre sur notre côte se forment
presque toujours dans « le creux de Chagny », entre cette
ville et la montagne de Corchanut.
TALIBOT. Plante comestible qui pousse dans les prés !
c'est une espèce de salsifis dont la tige est sucrée.
TALMOUSE. Sorte de gâteau au fromage. Le mot et
la chose disparaissent ; la génération qui nous suit ne
connaîtra plus ces pâtisseries savoureuses et non sucrées
de nos ancêtres : flamusses, talmouzes, chaussons et cor-
niottes. Voici ce qu'a écrit le poëte Villon dans son Grand
testament :
Item, à Jean Ragier je donne,
Qui est sergent voire des douze
Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,
A chacun une talemouze.
Il y avait à Paris la corporation des boulangers et celle
des talmelliers.
TALURE. Contusion occasionnée par le maniement
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d'un outil ou par le frottement d'une mauvaise chaussure.
A s'ast fait tune talure qui s'ast tornée en panaris. C'est le
substantif du verbe taler, qui figure dans quelques diction-
naires
TAPER. Nous donnons à ce verbe le sens de fendre,
d'éclater. Les bonnes pommes de terre tapant quand an les fait
que are ai l'étouffée. — Lai marmite ai tapé.
TAQUER. Ce mot est resté dans le langage des impri-
meurs. Nos campagnards lui donnent la signification de
tasser, d'aplatir. An tri trop marché su lai tarre quand il
clôt moyen : Util le coriil ast taquc.
TARBOU1LLE ut Tarboille. Vouivre, serpent fantasti-
que On trouve sur la commune de Savigny, prés de la
ferme de Borée, une excavation naturelle du roc qui porte
le nom de tarboille. Un dragon résidait jadis dans cette
caverne et portait l'effroi dans tous les environs. Sainte
Marguerite habitait alors un ermitage auquel a succédé
l 'abbaye dont nous admirons encore les ruines ; elle déta-
cha sa ceinture et la passa au cou du monstre qui se laissa
conduire docilement.
Voici une autre légende locale. Le Câran est un endroit
situé au bord du ruisseau de la Vandaine, prés des maisons
de Saint-Romaiu-le-Bas, au pied de la montagne du Mar-
sîn. Quand une jeune fille du village devait mourir, la Da-
me blanche du Càran sortait des ruines qui dominent le ro-
cher, et descendait le sentier rapide de TarleboilU pour
venir boire au ruisseau.
A rapprocher de la Tarasque du Languedoc.
TARTOUFFE. Pomme de terre. Ce nom paraît être
une importation d'Outre-Rhin : Les Allemands disent
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221
kartoffel Cependant M. Robert Mitchell le dérive de l'ita-
lien iartofalo, truôe.
A propos de germanisme, je ferai remarquer que le mot
chenapan, buveur de schnaps ', a été d'abord donné aux bri-
gands de la montagne noire.
TARTOUILLER. Faire de la tarte ou de la Iourte. Par
extension, cuisiner malproprement. Te me dégoules en tar-
touillant quemant celai. A Saint-Quentin on dit fouiller.
TAULE. Voiqui nos invités quairrivant, dêpcuache-tai de
mette lai taule. Tau la est le nom d'une planche^ en patois
du Midi. Au Moyen-âge on écrivait taubk. Le célObre
jugement dernier, de l'hôpital de Beaune, est ainsi désigné
dans l'inventaire de 1501 « une tauble de plate peinture. »
Du latin tabula qui a formé établi.
TAURIE. Jeune vache qui n'a pas encore violé. Cest
le féminin de taureau. Le radical taur est celtique : il rap-
pelle le tarvos trigarannos de l'autel des Nantes parisiens,
Un graffite mérovingien découvert à Poitiers en 1853, et
relatif à un sacrifice, porte le mot tarss, que M, Serrure
dérive de tarssa et tarissa, génisse.
Taurie a pour synonyme bourguignon : guichotte. Vins
don mai petite taurie, vins, mai guichotte. Je pense que ce
dernier mot vient de « guiche », corde ou lien qui sert à
attacher le bétail ou à suspendre un objet. Cette expression
est restée dans le langage héraldique : « un cornet ou cor
de chasse d'argent enguiché de gueules. »
TA VIN. Nom patois de la mouche appelée taon,
TEILLER et tiller le chanvre, séparer l'écorec textile de
la partie ligneuse appelée chenevotte. Depuis quarante ans*
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117.
on ne teille plus dans les environs de Beaune, car on ne
sème plus de chêne viére.
Voici le couplet d'un vau-de-vire citç par M. de Cham-
bure dans son Glossaire du ïhCorvan :
Le bon vin me fait resveiller
Alors que je sommeille,
Et plus causer et jargonner
Qu'une vieille qui teille.
TERRAROT. Sorte de panier pour transporter de -la
terre. Te remplirai les terrarots, et pus moi, i les porterai. On
lit dans un compte d'Adam Canet, châtelain de Beaune en
1422 :« Une douzaine de terraroz pour porter terre
trois gros. »
Il semblerait puéril d'indiquer l'étymologie hotte à mettre
de la terre ? Ce mot de hotte me remet en mémoire une
ànerie assez plaisante. — Mossieu le curé, vous qui counnâs-
S£^ si ben le laitin, quemant don qu'an aippeulle lai hotte
qtt'ast su mes épaules? — J'avoue n'en rien savoir. — Hé
haï jor ! i se us pus savant que vous : an aippeulle ce qui mi-
ser ando.
TERROYER et Torreyer. Creuser des terraux pour
planter la vigne. Un compte de 1327, conservé à la biblio-
thèque de Bruxelles, porte terrouler. Il s'agit des vignes
dWrbois, appartenant à Jeanne, comtesse de Bourgogne :
<r Pour ij c liiij jor nées de hovriers à terrouler lesdites
vignes des Corvées.... x livres tournois vii sols et v
deniers. »
Au Moyen-âge, terrau était synonyme de fossé. Notre
rue de Paradis autrefois rue dou terreaul occupe la place
des anciens fossés du castrum belnense.
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22$
TET. Petite salamandre très commune dans notre pays
et ressemblant au têtard. On dit proverbialement : al ust
méchant quemant un tet bardot. Cette locution n'a aucune
raison d'être, car ce petit animal est tout-à-fait iuoffemif.
TEUTQUEMANT. Tout comme, semblable ment. Le
dicton dialogué qui suit donnera une idée de cet adverbe.
Deux commères se rencontrent sur le marché : — De
queu pays que vos eîtes ? — D'Arcenant — D'Arcenant nié-
mentent ? — Oui vraiment ! — Quemant freume vote parte ?
— xAi lai corde. — Teutquemant lai note. — Comben que
vos ail àe bettes ? — Eune bique et un bceu. — Teufquemmit
neus !
THEUROT. Sommet d'une montagne : le îheurot de
Meloisey, celui d'Arcenant. C'est probablement l'origine
de Thury et des deux Thorey. D'après M. Cocheris, l'an-
glo-saxon tor signifie petite montagne. Ce radical primitif
est commun aux races japhétiques et sémitiques : on pour-
rait remonter jusqu'au Taurus de la Turquie d'Asie.
TIARJOLOT. Sorte d'iris. On en plantait autrefois sur
le faîte des toits de chaume. Dans les villages de la plaine,
on prononce iiéjaulot.
TINNE. Tonneau défoncé par un bout et percé, dan s la
partie supérieure, de deux ouvertures destinées a passer un
grand bâton. La tina fut en usage chez les Latins dès les
premiers temps de la fondation de Rome. On disait aussi
tunna, d'où nous avons fait tonne et tonneau. Ce mottunna
se trouve dans une lettre de Clovis à Théodoric,
Les habitants de Laval appellent tinne un grand vase en
terre, une sorte d'amphore.
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«4
TI RE-PO L Jeter des draigies au tire-poi. Dans les baptê-
mes de village, les parrains et marraines lancent dans la
rue des poignées de dragées que les enfants se disputent
en se tirant les cheveux et les oreilles. ^V, Foire,*)
TISSE est synonyme de chappe (V. ce mot). Hangar
ou remise^ à côte de la ferme. Les murs sont faits d'un
tissu de branchages recouvert de boue et de mortier. Le
mot et la chose n'existent que dans les villages de la plaine.
TGPPE, Lieu inculte, terre en jachère. C'est un feignant
qui ni suif pas cultiver, tous ses champs sont eu toppe. De là
sont venus le verbe dêîopir et le substantif âêtophzement*
w Pour ?& part et portion des communaux dudk Meullley,
en boisj buissons, issarts et détopissements. » (Acte de
1571 cité par M. Caumont,dans son Histoire de Meuilley,)
TOQUOT. Sorte de coiffe, portée par les femmes de
l'Auxois. Un poëtc du xvi* siècle, Gabriel Meuriet, à écrit :
Femme sotte
Se connaît a la toque.
Le mot breton tok signifie chapeau.
TORCHH Bourrelet d'étofTe.en forme de couronne, que
les laitières mettent sur leur tète pour recevoir le pot au
lait C 1 est un mot d'origine celtique : le torch était un
diadème d'or ou de bronze qui ceignait le front des rois ou
des chefs.
TORTENPION et tartenpiotu Adjectif bizarre qui s'ap-
plique aux personnes qui ont les jambes arquées et qui
marchent de travers, Cest un mot de la langue enfantine :
on dit à un bébé tu tords ton pion lorsqu'il tourne en dedans
la pointe de ses pieds.
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225
TOUEILLON ou TOILLON. Linge de loiJe usé qui
sert à laver la vaisselle. Prends ton ioilbn pour récurer les
aissieltes.
Je vais vous conter en deux mots l'histoire de Paliche.
Paliche était une servante de ferme qui se levait avant
le jour pour faire cuire la soupe aux choux des laboureurs.
Un beau matin elle voulut faire une potée exceptionnelle.
Elle tailla une grande loiche de lard, des légumes frais ;
elle prit du sel et de l'eau suffisamment. Le feu était ron-
flant : le déjeuner fut bientôt servi. On était encore dans
une demi obscurité. Le fermier s'efforçait en vain de mâ-
cher certain paquet filamenteux : ïSCa voite-don (voyez-do ne)
c'te chienne de grosse Taîiche, aile n'ai pas faii ijueûre Je chou !
Paliche, patois de Pierrette, était le nom de la servante et
le chou mal cuit n'était autre chose qu'un tourillon oublié
au fond de la marmite !
TOURNOT. Plateau circulaire en bois sur lequel on
travaille la pâtisserie.
TRACASSER. Ce verbe, admis par l'AcadémiejCstd'un
usage très fréquent dans les environs de Beau ne, Un poùtc
du xvii e siècle, Jean Gombauld,l'a bien défini dans une de
ses épigrammes :
Cy gist Monsieur de la Cabonne
Qui tracassait plus que personne* T
Il s'en venait, il s'en allait,
Il ne savait ce qu'il voulait.
On doute même s'il repose
Au reposoir de toute chose.
Au figuré, tracasser est synonyme de contrarier, / m
10
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2 2Ô
sais pas te qu ai note Louis, mus au i ai quèquc chose qui le
tracasse.
TRAIGH. Passage étroit, ruelle. Darrè chei mus i on s
un traige pour gagner hri rivelre. De là est venu « t rai g er, v
marcher sournoisement, / te défends de veni traiger che\
neus.
À rapprocher du vieux verbe se traire, se retraire.
TRAIGNIA. Fainéant, flâneur, vagabond. Voici, a titre
de comparaison, quelques couplets en patois de Gémeaux :
LAI QUEURACTION
Eine méchante aifàre,
Hum ! hum 1 çai iVvai gare,
Po mon nialheu i ai fâ.
Hum I hum ! çai n'vai pas.
I m'sai mairiai po fare,
Hum ! hum t çai n'vai'gàre,
Eîn man-numge d'anféà, (d'enfer^
Hum ! hum ! çaï n\ai pas.
Morghiène 1 com.be su taire,
Hum I hum ! çai n'vai gare,
El a don dé ïrèhinfo.
Hum ! hum ! çaï n\ai pas.
Et pèïh dé gen borbàre
Hum ! hum i çai n*vai gare,
Et de gousié maoh là,]
Hum I hum ! çai nVaï pas.
Combe" de cœu de piâre.
Hum ! hum ! çai n'vaî gare,
Et pé de pongn* de fâ. (de fer)
Hum ! hum 1 çai nVai pas.
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227
I n'aitéin qu' chez 1' notâre,
Hum ! hum ! çai n'vai gare,
Qu'é me regadoi de trava.
Hum ! hum ! çai n'vai pas.
Teujo le gousié li kiâre (claire, brûle.)
Hum ! hum ! çai n'vai gare,
Ma l'cœu ne li kiâre pas.
Hum ! hum ! çai n'vai pas.
On voit, dans le roman de Guillaume-au-court-nez :
Or faites pais si vous traies vers mi..
TRAPPE. Vase circulaire et évasé, en terre vernissée.
Si an fait ben chaud, an faut mette dans lai cave les trappes
de laissiâ pour les empouacher de torner. J'ai lu, dans un in-
ventaire du xv e siècle : «Un vaissel qui se nomme trappe
à mettre lect. »
Dans le Nord de la France, on dit une tclk.
TREBIL. Jouet d'enfant : sorte de toupie qu'on appel-
le aussi tonton et vire-tonton. Par extension , homme ou
femme qui ne peuvent pas rester en place. TrebUler, tour-
ner sur soi-même , vaciller , chanceler. En voqm un
quai trop levé le coude : égué ! quemant qu'à irebilîe.
Les Latins appelaient terebellum une tarière, tutrument
qui perce en tournant.
TRESSAUTER. Synonyme patois de tressaillir. Un gros
coup de taboulot nous ai fait tressauter. Les vers suivants
sont extraits de la « Vie de Saint Christofk » composée
par Maistre Chevalet et imprimée à Grenoble en 1550.
Et vous envenez à la guerre
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3«8
Que l'empereur a lait mer
À son de trompe et publier
Dont mon cueur de joye tressaute.
TRHTOUS et Teurious. Tous.
La chanson suivante est en français, sauf le mot qui fait
le sujet de cet article. Elle ne remonte qu'à la fin du siècle
dernier, mais sa couleur locale et son allure campagnarde
m'engagent à lui donner asile. Que de fois j'ai été bercé
sur les genoux, de ma marraine p?r cette simple mélodie :
LE R/VENANT VIVANT
A mon secours, mes enfants !
Rentrons il est temps,
D* frayeur me v T la morte !
V*la Simon , not* grand gas
Qui t 1 vient du trépas
Et nous tend les bras.
C'est ben lui, voyez- vous ?
Sauvons-nous tretous,
Fermons ben lai porte,
Toi pour le renvoyer
Prends vite ton psautier»
Moi, not' bénitier.
Pan ! pan ! ouvrez-moi don ,
J' suis vot' gas Simon
Qui r' vient d'Angleterre :
Me trouvant mai là-bas,
Je r 1 viens a grands pas ;
N* vous sauvez donc pas.
— C n'est pas k vérité.
On m'a apporté
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22g
Ton act' mortuaire.
C qu'est écrit est écrit,
Mets-toi dans l'esprit
Qu' t'es mort. C'est fini !
— Je n' suis pas mort un brin,
Et je n' suis enfin
Ni r' venant ni diable.
Avec vous sans tarder
Pour vous rassurer
J' vais boire et manger.
— Non ! va-t-en mon enfant,
D'main tu s' ras content.
Car dès d' main, j' te l' jure,
Pour adoucir ton sort,
J' te ferai dire d'abord
Un service de mort.
— Un service ! Vous rêvez.
J' savais ben qu' vous m' preniez
Pour un autr', ma mère ;
Je n' suis pas un r' venant,
J' suis vraiment vivant :
Simon votr' enfant.
— Si c'est vrai qu' t' es vivant,
Entre, mon cher enfant,
Viens don t' mettre à table,.
Manger et m' rassurer,
Car j'sais ben qu' là-bas
Les morts ne mang' pas.
— M' voyant si mal reçu
Tout surpris j'ai crû
Qu' vous perdiez la tête.
Je n' savais pas pourquoi
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2}0
J' vous voyais d* bonne foi
Prier Dieu pour moi.
Là d T sus je m'en vas m'asseoir
Ht ben heureux d' les voir
V la que j 'casse la croûte.
« Embrassez-moi tertous
Bon Dieu, qu'il est doux
De m' voir avec vous !
— C tour là , mon pauv* garçon,
Me donne une leçon.
Je n' s' rai pas si bête ;
J' te promets mon enfant
Que je n' croirai maint' nant
Qu'aux r 1 venants vivants.
TRÉZELER. Sonner plusieurs cloches, carillonner.
Tré$8tu 9 sonnerie composée de trois cloches.
Un carillonneur beaunois, le père Catant, mérite de pas-
ser à îa postérité.
L'Eglise Saint-Pierre avait un nombreux troupeau de
cloches dont il était le fidèle berger. «Quand je carillonne,
disait-ÎI, je voudrais être sur les remparts pour entendre
chanter mes filles, »
Le peuple adaptait des paroles aux airs du carillon. A
Demigny, les cloches épelaient les noms de tous les ha-
meaux de la commune, et ils sont nombreux. Les sottes
plaisanteries des ânes de Beaune avaient inspiré à quel-
qu 'habitant d'une ville voisine la facétie suivante qui sem-
ble, comme dirait Tabourot des Accords, sortir du crû de
Messer Merdachîo.
Dijon pleure, Seurre en rit,
Verdun pisse et Châlon ch....
Pour Biâne.
_
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2^1
C'est le père Catant qui ne devait pas être content.
Ce trézeleur de Saint Pierre demeurait dans la curieuse
maison en bois que nous avons connue à l'angle du Cul-
de-sac de l'ancienne prison (petite place Carnot), 11 avait
épousé une paysanne des environs de Beaune qui se trou-
vait bien à l'étroit dans son logis de la rue Madeleine. Le
lendemain des noces elle osait à peine adresser la parole
à son seigneur et maître : Mous Catant, i n'ose pas vous
dire.... i ai faim de chie, lai qu'an faut ailler, sauf vot' res-
pect ? — Attendez, ma bonne, dit nions Catant en la pous-
sant dans le coin.. Beaucoup d'habitations, même dans les
villes, n'avaient pas l'avantage de posséder des privés. Ma-
dame Catant, habituée au grand air, n'était pas a Taise
dans l'obscur réduit. Eh ben jor ! dit-elle, i ne saivâs pas
que dans lai ville de Biâne an chiot dans les ormoircs f
Cette anecdote ne plaira pas à tous les lecteurs : libre à
eux de fermer ce livre. Pour moi je suis de la famille des
conteurs et je ne me crois pas pétri d'une autre pâte que
celle de Des Periers et de Tabourot.
D'ailleurs si ce livre nouveau,
Que j'ai tiré de mon cerveau
N'est point capable de te plaire ;
Du moins dans certain lieu secret
Où les princes vont sans valet
Il te sera de quelqu' affaire.
Cette épigramme n'est pas de mon crû : je l'ai trouvée
dans un petit livre imprimé à Paris en 1750, sous le titre
de « Poésies de Monsieur Cottereau, curé de Donnemane,
imprimé par les soins de M. Cottereau, de Beaune > neveu
de l'auteur. » C'est presque de l'histoire locale. Mais
nous n'avons pas fini de carillonner.
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3$a
Gâtant était, de son état, cordonnier en vieux et trônait
sur son haut tabouret de cuir. « Fais ben attention, » di-
sait-il à son jeune fils, écolier chez les Oratoriens, s'il
vous plaît, if fais ben attention : si le monte, te ne rrion-
tcreis pas, mas si te ne monte pas, te montereis, »
Un jour de congé et de bataille entre collégiens, le fils
Catant avait reçu de nombreux horions : impossible d'aller
en classe. Le lendemain il demanda à son père une lettre
d'excuse pour le régent. Voici le billet qui lui fut remis :
Je vous salue mon Révérend
N' corrigez pas le p'tit Catant :
Al est tombé, a s'est fait sang.
Signé : père Catant.
Le fils Catant ne monta pas sur le trône, mais il devint
recteur de l'Académie de Metz.
TRÉZ1R, Se dit d'une graine dont le germe commence
a sortir de terre. VvCon troqué ast tré%i. (V. Troqué,)
TRINB ALLER. Traîner un objet dans tous les sens.
Te us les jors an le voit trimballer sai bourouette su lai grand*
route. C'est une altération du verbe trinqueballer, qui
signifiait danser en s' entrechoquant. Il y a certainement quel-
que rapport entre ce mot et les expressions se balader,
avoir les bras ballans. Dans quelques pays on prononçait
hrimbalkr : Clément Marot a écrit : « tétin qui brimballe
à tous coups. »
La petite voiture que nous voyons conduire par les tonne-
liers est nommée par les Belges un triqueballe. Trinck est
un radical germanique qui exprime l'action de heurter.
TRIPLER. Dans notre patois de la plaine on dit mes
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233
uilîots triplent, lorsqu'on a des étourdissements ou plutôt
des éblouissements. C'est encore plus fort que dy voir
double !
TRÏP'OT. Salle de jeu de paume. Au siècle dernier,
toutes les villes avaient un tripot : celui de Beaùne se
trouvait rue Gandelot derrière la maison qui porte le n° 27
de la rue de Lorraine.
Par extension on a donné le nom de tripot à la galerie
extérieure établie dans les habitations rurales des gens aisés.
Le rez-de-chaussée, un peu en sous-sol, contenait les ca-
ve, cellier et bûcher. On accédait au premier et unique
étage par un escalier de pierre placé à l'extérieur et recou-
vert d'un toit Cet escalier communiquait au tripot dont la
toiture était supportée par des pilastres en bois. Les enfants
y jouaient à la paume, aux gobilles, au cheîtelots. Le matin,
la femme et la servante y faisaient les gros ouvrages. On y
lavait, on y mettait sécher les petits linges, on y broyait,
avec du son et des pommes de terre, lai pâtée aux couchons.
Enfin, elles tripotaient tout à leur aise. Pendant l'été lés
filles y cousaient leur troussel, abritées par une treille de
plants d'^Arbois où chantaient les cigales.
Par le tripot, on entrait dans la chambre de ménage,
meublée de deux grands lits à couneilles (à colonnes), aux
rideaux de serge verte et aux couvertures de guédan. Dans
le milieu de cette vaste pièce, une étroite et lourde taule
accompagnée de ses deux bancs. La grande cheminée, sous
laquelle toute la famille se mettait à l'aise, avait une paire
Mandants surmontés de corbillons en fer destinés à mainte-
nir en état de chaleur suffisante Técuelle de gaudes du re-
tardataire ou la tasse d'argent qui contenait le vin sucré
de l'aïeul. Lai lampe ai quoue, dont on trouve le type pri-
16»
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234
rnitif dans les bronzes de Pompéî, était suspendue au
manteau de la cheminée. Une paire d'armoires bien lui-
santes, un buffetj surmonté d'un dressoir garni d r assiettes
à fleurs, une maie, un reloige, un eoftre â sel qui pouvait
servir de rheurtôle et quelques chaises de jonc complétaient
l'ameublement de cette grande chambre où nos aïeux
passaient, au milieu des joies de la famille, les jours que
nous jetons bêtement a la vie extérieure, aux cafés, aux
discussions politiques.
On voit encore dans nos villages, notamment à Meur-
sault, a Vignolles et à Buisson, quelques-uns des types
que je viens d'esquisser.
TROICHE et Troichot. Agglomération de pousses ou
de feuilles : eune troiche de féviêks^ de piar$il 7 de salade.
Trotcber, pousser dru et serré*
A rapprocher de trognon^ en patois : tronjon, A m'ai
fait m au ai lai joue en me jetant un trognon de chou.
TROQUÉ. Epi de mais séché au four. Ce mot est-il
une altération de Turquie ou dérive-t-il de l'allemand troken^
sécher ? Chi lo sa î
A Beaune, on dît communément « du turquis. »
TROT. Morceau de boudin. Dans la côte de Nuits on
prononce trou. Dans la Basse- Bretagne ira signifie tour,
circuit. On sait que le boudin est disposé en cercle et
qu'on a appelé ressort à boudins certains appareils dont se
servent les mécaniciens
TRUCHBR. Donner des coups de cornes et des coups
de tète comme font les bœufs, les chèvres et les moutons.
Les enfants arrignent les béliers en leur criant : truehe, coco !
Trucher est un vieux verbe d'argot qui signifiait battre
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traîtreusement, se servir de ruse, d'où, par extension tru-
cher, mendier, truc, ressort caché.
Le patois de l'Yonne dit breucher.
TRUILLOT. Tourteau de graine oléagineuse, princi-
palement de noix. C'est un régal pour les enfants : mossku
l'huilier, beille\ moi don un petit bout de truilbl^ ç'asl si bon
ai mainger !
Treuil est l'ancien nom du pressoir et ireuiller signifiait
pressurer : le truillot est le résidu qui reste sur le treuil ,
Un inventaire de 1463 mentionne ung petit presseur à
roue à truiller le vin.
*4§tâT
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~^m
U
>ILLOT, œil. Quand t'airai mau e\ uillots, te
! mettrai dessus un p' chot de freumaige blanc.
La forme «uoils» était usitée en Bourgogne au
Moyen-âge. Les vers suivants se trouvent dans une canti-
léne du x e siècle, intitulée la vie de Sainct Ledgier :
Li perfides tant fut crudels
Les uoils del quieij li fit crever,
ULBERE et Hurebère. Eumolpe de la vigne, appelé
aussi écrivain, à cause des caractères qu'il trace en rongeant
les feuilles. Le nom ancien est hurebec, littéralement bec de
huron. Huron est l'ancien nom du furet.
UN, Eune. Le masculin prend chez nous un son nasal
qu'on pourrait écrire heûn. Dans le Morvan, on prononce
ungne. Les gens du Cambraisis disent in. Voici, comme
terme de comparaison des différents patois, deux couplets
que j'ai entendus à Villers-Guislain, entre Péronne et
Cambrai :
Min père m'a acaté in rouge cotteron
I me l'a acaté mais il étot trop long
Dansons sur les rigodons
Dansons mesdames sur le chemin des balènes,
Dansons sur les rigodons.
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Je l'ai mouillé dans no queudron,
J T laî rais sequer sur in busson.
Dansons mesdames
Il a passe trois compagnons,
M'ont déroubé min rouge cotte rom
Dansons mesdames. .,,.,.«
Si que j' savos les gueux qui sont.
Je les fero mette en prison.
Dansons, mesdames
Je les fero mette en prison
Al pignon de no maison.
Dansons la balène d T Es pagne.
Dansons sur les rigodons,
Cette ronde se chante aux feux de la Saint-Jean. L'in-
fluence espagnole y est très remarquable*
^&
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V
I^AINGNA. Paresse. Jlvoir le vaingna, c'est être
lenviné, c'est ne pouvoir travailler à cause de
i l'excès de boisson fait la veille. Dans le Morvan,
ce mot est adjectif et a le sens de faible, souffreteux : o
diqnt tous qu'i sus vaigne.
VARIER se dit, en Bourgogne, des raisins qui commen-
cent à mûrir; Les verbes tourner et éclaircir, usités dans
certains pays, sont moins expressifs. Notre mot dérive du
latin classique : varians uva.
VARINER et Vérifier. Pleuvoir légèrement. Vannerie
et vérinerie, petite pluie fine. I ne veux point prenre de pa-
rapîeue : teut ce qui ç'ast des vanneries.
VARMINE. Prononciation patoise de vermine. Je cite
ce mot pour indiquer le sens particulier que nos vignerons
lui donnent. Une vermine désigne tout animal rampant,
couleuvre, vipère, crapaud lézard. Si te vas dans le bâs i
te prenrai ben garde aux var mines.
VAUTET. Morceau de lard avec lequel on graisse les
scies. On l'appelle quelquefois un pissou. Les gens de
Pommard donnent méchamment le nom de vautet à un
instituteur. Je ne saisis pas l'analogie.
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VELLE. Ce mot a deux acceptions bien différentes :
La première est restée dans plusieurs lieux-dits avoi-
sinant les maisons : en lai velle, sous lai velle, darré
lai velle. L'autre est synonyme de veilla. J* irons ai
ce seir en velle che\ mon oncle Toniche. (Nom patois
d'Antoine.) Ces velles bourguignonnes entretenaient chez
nos ancêtres les liens de famille et d'amitié. Quelles bon-
nes et naïves chansons patoises on y apprenait ? Et les
histoires de revenants, de sorciers, de sabbat, de loups-
garoux. Ces contes à dormir debout font sourire les scep-
tiques : la science moderne a lait justice de tout cela. Soit !
Mais ces croyances populaires donnaient satisfaction à cet
amour du surnaturel inné chez les hommes. Toutes les
croyances, toutes les affirmations du temps jadis ont été^
dans l'ordre moral, remplacées par des négations : or la
négation, c'est l'abrutissement, c'est le retour à l'état
sauvage ,
VENOINGES. Vendanges. Aidieu painers , venoinges
sont faites. Cette locution proverbiale signifie qu'il ne faut
pas se préoccuper des choses dont on n'a plus besoin.
A Nuits et à Beaune, nous nous servons de grands pa-
niers allongés, munis à leur centre d'une anse très forte
et de deux poignées aux extrémités. Ces objets sont d'un
maniement plus facile que les benâtons en usage à Gevrey
et à Dijon. (V. Benne.) Ils peuvent être empilés facilement
sur des voitures, ce qui rend facultatif l'emploi des ballon^
ges et des rondeaux. A partir de Chassagne et dans toute
la côte châlonnaise on se sert de hottes.
Dans les vignobles de la Franche-Comté, les v' noingeoux
n'emploient pas les petits paniers à main, mais des sapines
de bois, que l'on vide dans des hottes également en bois.
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2 4 1
Le contenu de celle-ci est versé dans des cuviers on ron-
deaux fixés sur des charriots,
Le temps qu'il doit faire pour les vendanges est pronos-
tiqué par ce quatrain :
Le trouâ/iéme jor des Rogations
En aillant ou venant de lai procession.
Si an ust un p'cho airrôse
Pou Vi'tiomge an serai trempe.
VER- Chemin qui monte en serpentant jusqu'au som-
met d'une montagne : le ver de Meloyé (Meloisey), lever
de Lusigny.
VERGETTE, Dans l'origine, c'était une petite verge,
une baguette à battre les habits. Plus tard on a appliqué
ce mot à une brosse, Àst-ce que t*ai vergeliè ion gilet.
La vergette, mal conduite, laissait parfois des raies de
poussière et l'on a, par une sorte de comparaison , appli-
qué le mot vergetiê et, par corruption vergenté r à une étoffe
rayée, et même à la peau de certains fiévreux : Jl ai lui
figure tente vergenïêe.
VESPROT. Le soir, la tombée de la nuit.
VEURDER. Tourner rapidement* I vas fârc veurder
mai /tarde. (V. ce mot.) Par extension marcher vite, re-
muer, s'agiter. Qu'àque t'ai don ai veurder tente lai jor née à
Ventor de lai ma%on. Peut-être de l'allemand verden.
VEZ, Préposition qui a le sens de vers, auprès de. Vins
ve^ moi i le bei lierai du bonbon. — Si le veux vent ve\ che\
mus âimàtn , i regarderons c ? effare iqui. — Alast retornêve^
chei eusse. Onaécritcc mot vèc et vey. Voicî le fragment
d\inc pièce en patois, composée au siècle dernier par M.
17
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242
ï-c Blanc, de Beaune.et intitulée u Dialogue entre Carea
et Teyluchaot »
Pensant d'aïchetcr un freniaige
Vty quequL* fotne de vileîge ■
Ma le premcy qu'y marchandv
M'en liey test pardre l'ay petit.
Quand y viey que c^tte dèalosse
(On m'ey dit qu'el estaot dWIosse)
Me fyey ce fremaige dix saots
Y teu bun mïngeay taot d'un caot,
VIA» veau, je cite ce mot pour rappder une locution
facétieuse, très usitée dans les environs de Beaune. Faire
iiVi, c'est manquer son eaup, ne pas réussir, en un mot
« revenir bredouille », Lai Natmette asl aillée au bal y par*
son m- n'ai velu danser itivou lai : elle ai fait via f Dans les
salons, on appelle cela * faire tapisserie. »
VIA IGF- Pèlerinage, À la suite d'un vœu fait par une
personne malade , on allait en viaige à des sanctuaires re-
nommés : a Rome, à Jérusalem, a Saint-Jacques de Com-
postellc et, plus prés de nous, à Fourrières, au Mont Roland,
vers Dole, à Sainte Reine d'Alise, etc. Eu cas d'empê-
chement, on envoyait quelqu'un a sa place.
Le Martyrologe de Notre-Dame de Beaune fait mention
de plusieurs voyages faits par des femmes à Jérusalem,
dans le cours du £tv* siècle. On iaisait métier d'aller en
viaige f surtout a Sainte Reine, mais il fallait vivre d'aumô-
nes. Cétaît un prétexte pour mendier. Cea pèlerines mer-
cenaires ont disparu depuis une quarantaine d'années.
Il y avait, plus près de nous, des pèlerinages très fré-
quentés, quoique moins célèbres : celui de Notre-Dame-
du-Chemin, à Scrrîgny, celui de Saint Maur, à Chorcy,
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celui de Notre-Dame-de-la-Serrée, à Nuits, celui deSaint-
Abdon, à Villers-la-Faye, où l'on allait pour les enfants
noués. Les viaiges sont toujours en honneur et beaucoup
de campagnards, de ceux même qui ne sont pas pratiquants,
vont prier Saint Louis a Hc utiles, Saint Marcou à Arche-
lange et Saint Philibert dans le village de ce nom. Cest ce
qu'on appelle le viaige des trouas saints.
Quelques-uns de ces pèlerinages ont une origine payen-
ne. Quoique sanctifiés par le catholicisme et placés sous
un vocable chrétien ils ont conservé des pratiques supers-
titieuses. Le nom de Saint Pîoto donné au sanctuaire dé-
dié à Saint Abdon, rappelle l'époque gallo-romaine.
J'ai parlé, dans un autre article, des Génies des eaux
auxquels les Eduens rendaient un culte spécial. Un ouvra-
ge récent, le Guide à S ai ni Honora, par M Charleuf, men-
tionne des coutumes extrêmement curieuses. On me par-
donnera de faire une petite excursion dans la Nièvre,
« Les jeunes filles vont, de très grand malin, a la fontaine
de Thussy et se mettent a genoux en disant ; je t'apporte
mon malheur, source, donne-moi ton bonheur, Puis r elles se
retournent et jettent en arriére dans l'eau un sou, un fro-
mage ou simplement une épingle. A Qnlay, les nourrices
vont baigner leur sein à la fontaine de la bonne dame, puis
elles se rendent à l'église pour prier la Sainte Vierge, as-
sociant ainsi le culte des déesses maires à celui de laMérc
de Dieu. A Faubouloin, on va jeter dans la fontaine Notre-
Dame un gâteau de miel pour faire arrêter les essaims, un
brin de laine pour guérir les brebis, puis on pique une
épingle dans le tronc d'un frêne sacré qui eu est tout hé-
rissé. » (V. Lousine et Doitix.)
VIGROT. Abréviation patoisc de vigoureux.
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m
VIRHTONTON, Petite toupie que Ton fait virer avec
le pouce et l'index : les Comtois lui donnent le nom de
pironnelle.
V1KETTE, Vrille, outil de menuisier. Le verbe virer ,
tourner, a formé un assez grand nombre de mots. En
Bourgogne, nous appelons virehrequin l'outil que le fran-
çais écrit, à tort, vilebrequin.
VI ROT. Barre horizontale enfoncée dans l'arbre des
anciens pressoirs. On voit au château du Clos-Vougeot,
si magnifiquement restauré par M, L. Bocquet, quatre
pressoirs énormes qui semblent dater du XIII e siècle ; ils
sont manœuvres au moyen de virots,
Virot : étourdisse ment, *À ne peut pus s'teni^ an âuol
qwal ai le virot. La famille franc-comtoise de Yirieu portait
(Ta^ur à trois vires ou cercles à" or. (V, Revirer .)
VOILLEROTTE. C'est le colchique d'automne, cette
fleur pâle et empoisonnée qui croit dans les prés et
annonce les veillées d'hiver.
VOIRE et Vos. Cet adverbe n'est employé que dans la
locution beau noise voyons voire , Beaucoup de personnes
n'osent pas se servir de cette expression qu'elles croient
être un pléonasme. Il ne s'agit pas ici du verbe voir, mais
bien d'un adverbe qui traduit le latin verc 7 véritablement.
Voyons voire, c'est-à-dire g voyons de prés., voyons avec
certitude. » Un acte de 1376, cité par M. Simonnet dans
Lu féodalité ci le servage en Bourgogne , porte cette phrase :
t< Li di Jehan de Baissey dit tu es mes homs taillaublc et
justiciauble ? Répond li dit Tisserandet : vous dites voir, m
Une asnerie^ composée vers 1576, et récemment publiée
à Dijon, met ce vers dans la bouche d'un vigneron :
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Gaire tey voi que ju m'y prouche.
L'éditeur a traduit gare te voir ; il me semble qu'il fallait
dire : gare-toi voire.
Les Beaucerons disent voyons vert et les habitants du
Nord vions vire. Dam vère ! est une interjection fort usttée
en Picardie.
VORTEILLER. Se replier, se rouler comme un serpent
blessé. <Aittends % galopin ! i vas le fàre vorteiller quemant
celai dans lai lucarne. On dit aussi jeurîeilkr. Ces mots
sont des formes du français frétiller.
Dans son « Apologeme pour le Grand Homère *, le
beaunois Guillaume Pasquelîn emploie l'adjectif vorliqueux
dans le sens de tournoyant.
VOSSOU. Vagabond déguenillé et malpropre. Cet
ignoble qualificatif dérive évidemment de vessi\ Rappelons,
à ce sujet, que la vesse de loup est un petit champignon
vénéneux qui croît dans les pâquiers.
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^AGUER. Entasser quelque denrée séchc dans
jun panier ou dans un sac. Jln faut ben \aguer
\lai faireune pour lai fâre Uni dans ewre hache.
Le participe, %aguè, s'emploie, par extension, dans le sens
de chargé : Voiqui un âbre quasi lagué de coings. La locu-
tion provençale « de zig et de zag » exprime parfaitement
l'idée de secouer latéralement.
ZIOLLE. Nom patois de la plante appelée « hiùble »; les
marchands peu scrupuleux emploient sa graine pour don-
ner de la couleur au vin.
Ma tâche est remplie et je puis dire avec un vieil auteur
beaunois, le fabuliste Jacques Régnier :
HIC. COESTVS. ARTEMQVE. REPONO.
Je prie à tous ceulx humblement,
Liquelz vouldront ceste oeuvre lire,
Qu'ils me pardoinent pleinement
Si riens y trouvent à redire.
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Si j'ay bien faia, Dieu Ta faict dire :
Si j'ai mal dict, songe Ta dict ;
Songe Ta dict et faict escripre
Mais je n'en cuyde estre desdîct.
(Roman de la Rose.)
î*L3
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,
Notes & Additions
BOURENFLE. Synonyme patois de boursoufle. An
dirot que tai joue ast bourenfl*, t'ai don tnau h ârnîs.
CHAMPIER. Chasser un importun d'une maison, l'en-
voyer aux champs, ou mieux : l'envoyer paître. C'est l'a-
bréviation du vieux mot champoyer admis pâf quelques
lexicographes.
CROTOT. Petit creux, spécialement : celui quï est a
la base de l'occiput.
ÉCHINÉ. Synonyme de courbaturé. A propos tTccliïne,
voici une facétie assez amusante ; la scène se passe dans
le canton de Pouilly-en-Auxois. — Mossieu k ûocleui\ i
vins vous consulter, ç'ast mai fomme qu'asl mélaïde. — Qu'est-
ce qu'elle éprouve ? — / vas vous dire : aile aï trouvé
des bèmerôdes dans lai. . quemant que vous aippt'lei te qui ? t .
dans le bas de lai Chine. — Ah bien, dans leTonkin, alors !
GOILLE. Linge usé et déchiré : c'est le patois de gue-
nille
GORET. Le féminin, goreille, est synonyme de truie,
en patois : treue. Dans un repas de boudin, un paysan,
vantard et grand parleur, racontait ses voyages : faï-t'-été
à Lyon et à Marseille, moue ; j'ai-t'-été à Paris, a Lille en
Flandre, j'ai t'-été mêmement a Versailles.— Tai aï matH i
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dit un des convives, te n'ai jaimâs iêtê qu'eune Irène : te
pa r tet que m a ni u n co u c ho n î !
LATRÉE Mets Trop abondant et mal préparé. Hune
hltree de soupe,
LOIROTTE Petite serpette dont les enfants se servent
pour vendanger.
MOGNE, Terme enfantin du jeu de billes. Faire mogne
est l'action de rentrer le pouce de la main droite dans le
poing ferme pour lancer la bille : la main ressemble alors
à un moignon.
FRILLER est synonyme de flamber et de roussir.
An faut frit 1er les cône bons pu tôt que d' les dépiàler* —
Lai jd liée de mai ai frillé nos vignes du Pays-Bas.
PILE Coups donnés ou reçus dans une lutte Ne H
réponds ran, a le flanquerai eu ne pile. Ce mot viendrait-il
de ta pila, sorte de grosse balle employée dans les jeux du
cirque.
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TABLE DES CHANTS POPULAIRES
PAGES
B 1. Les mois de Vannée, ronde . . , . . 16
B 2. // était une fille, ballade 20
B 3. Belle, i m'en vas en V Ailkmaigne, villanclle ... 20
B 4. Mètre , bote\ le chien queute, carillon ....,.,., 32
C 5. / fuirai, mai brutuitie, sauteuse t 51
C 6. Le Milicien, villanelle > . , 51
D 7. Le pommier d'Oui, berceuse. . , , . &.\
D 8. Les feilles de Claivaillon, sauteuse , . É . 75
E 9. L'état des feilh'Sy sauteuse 94
E 10. Lai maoh mairiée, ronde 105
G 11. La mère GoJicljon, facétie. , , > < ♦ , . . . , 116
G 12. Lai treue gaheilk, villanelle 120
G 13. Guignolot d'Saiut-Laiol * . t . 121
G 14. Mai grand' mette, sauteur .,♦...., 126
G 15. Guillenlé, aubade . f 128
L 16. Crêpée dans lai monlaigne, carillon ......... t 142
L 17. La hiaut sur la montagne, villanelle . t . h . , , . < 144
L 18. M'y allant promener, chanson de mnrche ♦ . . . * 147
L 19. Aidieu, bargdn, refrain . 1 18
M 20. // me prit par ma main blanche, chanson , , . . , 162
N 21. Lors que faiv ions des noisettes, sauteuse 175
R 22. J'ai vu le loup, Je renard, h lièvre, farandole. . 207
S 23. Lai feite d'Echarnanl, air d'un Noël ,......., 213
S 24. Lai bique, ronde 214
T 25. Lai queuraetwn, chanson 22i\
T 26. Le r' venant vivant , chansonnette . 228
T 27. Dijon pleure, carillon - f L^lil
28. Air de Sauteuse r ....... .
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_
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Op^QH,"
Les mois de Tannée.
Ronde. (Texte page 16.)
ÙMJLh r m
i re Reprise. Le premier mois dTan-née Que
2 e — Le second mois
rttttT ttî TTT T ï
Tjp*.
donn'rai-je à ma mi-e? Le premier mois d'I'an-
W r cf
- H* .h hr-j— t
-^ — m— — m — ai •» — :=f
née Que donn'rai-je à ma
1er mois.
mi - e f
x cl mois, k. w
Eu-ne per-dri - o - le Que va, que vient, que
8 — fN r— * — t- S h h
±à=£uj
-* 1 — *-ë *: — =1— =J-
W — J-
vo - le ;
Eu-ne per-dri - o - le Que
ff J^ h -U
vo - le dans le
bois.
A y a 12 reprises. A chaque reprise ajouter la rubrique
propre à chaque mois, en ayant soin de répéter la série
des mois précédents. La 12 e reprise aura donc la forme
suivante :
£
qX
^
-2=
12° Reprise, Le douzièm' mois d'I'an - née Que
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f*l I JHJj^j i J )
donn'rai-je à ma mi-e? Le douzième mois dTah-
l? e mois*
±
S:
née Que donn'rai-je à ma mi-e? Douz' de-
ii« mois.
£
*
moisell's Gentill's et bell's, Onz' biaux garçons,
.10° mois. 9 e . mois.
-j- rr^S
*
ta ~
Dix bœufs au pré, Neuf vach's au lait,
8« mois. . 7* mois.
iH^l
Huit mou -ton* blancs, Sept cfajteis Coûtants,
6» mois. 5« mois.
^
^5Ê
W=^
Six lièvr' aux champs, Cinq la-pfns grat-
4 e mois.
B=W=E
WLZM.
4-44- " " ~4 1 4 44
tant la terre, Quat' canards vo - lant » l'&W,-
3 e mois. 2 e mois.
■ S h h I T =^
Trois ramiers au bois, £)eux tourte - reMcs,
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l"mois«
f2&
w
fr-M*
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rtr;- gJ^ L-jtr- * *
lêé
Eu-ne per-dri - o - le Que va, que vient, que
*8- Pas k - ■ srfe -HM . J h — fr-
vo - le, Eu
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Eu-ne per-dri - o - le Que
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vo-le dans le
bois.
Il était une fille.
Ballade. (Texte p. 20.)
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é - tait u - ne fil
le, u-
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? -Il 4 \ j \? =&.
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■ft-fr-fr
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ne fil-led'hon - neur Qui plaisait fort à son sei-
gneur ; En son cite- min ren - con - Ire ce
rfflrJ J J-it i v fï rff ^nPj Ji
.$ ? » « J dr. -zï ± : ^a-Wj'-W * *
seigneur dé-Ioy - al,
Monté sur son che-
m
val,
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AI!.
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^OOgK
Belle, i m'en vas dans TAillemaigne.
Villanelle. (Texte p. 26.)
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Belle i m'en vas en l'Aille- mai -gne,
m*
3
r *
v i> v z ±p ^=p
O mai mignonne, y ve-nez-vo ? Oh ! que nin-ni,
é Tr J i i I J J r. n s^É
qui n'y vas pas ! Tôt garçon qui part por lai gueirre
w-y-v
^=#=^
N'en re - vint pas.
Meire, botez le chien queure.
Carillon. (Texte p. 32.)
tt?» J j^. h r ^
Meire, bo - tez le chien queu - re,
■&jL ^-^nrf^ m
Voiqui l'galant que vint. Ah ! ré - ga-lez - lu bin
c Q S 1.N h-fv-f^
* *. * g m V-P-ïr-i
C'est le galant de vo-tre feil-le. Ah ! ré»ga-lez-lu bin
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f£=J^:J É | rF^=}
Ai-you des treuffs et du bcm - din.
I t'airai, mai brunette.
Sauteuse. (Texte p. h\.)
Détaché.
l^TO-F^fa te
..,4 w ë j.
*-^z
I t'airai, mai brunet - te, I t'ai-rai,
m
ç^^m&g^m
Oui, mai foué ! I t'airai, , mai bru-nel-te,
I t'airai, Oui mai foué! SinVaipas, i
m'en i- rai, Ai lai guerre, ai lai guerre ,
Si n'fai pas, i m'en i-rai Ai lai guerre en
f$ Ê=tÉï E ï
Dau-phi - né.
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Le Milicien.
Villanelle. (Texte p. 51.)
$i_Mf.LUà
E-cris-moi dans u - ne lèt - tre
Si -tôt ar-ri - vé-z-au Rhin.
frmrrtTTTlTi
Si tu change de mai - tresse, Moi j'y change
* 1 l^-rr^
I
> J d
rai d'à
mfrit.
Le pommier d'oût.
Berceuse. (Texte p. 69.)
b s i\ }-^-±s sssj
jbj;-*-*
Dsr-ré chez mon peire gn'ia t'un pommier
prvuJ^^
try
4 Ut* b
d'oût, Darré chez mon peire gn T i a t'un pommier
d'oût; D'argent sont les
branches,
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^H^j^a^ ^i
yo- le, mon cœur vo - le, D'argent sont les
$F^Pjm ^m
m
bran-chesj et }es feuilles é - tout. - Et
les feuil-les é
tout, lou-re-lou, Et
tout lou^re-lou, Et
les feuil-les é - tout.
i
Les feilles de Clavoillon.
Sauteuse. (Texte p. 75.)
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*
£
E^
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Ce sont les feill's de Glai-roil-
ÈÊÈÉ
Ion Qui vont ser - yir la na-ti - on : El-les ont
éè
d-frirp-T-j -f«-| — Tri
£ris pour a-ven - tu-re D'al-ler chercher leurs a-
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mm
îmm
it
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manls ; Dana leur ebe - min ont fait ren-
r?«— H*
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:*=*:
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contre D'un of - fi - cier eTenga-ge - ment.
L'état des feilles.
Sauteuse. (Tevte p, 04.)
s
3-
ièÈê
Hz
C'u'asl pas le - lat des feil-les De co-rir
mil
&=rp
les gardons p Ma ç'asl Té - iat. des feilles
m
mm
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De r'messer les misons.
Lai maoh mairiée.
Ronde, (Teste p + 405,)
NN-1
i!s^ j
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Mon pcïlirc to m'ai ma- ri -ai, El
Jb^fc:
m
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a^t-7 w — *=g —
a tan de noz en au - lai, M'ai mairi-
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v-u-v^-
ÊÈËÉÉ
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ai bé tristieu - man, Aillon noz en ! El
^M ^^ fe i p
:fr=fa
a tan de noz en au - lai : Lai nèïb no pran,
La mère Godichon.
Facétie. (Texte p. 116.)
m^^ ^ =m.
&=&■
La mèr* Go-di - chon a fait un é-
f^^^^^^{^^
tron Qui pe-sait cinq quarte - rons. La jus-
^m^ m ^ ÈÊm
ti-ce l'a pe - se, Et le poids, le
iS^Ég^iÊI^
poids, et le poids, le poids, La jus - ti-ee l'a pe
H»— l*-ft-: ft -= — fr
i^ÉÉ
r — é i
se, Et le poids n's'yest pas trou - vé,
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10
Lai treue Guéreille.
Villanelle. {Texte p. 120.)
%^&m^^ ^^
Ma que j'értâs chez mon peîre, Moi, pe-
m
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5ËE*
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ti-te Jeanne
ton, Au lieu d'ailler en l'é-
SEfe£
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15=5
cô-le, Lon tare, Ion tu-re lu-re, On
g^^
^
fv-,h h ri n
S
*=3t
£l
m'envie les od * - étions garder, Lon tu- re - lé !
Guignolot d'Saint-Lazot,
(Texte p. 121.)
^JVi.PJ J^fl =££
C'ast Gui - gno-lot d'saint La- zot. Charchez
m ^ ^ÊÊÈÊg m ^
voué dans vot gous-sot Si a n'y ai pas deux trois gros
^qr-tirW^^ ^
I
sos Pour le povre, po-vre po-vre, Si a n'y ai
#• • , ♦-
*
^-*— g-
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pas deux trois gros sos Pour le povre <3uigno- lot.
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ïf rtt -ï-
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Les trouas Rois sem-bla-ble - ment, Qui ap-
*=tfc
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por-tent leurs pré- sents. Qui au - ra la fè-ve
ï $3^të**$ tèp=im
$
noire ?C'ast le ros-signol de gloire. Plan-tez, Se
Éfe
ÈÈmm
mez, Jus-qu'à la sai- son , d'é
té.
Mai grand'Meire.
Sauteuse. (Texte p. 126.)
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U ^ U
Mai grand'mei-re Qui n'évot qu'eun'dent En-
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« • 4i:
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core elle grou-le Quant an cort du vent.
Guillenlé.
Aubade. (Texte p. 128.
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i , . h h
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1. Guillen-lé, bia Guillen - lé, En bonne an-
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«*-*-*£-£*
née pis - siez en-trer! Qui n'y a pas qui
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12
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a No-ei Qu'i a huit jours que Dieu fut né.
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2. Que Dieu bé-nis - se lai ma- son, L'hoummeet la
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fomme s'i- z-i sont, Et le pe-tit en-
p ■ , ...JYh
L® E [l£±$JiJll-ÇJ. ' ." " 1
fant du bré De lai main de Dieu fut soi-
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gné, De lai main de saint Ba-tholmé. 3. O
i
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dame, da -me, don-nez- nous ! De vos au- raônes
iï^^v \ \ix^\-m m
Qu'en f rons nous ? Les porterons aux champs fleuris, Au-
Ë^È
ÈÈÊÈ
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^3
0-V-U
tant de fois que nous di - rons Qu'i a de
-fr-fr-t
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feuill's des - sus le jonc.
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13
Crêpée dans lai montaigne.
Carillon. (Texte p. 142.)
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Ss»^ *—
a — » ■ .» — ■ — i l Sm i- * *- — - — -
Cré - pée dans lai mon - tai - gne, So-
&=fr
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loinge dans Tpays bas, Ni- cou - las ! Air-
i
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es
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m j *
rondiss'ment d'Lu - leune, Dé - par-tement d'Ba*
tiâ,
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*
^
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C'que teut l'mond'ne sait pasl
Là hiaut sur la montagne.
Villanelle. (Teste p. 144.)
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Là hiaut
sur
la
mon-
I pTTCT-pFET^ g
tagne Lon li-re Ion là, Là hiaut sur la mon-
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u i »- f*
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s
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ta -gne!
Y a t'un har - mi-
iîilÉi
h h h n-t
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S
jzr^rfcf
tage, Et ioup ta - ta, pi ta de-ra - ra,
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14
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-m , #i
^
Y a t'un har-mi - tage Ha-bi - té
£
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• ■ ■ ^ * — *—
^
par des moi *• nés.
M'y cillant promener.
Chanson de Marche. (Texte p. 147.)
$LmMï
?=£=&=&.
M'y al-lant prome - ner Sur le lar-
éiéêê
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ré, sur le lar - ré, J'ai va Âof cbien Bar-
il— U-U-l-P— Ptt-P-U
P=
bet Tôt é-clo - pé, tôt é-clo * pé. A
s'en r'venot d'iai chiaisse En feu gnant tout par-
tout, Trai- gnant eu-ne eair- caisse De
s
loup, de loup.
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m
Aidieu , bargeire.
Refrain. (Texte p. 148.)
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m
Ai - dieu bar-geke r ai- dieu
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bell', je m'en vas, Et je m'en vas
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5?E
sous la cou - dret - te.
Ai-
dieu bar-geîre, aidieu bell', je m'en vas.
Il me prit par ma main blanche.
Chanson. (Texte p. 162.)
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Il me prit par ma main blanche, Darda -ri-
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o, bris - ti - co, Dar dar dar et var var
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vo ; Il me prit par ma main blan-chc,
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'r-ui?W> %
46
nm\^t\ ^ m
Tris-ti fri-co - té, Et me me* nit dan - ser.
Lorsque j'aivions des noisettes.
Sauteuse. (Texte p. 175.)
^a j j jilpj^J^ ^
Lorsque j'aivîons de&noiset-tes Les amants Te-
ri* r S* J FF i 1 P Jl eJ^#3
-^_ ? _i— j — - ^ g ■> --, é * > ~
nint chez nos. Lorsque j'ai-vions des noi-settes j
y ; J 1 / j r éé rJi
£
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Les amants ve - nint chez nos. Main -te- nant <ju'i
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v--v-
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n'y en a plus, Des noï-settes, Des noi - set -tes,
^
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W— ^-J-^
^
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Mainte - nant qu'i n'y en a plus, Les amants n'y
te
ye- nont plus.
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fit
17
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre.
Farandole. (Texte p. 207.)
gpÊÉÊÉ^pÈiËÉl^
J'ai vu le loup, le r'nard, le
j^ à à . *yT^ ^
lièvre, J'ai vu le loup, le r'nard dan-
y j ? j | j =&=&=£
ser; C'est moi - mêm' qui les ai r'vi-
■$-+ J | ïrt-M*-^
rés, J'ai vu le loup, le r'nard, le
? JS fs p- $f t~$-Jt-f
lièvre ; C'est moi - mêm' qui les ai r'vi-
l^j .rj^ij =fe^=g
rés. J'ai vu le loup, le r'nard dan - ser.
Lai feite d'Echarnant.
Air d'un Noël. (Texte p. 213.)
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3 fr-M- fr H - lU ^
4 ' — E — * J ■>-»-
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Ai lai feî-tc d'Echair-nant An ai
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V'-ttv:^- , *.*..#j1
18
l ^pJ- h JU c
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maingé du bon fianj Al é - tôt, fait de peur-
etitt c.
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nel-les, Pe se-Dell's et de greu-zel-leSfcDesgraitt'
jg^jy g c iy^Égi
culs tôt por-des - sus. Teut Tmonde en fut ben re-
pu: Al é - tôt as- si ben bon Qu'i n'me
sus ô - té d'à long.
Lai bique.
Ronde. (Texte p. 214.)
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+ - 0-
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C'ast les gens de Bou-ze qui sont de bons en-
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fants, mes entants ! A z'é-levontdes biques pour
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corner les passants, mes enfants ! "Bringue, stringie,
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a-jM^ ^ tefcg
lan- de -ri - ra> ira la la la, la lè-re!
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Bringue, stringue, lan-de-ri - ra, tra la la la la
g=£
la.
Lai queuraction.
Chanson. (Texte p. 226.)
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I
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Ei-ne mé - chante ai- fà- re, Hum ! hum !
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y— v-*=&=p
ç'ai n'vai gà - re, po mon mal - heu i ai fâ,
h h 1
4 1 p p \
Hum ! hum ! ç'ai n'vai pas !
Le r'venant vivant.
Chansonnette. (Texte p. 228.)
A mon s'cours mes en-fants ! Rentrons il est
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20
§
sfc
temps, Dfiray- eur me vlà mor - te !
^ \ 1 g ' TTI^Wt^
Vlà Si - mon, not' grand gas Qui r'vient du tré-
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W- V — U*
pas Et nous tend les bras !
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v Dijon pleure.
Carillon. (Texte p. 230.)
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Dijon pleur', Seurre en rit, Verdun pisse et
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SE E3
Châlon ch.. pour Bià-Jie, pour Biâne.
Air de sauteuse.
D. C.
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